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POITOU
ET NORMANDIE
PRINCIPALES SOURCES DES FAMILLES ROY
- Chez les Roy, les
familles-souches sont si nombreuses qu'on ne peut
les aborder qu'en deux volets. En effet,
seulement au cours du XVIIe siècle, une
quinzaine d'ancêtres portant ce patronyme ont
fondé des foyers en Nouvelle-France. Au moins
huit d'entre eux venaient du Poitou et de la
Normandie. Les métiers qu'ils exerçaient
démontrent qu'ils ont surtout oeuvré dans le
domaine de la construction ou comme soldats.
- Le
premier qui ait été père de famille dans la
colonie, Nicolas Roy (ou Leroy) avait vu le jour
à Dieppe et reçu le baptême en 1639, en
l'église Saint-Rémi. Fils de Louis et d'Anne
Lemaître, il avait franchi l'Atlantique avec sa
mère, ainsi qu'avec son épouse, Jeanne
Lelièvre, et deux fils.
C'était en 1662. Huit enfants naquirent au
couple après son arrivée. Hélas! deux
décédèrent dans un incendie, au
Château-Richer. Six des fils se marièrent:
Louis (1682) à Marie Ledran, Nicolas (1686) à
Marie-Madeleine Leblond, Noël (1690) à
Jeanne-Thérèse Cassé, Guillaume (1689) à
Angélique Bazin, Jean (1694) à Catherine Nadeau
et Jean-Baptiste (1698) à Marguerite Bazin,
soeur d'Angélique.
- Nicolas
était arrivé marié. Le premier Normand qui
fonda une famille en Nouvelle-France, Siméon,
était un charpentier baptisé en 1637 à
Créances, évêché de Coutances. Fils de
Richard et de Gillette Jacquet, il conduisit à
l'autel, à Québec, en 1668, Claude
Deschatelets, fille de François et de Jacquette
Chevallereau. Le couple vécut tout d'abord à
Québec, où naquirent ses quatre enfants, puis
se fixa à Charlesbourg, où quatre autres virent
le jour. De ses cinq fils, les dictionnaires
généalogiques n'en mentionnent qu'un seul qui
se soit marié, Jean, dont l'épouse,
Marie-Thérèse Jobin, fut mère de 12 enfants,
presque tous baptisés à Charlesbourg. Siméon
était un Leroy dit Audy.
- C'est
également en 1668, à Québec, qu'Olivier Roy,
un autre Normand, de Fontenay-sur-Orme, évêché
de Sées, fonda un foyer. Sa compagne, la Picarde
Madeleine Rentier, était fille de Philippe et de
Marie Cotré. Tout comme Siméon, Olivier
s'établit à Charlesbourg. En 1681, il y cultive
13 arpents et possède quatre bêtes à cornes.
De ses six enfants, deux fils décéderont en bas
âge et deux se marieront: Mathurin (1699) avec
Marie-Anne Leclerc et Pierre-Louis (1704) avec
Marie-Madeleine Roy. L'une des filles,
Françoise, sera conduite à l'autel (1693) par
Jean Badeau.
- Évoquons
maintenant la mémoire de cinq Poitevins qui ont
contribué à l'enracinement du patronyme.
- Michel
Roy dit Châtellerault est arrivé en 1665 en
qualité de soldat du régiment de Carignan
(compagnie de Lanoraie). Né à Senillé,
évêché de Poitiers, il avait 20 ans. En 1668,
à Québec, il épousait une fille du roi,
Françoise Aubé, fille de Pierre et de
Françoise Périé, de la paroisse Saint-Sulpice
(Paris). C'est à La Pérade que le couple se
fixa. Michel fut d'ailleurs notaire de la
seigneurie depuis 1663 jusqu'à sa mort, en 1709.
Il fut père de cinq enfants dont trois fils qui
se marièrent à leur tour: Edmond (1701) avec
Marie-Anne Janvier, Pierre (1710) avec Marie
Hamelin et Michel (1712) avec Madeleine
Quatresous. Les trois participèrent à des
expéditions vers l'Ouest dans le cadre de la
traite des pelleteries. Les deux autres enfants,
Catherine et Marguerite, joignirent leur
destinée à celle de Claude Rivard et de Joseph
Gouin, respectivement.
- Le
deuxième Poitevin, Pierre, fut de loin le plus
prolifique. Pierre Roy (ou Leroy, lui aussi)
venait de Saint-Michel-le-Cloucq, non loin de
Fontenay-le-Comte. Fils de Charles et de Jeanne
Boyer, il était en 1666 à l'emploi du riche
marchand montréalais Jacques LeBer, qui avait
cinq autres engagés à son service. En 1672, il
succombe aux charmes de Catherine...Ducharme, une
fille du roi arrivée l'année précédente de la
paroisse Saint-Benoît de Paris. Le ménage
s'établit à La Prairie et porta 18 enfants au
baptême!
- On a cru
que ce prolifique père avait été mêlé à une
affaire de moeurs, en 1683, dans la région de
Lachenaie, alors qu'une dame avait repoussé les
avances d'un certain Pierre Roy qui aurait
menacé, pour se venger, de lui couper le nez à
la porte de l'église au sortir de la messe! Mais
l'un de ses descendants, M. Pierre Ducharme,
rejette cette affaire sur le dos d'un autre
personnage (Mémoires, Soc. gén.
can.-française, vol. XXXIII, pp. 119-120).
- Des 18
enfants du couple, huit fils atteignirent l'âge
adulte et cinq se marièrent: Pierre (1703) avec
une Amérindienne, Marguerite Ouabankekoué, un
deuxième Pierre (1705) avec Marie-Angélique
Faye, Jacques (1711) avec Marthe-Marguerite
French (jeune Anglaise faite prisonnière avec sa
famille lors de l'attaque de Deerfield en 1704),
André (1718) avec Suzanne Gourdon et Louis
(1718) avec Marguerite Demers. L'aînée des
filles prit le voile à la Congrégation de
Notre-Dame; les autres épousèrent de jeunes
hommes nommés Babeu, Rougier, Lériger, Perras
et Trudeau.
- Jean Roy
(ou Leroy) dit La Pensée, était originaire de
Saint-Julien-l'Ars, non loin de Poitiers. Arrivé
en 1665, il était soldat du régiment de
Carignan (compagnie de Lafredière). Après son
licenciement, il entra comme domestique à
l'Hôtel-Dieu de Montréal. En 1676, il épouse
Jeanne Richecourt dite Malteau, fille de Paul et
de Marie Gaubert et veuve de Jean Foucher, à qui
elle a donné trois enfants. Quatre autres
naîtront de cette union, dont un fils,
François, qui épousera à Lachine, en 1698,
Catherine Plumereau; elle devait être mère de
neuf enfants, tous nés à ce dernier endroit.
Jean Roy était maître charpentier.
- Un autre
ancêtre originaire de l'évêché de Poitiers et
prénommé Pierre disparut prématurément. En
1688, dans l'île Jésus, il épousa Françoise
Dagenais, fille de Pierre et d'Anne Brandon. Il
n'eut le temps que de lui donner trois enfants,
car vers la fin de juillet 1692, il fut pris par
les Iroquois. Seul un fils, Pierre, contracta une
union, en 1711, avec Isabelle Chartier, fille de
Guillaume et de Marie Faucon et veuve de Jean
Petit, à qui elle avait donné quatre enfants.
Sept autres naquirent de ce nouveau mariage.
- Terminons
notre liste des Poitevins avec Joseph Roy dit
Chouigny, lui aussi originaire de l'évêché de
Poitiers. En 1694, à Québec, il conduisait à
l'autel Marguerite Martin, fille de Pierre et
d'Anne Poitron et veuve de Jacques Charpentier.
Onze enfants naquirent de ce ménage et au moins
trois fils se marièrent à leur tour: Jacques
(1719) avec Marguerite Lalongé, Guillaume (1722)
avec Marie-Anne Tartre et Jean-Baptiste (1725)
avec Marguerite Masta.
-
- D'AUTRES
ANCETRES ROY VENUS
- DE CINQ
ANCIENNES PROVINCES
- Des
pionniers portant le patronyme Roy, il n'en est
pas venu que de Normandie et du Poitou, mais
aussi d'Aunis, du Maine, de Bourgogne, de
Touraine et de Bretagne.
- C'est
l'Aunis, plus précisément de La Rochelle, que
Mathurin Roy, son épouse, Marguerite Biré
(mariés vers 1638) et trois enfants partirent
pour la Nouvelle-France. Le père était maître
maçon. L'aîné des fils, qui portait le même
prénom, travaillait sur la côte de Beaupré, en
1667, où il participait avec dix autres
employés à la mise en valeur de 50 arpents sur
un domaine seigneurial. Il ne semble pas s'être
marié. Quinze ans plus tard, on le trouve au
village Saint-Joseph (Charlesbourg), où il
cultive 12 arpents. Il vit seul et se déclare
maçon.
- En 1669,
à Québec, le deuxième fils, Étienne, fonde un
foyer avec Marguerite Navarre, fille de Jean et
de Louise de Brie. Jean Navarre, nous dit le
généalogiste René Jetté, avait été maître
de danse à Angoulême. Le couple s'établit à
Charlesbourg et eut dix enfants dont un fils,
Jean-Baptiste, qui, en 1696, choisit pour
compagne Anne Hot, fille de Pierre et de Marie
Girard. En 1712, il se remariait, avec Agnès
Gagnon, fille de Jean et de Marguerite Drouin et
veuve de Jacques Rhéaume. Treize enfants
naquirent de ces deux unions dont cinq fils.
Quatre décédèrent en bas âge. L'autre,
Joseph, se maria deux fois: à Marie-Louise
Gagnon (1741) puis à Jeanne Drouin (1760).
- Simon Roy
(ou Leroy), originaire de Ligron (Maine), connut
hélas une fin tragique. Recruté en 1653 au
nombre d'une centaine de défricheurs et
d'artisans afin de sauver Ville-Marie menacée
par les Iroquois, il épousait cinq ans plus tard
Jeanne Godard, fille de Robert et d'Antoinette
Grandpierre. En mai 1659, le sieur de Maisonneuve
lui octroyait une concession de 30 arpents. Le 19
mai 1661, un fils naissait au couple. Huit mois
plus tard, le père perdait la vie aux mains des
Iroquois, en même temps que Lambert Closse et
deux autres compagnons.
- Le fils,
Jean, contracta deux unions, la première en
1680, à la Pointe-aux-Trembles, avec Madeleine
Courtemanche, fille d'Antoine et d'Élisabeth
Haguin, et la seconde à la
Rivière-des-Prairies, en 1715, avec Marie
Lamoureux, fille de Louise et de Françoise
Boivin et veuve de Jean Millet. Quatre enfants
naquirent du premier mariage et deux du second.
- Jean Roy
(ou Leroy), originaire du Marans, en Aunis, fut
aussi un pionnier de Ville-Marie. Lui et sa
femme, Françoise Bouet, furent engagés par
Jeanne Mance par contrat signé par-devant
notaire le 5 juin 1659. Le 2 mai 1665, le sieur
de Maisonneuve concède 30 arpents à Jean Roy
«au-dessus de la rivière Saint-Pierre». Deux
ans plus tard, le colon y cultive trois arpents
et possède une bête à cornes, sans doute une
vache, car il a déjà quatre enfants. Trois
autres naîtront par la suite.
- Les
quatre fils du couple se marièrent: Jean avec
Marie-Anne Bouchard en 1690, François avec Marie
Cécire en 1693, Louis avec Françoise Roy en
1697 et André en 1701 avec Jeanne Péladeau. Au
total, une cinquantaine d'enfants naquirent à
ces couples, à Montréal et à Lachine; la
moitié étaient des fils. C'est à Lachine que
l'ancêtre décéda. Il avait occupé le poste de
sergent royal.
- De
Bourgogne nous vint Antoine Roy dit Desjardins,
fils d'Olivier, tonnelier, et de Catherine
Boderge. Il arriva dans les rangs du régiment de
Carignan (compagnie de Froment) en 1665. Sans
doute en prévision de son licenciement, il
obtint en 1667 une concession située dans la
seigneurie de Batiscan, propriété des
Jésuites. L'année suivante, à Québec, il
épouse une pupille du roi, Marie Major, fille de
Jean, receveur de la baronnie de
Hanqueville-en-Vexin, et de Marguerite Le Pelé.
Elle est orpheline de père et de mère et
apporte dans sa corbeille des biens estimés à
300 livres. Antoine verse dans la communauté son
allocation d'ancien soldat, soit 100 livres.
- Hélas!
le couple ne roulera pas sur l'or. En 1681,
Antoine n'a encore défriché que cinq arpents.
Il accumule les dettes et est jeté en prison
pour insolvabilité. Il part pour Montréal afin
d'y exercer son métier de tonnelier. En juillet
1684, un habitant de Lachine, Julien Talua dit
Vendamont, surgit chez le bailli Migeon de
Branssat, à Montréal, et lui dit qu'il vient de
tuer Antoine Roy, qu'il a surpris aux côtés de
son épouse. Le meurtrier fut condamné à la
peine capitale, puis élargi en attendant un
second procès. On perd ensuite sa trace.
- Le couple
Roy/Major n'eut qu'un fils, Pierre, qui, en 1691,
épousa Marie-Anne Martin, fille de Joachim et
d'Anne-Charlotte Petit, qui lui donna neuf
enfants. Il fut père d'au moins quatre autres à
la faveur de deux autres unions.
- De
Touraine nous vint au autre Jean, fils d'Henri et
de Perrine Bedassier, de Cerelles, près de
Tours. Il fut domestique chez les sulpiciens, à
Montréal, et eut sans doute l'occasion d'y
exercer son métier de maître boucher. En 1672,
il conduisit à l'autel Marie Demers, fille
d'André et de Marie Chefdeville et veuve de
Nicolas Nervaux dit Poitou. Sept enfants
naquirent de cette union, dont cinq fils. Trois
de ceux-ci semblent être décédés dans leur
jeunesse. On ne sait ce qu'il advint du benjamin,
Bernardin, mais l'autre, Laurent, fonda une
famille en 1712 avec Angélique Louineau, fille
de Pierre et de Marie Bertin. Ce couple eut huit
enfants dont six ne vécurent que quelques mois.
Les deux autres se marièrent à leur tour, dont
Ignace, qui épousa, en 1743, Marie-Louise
Laroche, mais décéda l'année suivante, sans
progéniture.
- Terminons
cette énumération des ancêtres Roy avec un
Breton, prénommé Yves, personne ne s'en
étonnera! Fils de François et de Jeanne
Deauteau, il était de la paroisse
Saint-Nicolas-de-la-Campagne, à Nantes.
- C'est en
qualité de soldat qu'il franchit l'Atlantique.
Il faisait partie de la compagnie de Troyes. A
Longueuil, en 1688, il épousa Marie Colin, fille
de Mathurin et de Jacqueline Labbé. Le couple
s'établit à Boucherville, puis à Montréal. Il
eut sept enfants dont deux fils, l'un ne vécut
que quelques semaines et l'autre décéda à huit
ans. La descendance ne fut assurée que du côté
féminin: Marie-Angélique épousa
Guillaume-Alexandre Jourdain en 1709 et
Marie-Anne, Louis Mercier en 1729.
- Au cours
du XVIIIe siècle et avant la fin du Régime
français, une demi-douzaine d'autres Roy
fondèrent des foyers en Nouvelle-France. Ils
étaient originaires du Poitou, de Flandre,
d'Aunis et de Saintonge.
-
Extrait
de: Portraits de familles pionnières de Robert
Prévost
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