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LES
FRÈRES ROBERGE,
PIONNIERS DE L'ÎLE D'ORLÉANS
-
- Ils étaient
originaires de Normandie, ces pionniers, et deux,
nés d'un même mariage, prénommés Pierre, sont
essentiellement les ancêtres des quelque quatre
mille Roberge qui existent en Amérique du Nord.
Ils avaient un demi-frère, Denis, issu d'une
première union. C'est par lui que nous
débuterons, car il fut le premier à fonder une
famille.
- Fils de
Jacques et d'Andrée LeMarchand, Denis serait
né, comme ses demi-frères, à
Saint-Germain-le-Vasson. Ce bourg est aujourd'hui
une commune d'un millier d'habitants, située
dans le canton de Bretteville-sur-Laize. Ce
dernier toponyme ne saurait nous laisser
indifférent: dans le cimetière militaire de
Bretteville-sur-Laize dorment 2 959 de nos
soldats.
- Depuis
Caen, le N 158 file vers le sud. En quelque 15
km, elle atteint la D 183, à Cintheaux.
Celle-ci, prise sur la droite, conduit aussitôt
à la petite nécropole. A 4,50 km au sud de
Cintheaux se rencontre la D 239 qui, empruntée
également sur la droite, débouche sur
Saint-Germain-le-Vasson.
- Il est
certain que Denis arriva en Nouvelle-France en
1661. Peut-être doit-il son intérêt pour la
colonie à un stage qu'il effectua à l'Ermitage
de Caen, que fréquenta l'abbé François de
Laval avant d'être nommé premier évêque de
Québec.
- En mars
1663, Mgr de Laval fondait le séminaire de
Québec, et Denis Roberge fut son premier
serviteur. Celui-ci possédait sans doute une
certaine instruction, car on lui confia la
rédaction de documents et des tâches
administratives.
- Le 3
juillet 1667, par-devant le notaire Michel
Fillion, il signe un contrat de mariage avec
Geneviève Auber, fille de Claude et de
Jacqueline Lucas. Claude Auber est notaire royal
depuis trois ans et deviendra juge-prévôt de la
seigneurie de Beaupré.
- Le couple
Roberge/Auber eut onze enfants dont sept fils.
Certains de ceux-ci décédèrent jeunes. Aucun
ne semble avoir de descendants. Des quatre
filles, l'une mourut au seuil de son treizième
anniversaire; une autre, Angélique, prit le
voile chez les Ursulines; les deux autres se
marièrent: Marie-Anne en 1689 avec François
Guyon et Marie-Madeleine en 1697 avec Charles
Perthuis.
- Si, de
nos jours, l'Amérique du Nord compte quelque 4
000 Roberge, nous le devons essentiellement aux
deux frères Pierre, l'un dit Lacroix et l'autre
dit Lapierre, fils de Jacques et de Claudine
Buret et demi-frères de Denis.
- On
s'étonne parfois de trouver le même prénom
chez des frères et des soeurs. C'est souvent
parce que le premier ou la première ne vit plus,
ou encore, parce qu'on souhaitait donner au
nouvel enfant le prénom du parrain ou de la
marraine, selon le cas.
- C'est
cinq ans après son demi-frère que Pierre
Roberge dit Lacroix fonda un foyer, avec
Antoinette Bagau de Beaurenom, originaire de la
région de Cherbourg. C'était en 1671. L'union
demeura sans postérité. En 1684, il songea à
un deuxième mariage, avec Marie Chabot, fille de
Mathurin et de Marie Mésangé, mais l'amourette
tourna court et l'entente fut annulée. C'est
avec Marie Lefrançois, fille de Charles et de
Marie-Madeleine Triot, qu'il fonda une deuxième
famille.
- Le couple
Roberge/Lefrançois porta sept enfants à
l'église, dont trois fils. Tous virent le jour
à Saint-Laurent, île d'Orléans. L'aîné,
Pierre, choisit pour compagne de vie, en 1710,
Marie-Anne Jouanne, fille de Jean et d'Anne
Grimbault et veuve de Charles Manseau (six
enfants dont trois fils). Cinq ans plus tard,
Joseph conduisait à l'autel Marie-Madeleine
Lemelin, fille de Louis et de Marie-Anne Delomay
(11 enfants dont 7 fils). En 1722, Jean-Baptiste
épousait Angélique Faucher, fille de Nicolas et
de Marie-Madeleine Langlois (6 enfants dont 2
fils); il contracta une seconde union, en 1736,
avec Françoise Larue, veuve de Pierre Pagé,
mais il n'en résulta pas de progéniture.
- Lors du
recensement de 1681, Pierre Roberge dit Lacroix
met en valeur une terre de l'île d'Orléans, où
il cultive dix arpents et possède six bêtes à
cornes. Il y habite avec son épouse, Antoinette
«Bascon». Dans son Histoire des
Canadiens-Français (vol.V, p.86), Benjamin Sulte
ajoute «Françoise Loignon» entre parenthèses.
C'est sans doute là une erreur, car l'autre
Pierre y figure déjà dans la page précédente.
Quiconque consulte cet ouvrage y trouvera l'île
d'Orléans sous la rubrique de «comté de
Saint-Laurent».
- Retraçons
maintenant le fil conducteur du frère du
précédent, Pierre Roberge dit Lapierre. Comme
ils portaient le même prénom, les deux frères
prirent sans doute un surnom pour se distinguer
l'un de l'autre.
- Pierre
Roberge dit Lapierre, nous l'avons souligné, fut
aussi un pionnier de l'île d'Orléans. C'est
là, à Sainte-Famille, qu'en 1679 il fonda un
foyer, avec Françoise Loignon, fille de Pierre
et de Françoise Roussin. Pierre Loignon était
au pays depuis 1647, alors qu'il avait été
engagé, au Perche, par Noël Juchereau, et il
était à la tête d'une importante exploitation
dans l'île: il y cultivait 50 arpents et
possédait une vingtaine de bêtes à cornes.
- Le couple
Roberge/Loignon fut le plus prolifique. Il porta
treize enfants au baptême, à Saint-Pierre. Cinq
des fils se marièrent à leur tour. Tout d'abord
Jean-Baptiste, en 1709, avec Anne Blouard, fille
de Mathurin et de Marguerite Paulet (4 enfants
dont un fils). En 1716, Joseph conduisait à
l'autel Geneviève Leduc, fille de René et
d'Anne Gendreau et veuve de Pierre Métayer dit
Saint-Onge, à qui elle avait donné cinq
enfants; avec elle, Joseph eut un fils, puis il
se remaria, en 1748, avec Madeleine Girard, fille
de Jean-Baptiste et de Madeleine Aumier (un fils
et deux filles).
- En 1720,
Charles épousait Marie-Madeleine Côté, fille
de Jean et de Marie-Anne Langlois (9 enfants dont
5 fils). Six ans plus tard, Pierre conduisait à
l'autel Marie Lefrançois, fille de Nicolas et de
Marie-Madeleine Lefebvre (11 enfants dont 5
fils). Enfin, en 1730, le benjamin des fils,
Ambroise, fondait une famille avec Marie-Louise
Goulet, fille de Jean et de Marguerite Blouard (8
enfants dont 5 fils).
- En 1681,
Pierre Roberge dit Lapierre et Françoise
Loignon, à qui un premier fils vient de naître
(il décédera à l'âge de 13 ans), sont
établis sur une terre dont ils mettent 15
arpents en valeur. Ils possèdent six bêtes à
cornes.
- En 1979,
les Roberge ont érigé une stèle sur la terre
ancestrale de la famille, à Saint-Pierre, île
d'Orléans. Elle comporte la devise de la
famille: «Fay ce que devras». Une inscription
commémorative apposée sur la façade de la
mairie de Saint-Germain-le-Vasson, dans le
Calvados, rappelle aussi la mémoire des frères
Roberge.
- Extrait
de: Portraits de familles pionnières de Robert
Prévost
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