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LES
SAVARD TROUVENT LEURS RACINES
EN BANLIEUE PARISIENNE
- De toutes les
anciennes communes qui encerclent Paris,
Montreuil-sous-Bois est probablement celle d'où
il nous est venu le plus de pionniers. Nous en
avons repéré cinq. On ne connaît que peu de
chose de Valentin de Rennes, décédé à Québec
en 1648. Par ailleurs, les autres ont élevé des
familles: Martin Prévost, Gaston Guay, Simon
Savard et Nicolas Durand. Nous avons déjà
traité des deux premiers; évoquons cette fois
la figure du maître charron Simon Savard.
- C'est
vers 1654 que Simon épousa, dans son bourg
natal, Marie Ourdouil. Jusque-là, il ne songeait
pas à tenter fortune en Nouvelle-France. Il
avait acheté de son futur beau-frère, Eustache
Ourdouil, une chaumière où il prévoyait
élever sa famille. C'est en 1663 qu'il franchit
l'Atlantique, sans doute dans des conditions
indescriptibles. Cette année-là, plusieurs
voiliers entrèrent dans la rade de Québec: ils
y amenaient les compagnies du régiment de
Carignan-Salières.
- Deux
vaisseaux, le Jardin de Hollande et l'Aigle d'Or,
sortirent ensemble du port de La Rochelle. Le
premier fit un crochet par Plaisance
(Terre-Neuve) pour débarquer 75 malades (après
avoir jeté une soixantaine de morts à la mer)
et y prendre à son bord plusieurs prisonniers
parmi lesquels, pensait-on, se trouvaient les
meurtriers du commandant et de l'aumônier de la
place. A Québec, il fallut hospitaliser une
quarantaine d'autres malades. Au nombre des
passagers se trouvaient, dit un document du
Conseil souverain, un total de six familles. On
peut croire que celle de Simon Savard était du
nombre. Le gouverneur et le vicaire apostolique,
Mgr François de Laval, furent autorisés par le
Conseil à subvenir aux besoins des plus
démunis.
- Le couple
arriva à Québec avec cinq enfants, et dès le 5
février 1664, l'aînée, Denise, épousait le
charpentier Abraham Fiset, à qui elle devait
donner douze enfants. C'est là la souche unique
de nos familles portant ce patronyme. Simon et
les siens sont dans une telle indigence que, le
1er mars, il présente une requête au Conseil
souverain afin d'être pourvu à même «les
effets que le roi a envoyés pour le soulagement
des nouveaux habitants». Malheureusement, il ne
vivra plus que quelques mois. Le 26 janvier 1665,
en effet, sa veuve contracte une seconde union,
avec Jean Réaume dit de Paris. Elle décédera
à Charlesbourg en 1703, à l'âge de 87 ans.
- Lors du
recensement de 1666, on trouve Jean Réaume et
son épouse à Beaupré; habitent avec eux trois
enfants du cette dernière: Simon, 11 ans, Jean,
8 ans, et Marie, 5 ans. C'est que, l'année
précédente, Françoise-Madeleine a aussi fondé
un foyer, avec Robert Jeanne. Le recensement de
1667 note la présence, également sur la côte
de Beaupré, des couples Fiset/Savard et
Jeanne/Savard, qui mettent en valeur 19 et 6
arpents, respectivement. Françoise-Madeleine
n'est encore âgée que de seize ans. Elle devait
être mère de six enfants.
- Les deux
fils Savard, Simon et Jean, devaient être
prolifiques. Le premier épousa, à Sillery, en
1681, Françoise Tellier, fille d'Étienne et de
Geneviève Mezeray. Le couple eut 14 enfants,
dont neuf fils. Quatre de ceux-ci décédèrent
soit en bas âge, soit au seuil de leur
majorité. Les autres fondèrent des familles:
Jean-François, en 1707, avec Marie-Marguerite
Renaud, fille de Guillaume et de Marie de
Lamarre; Jacques, en 1724, avec Marie-Ambroise
Falardeau, fille de Guillaume et de
Marie-Ambroise Bergevin; Jean-Baptiste, en 1730,
avec Marie-Élisabeth Pénisson, fille de Jean et
d'Élisabeth Cotin; Pierre, en 1731, avec
Marie-Josèphe Bouchard, fille de François et de
Marguerite Simard; et Charles, en 1751, avec
Marie-Anne Bourbeau dit Carignan, fille de Louis
et de Marguerite Boissel. Notons que Pierre se
maria à la Baie-Saint-Paul et se fixa dans la
région; il fut inhumé à l'île aux Coudres en
1780.
- Au total,
les cinq fils du couple Savard/Tellier lui
donnèrent une vingtaine de petits-fils dont une
dizaine fondèrent à leur tour des foyers. Les
filles épousèrent de jeunes hommes portant les
patronymes Estiambe, Drolet, Balan, Bourget,
Courtois.
- Le frère
de Simon, Jean, contracta trois unions. En 1687,
à L'Ange-Gardien, il conduisait à l'autel
Marguerite Tremblay, fille du patriarche Pierre
et d'Ozanne Achon, qui décéda sept ans plus
tard, après lui avoir donné quatre enfants.
Jean jeta alors son dévolu sur Apolline Bisson,
fille de René et de Louise Valet, mais le
contrat fut annulé. Il choisit plutôt
Marie-Anne Sasseville, fille de Pierre et de
Marie Seigneur, union qui fut bénie à Québec
en 1674. Quatre autres enfants naquirent de ce
mariage.
- Devenu
veuf une deuxième fois en 1703, Jean prenait une
troisième épouse, trois mois plus tard, à
Charlesbourg, Catherine Galarneau, fille de
Jacques et de Jacqueline Héron et veuve de Jean
Philippe dit Beaulieu, à qui elle avait donné
sept enfants. Elle devait en présenter autant à
son nouveau mari.
- Des
quinze enfants issus de ces trois unions, huit
furent des fils, et au moins trois se marièrent
à leur tour: Joseph (1711) avec Marie-Josèphe
Morel, fille de Guillaume et de Catherine
Pelletier, puis (1727) avec Catherine Allaire,
fille de Charles et de Marie Bidet et veuve de
Joseph Lavoie; Pierre (1715) avec
Louise-Marguerite Dumont,fille de Jean et de
Marguerite Morin; et Philippe (1729) avec
Geneviève Gagné, fille d'Ignace et de Barbe
Dodier. Il semble que seuls Joseph et Pierre
eurent de la progéniture: près d'une trentaine
d'enfants dont huit fils. Celles des filles qui
devinrent adultes se laissèrent conter fleurette
par de jeunes hommes appelés Berdin, Lavoie,
Garnier.
- Jean
décéda à l'Hôtel-Dieu de Québec en 1715, et
Simon, à Charlesbourg, deux ans plus tard.
Presque tous leurs enfants furent baptisés soit
à L'Ancienne-Lorette, soit à Charlesbourg. Ils
avaient vu le jour au petit et au grand
Saint-Antoine, deux villages situés le long de
la petite rivière Saint-Charles. Lorsqu'en 1711,
le procureur général Collet fit le tour des
paroisses de la colonie pour entendre les
doléances de la population, il ne trouva encore
que six et treize familles, respectivement,
établies dans ces deux bourgs.
- En
septembre 1988, les familles Savard ont dévoilé
une stèle à la mémoire du couple ancestral
venu de Montreuil-sous-Bois en Nouvelle-France.
On peut la voir au numéro 170 de la rue Giroux,
à Loretteville.
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Extrait
de: Portraits de familles pionnières de Robert
Prévost
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