Pierre
TREMBLAY, le plus prolifique
des pionniers percherons
De nos jours, quand les
responsables d'une association de famille recherchent une
salle pour y regrouper le plus possible de descendants
d'un pionnier, ils remercient le ciel avec une pointe
d'humour de ne pas appartenir au clan des Tremblay, car
il leur faudrait retenir le Stade olympique pour n'en
accueillir que la moitié d'entre eux!
Façon
toute amicale de rendre hommage à Pierre Tremblay, le
plus prolifique de nos bâtisseurs de lignées venus du
Perche. Il est l'ancêtre de tous les Tremblay de
l'Amérique et ceux-ci ne se comptent littéralement
plus. Certains en estiment le nombre à quelque...cent
mille! N'en trouve-t-on pas plus de 4,000 dans l'annuaire
téléphonique de Montréal? Et ceci ne comprend pas les
demoiselles Tremblay qui ne s'y trouvent que sous le nom
d'un mari.
Pierre
Tremblay a vu le jour à Randonnai, un bourg de l'ancien
comté du Perche. On y accède facilement depuis Paris.
Tout de suite à l'ouest de Versailles débute la N 12,
qui passe par Dreux et Verneuil, puis par le carrefour
Sainte-Anne (un peu moins de 100 km depuis Versailles).
Ici se présente la D 918 qui, sur la droite, atteint la
petite commune en 5,50 km.
L'église,
placée sous le vocable du moine gallois saint Malo, date
du XVIe siècle. On y trouve une plaque dévoilée dès
1958 par les Tremblay du Québec, rappelant que
l'ancêtre y fut baptisé en 1626 et qu'il partit en 1647
pour la lointaine Nouvelle-France.
C'est
au lieu-dit de la Filonnière que Pierre Tremblay vit le
jour, et l'on vous y indique la modeste maison où, selon
la tradition, habitait la famille. Pour la voir, prendre,
tout à côté de l'église, la route de Normandel, puis,
sur la gauche, la direction Irai et Beaulieu. Dès après
la rue Verte, son arrière se présente sur la droite. La
distance est fort courte: 0,70 km depuis l'église.
Notons
que les parents de l'ancêtre, Philibert Tremblay et
Jeanne Coignet, s'étaient mariés, en 1623, dans
l'église voisine de Normandel, de style néo-gothique,
dont la statuaire est remarquable.
A
Québec, le 2 octobre 1657, Pierre Tremblay épousait une
fille du roi, Ozanne Achon, originaire de Chambon. Il
existe une quinzaine de communes de ce nom en France.
Celle que nous mentionnons est située près de
Rochefort-sur-Mer.
Le
couple eut 12 enfants, dont six fils. L'un de ceux-ci ne
vécut que quelques jours, alors qu'un autre se noya à
l'âge de neuf ans. Par ailleurs, Pierre, Michel, Jacques
et Louis fondèrent des foyers et eurent respectivement
15, 14, 9 et 14 enfants!
Les
premiers enfants reçurent le baptême à Québec, les
suivants au Château-Richer et les derniers, à L'Ange
Gardien. En 1659, Jean de Lauzon, grand sénéchal de la
Nouvelle-France, avait octroyé au couple une concession
ayant front sur le Saint-Laurent, en face de l'île
d'Orléans.
Or, en 1957, pour célébrer le troisième
centenaire du mariage des pionniers, quelques milliers de
leurs descendants se réunirent à L'Ange Gardien et y
dévoilèrent une stèle sur l'ancienne terre de
l'ancêtre; elle comporte le texte même de l'acte de
concession, ce qui en fait une inscription à nulle autre
pareille. Il y a déjà plus de 30 ans que les Tremblay
tiennent ainsi des agapes familiales.
On
ne saurait dissocier la famille Tremblay de la belle
région de Charlevoix: patronyme et toponyme sont pour
ainsi dire...synonymes! Ainsi, à Baie-Saint-Paul, un
monument élevé à la mémoire des pionniers de la
région s'orne d'un bas-relief représentant Pierre
Tremblay qui pointe à son fils aîné les seigneuries
des Eboulements dont il deviendra propriétaire.
Le
fils Pierre épousa à Beaupré, le 3 novembre 1683,
Marie-Madeleine Simard, fille de Noël Simard dit
Lombrette, originaire de Puymoyen, près d'Angoulême, et
de Marie-Madeleine Racine. Cette dernière décéda
après avoir donné naissance à un fils. Il contracta
une seconde union, à L'Ange Gardien, avec Marie Roussin,
fille de Nicolas et de Madeleine Paradis, qui devait lui
présenter 15 enfants, dont sept fils. Au moins cinq
d'entre eux fondèrent à leur tour des foyers.
En
1683, les deux frères Charles et Pierre Lessard, fils
d'Etienne et de Marguerite Sevestre, s'étaient vu
accorder deux fiefs contigus, les seigneuries des
Eboulements, par le gouverneur Lefebvre de La Barre et
l'intendant de Meulles. Pierre Tremblay devait s'en
porter éventuellement acquéreur, et c'est ainsi que le
fils d'un modeste laboureur de Randonnai devint
doublement seigneur en Nouvelle-France.
Il ne faut pas s'étonner que la région de Charlevoix ait été envahie par les Tremblay; voyons comment deux autres fils du pionnier ont contribué à son développement.
Michel
Tremblay épousa à Baie-Saint-Paul, ou plus exactement
à la Petite-Rivière, le 20 juin 1686, Geneviève
Bouchard, fille de Claude et de Louise Gagné, membre
d'une famille originaire de Saint-Cosme-de-Vair, au
Perche. Le couple, nous l'avons vu précédemment, eut 14
enfants, tous nés à Baie-Saint-Paul ou à la
Petite-Rivière.
Un autre frère, Louis, qui eut également 14 enfants, mais de trois mariages, fit baptiser sa première fille à L'Ange Gardien, où il avait contracté sa première union, mais tous les autres virent le jour à Baie-Saint-Paul ou à la Petite-Rivière. Ainsi, trois des quatre fils du pionnier s'établirent dans cette région prometteuse, lui donnant au-delà de 40 enfants.
Quant
à l'autre fils, Jacques, qui épousa Agathe Lacroix,
fille de François et d'Anne Gagné, à Beaupré, le 5
novembre 1696, il prit la succession de son père sur la
terre familiale, à L'Ange Gardien. Le couple eut neuf
enfants.
Lorsque
des Tremblay vont en pèlerinage à Randonnai, dit-on, il
leur faut deux 747 pour franchir l'Atlantique. Ce n'est
pas une figure de style: en octobre 1989, ils étaient
quelque 400 à la filonnière: le garde champêtre de
Randonnai n'avait jamais vu une seule et même famille se
déplacer dans huit grands cars de tourisme!
Extrait de: Portraits de familles pionnières, de Robert Prévost