Nicolas
SYLVESTRE
un pionnier venu de la Champagne
Voilà certes un nom de
famille qui retient particulièrement l'attention en
cette période écologique où le rôle de la forêt est
davantage reconnu. Dès le IVe siècle, le 33e pape
s'appelait Sylvestris Ier, et c'est parce qu'on l'a
canonisé que, le 31 décembre, on marque la
Saint-Sylvestre.
Ce nom provient
de silva, qui signifie forêt, et il en résulta le
prénom Sylvain désignant celui qui y demeure. Silvanus
fut d'ailleurs une divinité qui protégeait les bocages.
Sylvain et Sylvie en découlèrent, de même que le
patronyme Sylvestre.
Deux pionniers de
ce nom ont fondé des familles en Nouvelle-France au
cours du XVIIe siècle. Le premier fut le plus
prolifique: Nicolas Sylvestre dit Champagne, fils de
Nicolas et de Tanche Colson, épousa à Québec, le 20
août 1667, Barbe Neveu, fille de Jean et d'Anne Ledet.
Le couple devait avoir 16 enfants!
Le fondateur de
cette lignée était originaire de Pont-sur-Seine, une
charmante commune de l'ancienne province qu'évoque son
surnom. L'église où Nicolas à reçu le baptême existe
toujours et elle se distingue par une architecture peu
conventionnelle. La commune l'a récemment restaurée.
Au départ de
Paris, la N 19 passe par Brie-Comte-Robert (27 km) et par
Provins (57 km) pour atteindre Nogent-sur-Seine (18 km).
Elle contourne cette dernière commune et un peu plus
loin (7 km) croise la D 52. Celle-ci, prise sur la
gauche, soit en direction nord, franchit aussitôt un
canal et pénètre dans la commune.
Ne nous étonnons
pas que les Sylvestre soient nombreux en Amérique du
Nord: Nicolas et son épouse ont engendré six fils qui
se sont mariés à leur tour.
L'aîné,
prénommé Nicolas, né en 1669, épousa en 1694 Jeanne
Labadie, fille de François et de Jeanne Hébert; cette
dernière ne lui donna que deux enfants, car il décéda
à l'âge de 30 ans. Louis, né en 1673, fonda un foyer
en 1698 avec Elisabeth Labadie, la soeur de Jeanne, mais
le deuil allait aussi frapper le couple prématurément:
Louis décéda six mois après son frère Nicolas; le
seul fils né de cette union n'avait vécu qu'une
semaine; on l'avait inhumé la veille du décès de son
père.
Jusqu'ici, les
circonstances ne semblaient pas devoir favoriser la
pérennité du patronyme. C'est le troisième fils qui
allait relever le défi. Pierre, né en 1675, jeta son
dévolu sur une autre jeune Labadie, Anne, en 1700, la
soeur de Jeanne et d'Elisabeth; 14 enfants naquirent de
cette union, dont dix fils, mais six d'entre eux
décédèrent en bas âge ou avant d'atteindre
l'adolescence. Trois des quatre autres, cependant,
fondèrent des familles.
François, né en 1684,
conduisit à l'autel, en 1717, Marie-Anne Noël, fille de
Jean et de Madeleine Danet; cinq enfants naquirent de
cette union, dont deux fils qui se marièrent. Jean, né
en 1688, unit sa destinée à celle de Marie-Anne Benoît
dite Abel, fille de Pierre et de Marie Dionne, en 1715;
le couple n'eut qu'une seule fille.
Le benjamin des
fils, Nicolas, né en 1699, épousa en 1720
Marie-Elisabeth Laporte, fille de Louis et de
Marie-Madeleine Massault, un mariage qui fut
particulièrement prolifique: 14 enfants, dont au moins
quatre fils devaient être à l'origine de cellules
familiales. Mentionnons qu'une fille née de ce couple,
Marie-Charlotte, devait, à Lavaltrie, le 27 janvier
1755, épouser Jean-Baptiste Riel et donner naissance à
un fils de même prénom qui devait être
l'arrière-grand-père du célèbre chef métis dont la
mémoire vient enfin d'être réhabilitée et que l'on
pourrait éventuellement reconnaître comme l'un des
pères de la Confédération.
Le sang du couple
Sylvestre/Neveu coule dans les veines de nombreuses
familles, car les filles qui en sont issues ont
également fondé des foyers: Marie-Barbe avec
Jean-Bernardin Lesage en 1686; Anne avec Pierre Piché en
1697; Françoise avec Laurent Matte en 1702; Marie-Jeanne
avec Jean de Lafontaine en 1709; Marie-Anne avec André
Content en 1712 et Elisabeth avec Pierre Doucet en 1716.
Lors du
recensement de 1681, le couple est fixé à Neuville et
n'a encore que cinq enfants; il exploite une terre dont
20 arpents sont mis en valeur et possède quatre bêtes
à cornes. Le fils Pierre, marié à Anne Labadie, y
consolidera l'implantation de la famille: ses 14 enfants
devaient y voir le jour.
Nous avons
mentionné qu'un deuxième pionnier de même patronyme
avait fondé un foyer en Nouvelle-France. Il s'agissait
de Pierre Sylvestre, fils de Pierre et de Catherine
Guillot, né le 8 février 1661 et baptisé cinq jours
plus tard au temple calviniste de La Rochelle. Le 18
octobre 1685, à Sainte-Famille, île d'Orléans, il
épousait Marie-Marthe Gendron, fille de Nicolas et de
Marie-Marthe Hubert. Qu'advint-il de ce couple? On peut
présumer qu'il repassa l'Atlantique. Au moins deux fils
naquirent à Sainte-Famille, en 1687 et 1689. Or, les
généalogistes en mentionnent un troisième, François,
décédé à La Rochelle à l'âge de trois ans.
Voilà pour le
XVIIe siècle. Longtemps après, on trouve un certain
Simon Sylvestre, originaire du Languedoc, qui, à Sorel,
le 29 août 1763, donc après la reddition de la
Nouvelle-France, épouse Marguerite Baillargeon, mais
aucun dictionnaire généalogique ne nous renseigne à
son sujet.
Il convient de
mentionner qu'il existe une autre variante du patronyme
Sylvestre: Sevestre. Charles Sevestre, imprimeur-libraire
à Paris, épousa Marie Pichon, en 1627, en l'église de
la paroisse Saint-Etienne-du-Mont. Son père, également
prénommé Charles, qui exerçait la même profession,
mais à un niveau supérieur, ne traversa jamais
l'océan; cependant, sa mère, née Petitpas
(Marguerite), peut-être parce que devenue veuve, suivit
son fils en Nouvelle-France. On devait hélas la trouver
morte en 1640 «en sa cabane au Cap Diamant». Le couple
Sevestre/Pichon eut sept enfants.
Charles Sevestre
fut tout d'abord commis au magasin de la Compagnie des
Habitants, à Québec, devint juge-prévôt de la
seigneurie de Lauzon, puis fut le premier à occuper
l'important poste de lieutenant civil et criminel de la
Sénéchaussée de Québec.
Extrait de:
Portraits de familles pionnières de Robert Prévost