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DES
FAMILLES PROLIFIQUES:
CELLES DES RICHARD VENUES D'ACADIE
-
- Abondance de biens ne
nuit pas, dit un vieil adage. Abondance de
Richard non plus. Sauf qu'on ne saurait traiter
d'un seul coup les origines de pionniers qui ont
transplanté ce patronyme dans la vallée du
Saint-Laurent. Certains l'ont apporté
directement de France, mais d'autres,
indirectement, c'est-à-dire en passant par
l'Acadie et, hélas, par les colonies anglaises
où on les avait déportés. C'est à eux que
nous nous en tiendrons ici.
- Le
premier du nom venu en Acadie fut Michel Richard,
qui était dit Sansoucy, même si des soucis ont
marqué la trame de son existence. On ignore de
façon certaine d'où il était originaire,
possiblement de Saintonge. Disons tout de suite
que l'on trouvera souvent la préposition
«vers» dans ce chapitre pour désigner une
année approximative. C'est que les registres de
l'Acadie ont souvent été réduits en cendres
par la torche incendiaire des Anglais et qu'il a
fallu en reconstituer plusieurs de mémoire
grâce à l'apport de parents, d'amis et de
missionnaires.
- Michel
Richard serait arrivé en 1654, peu avant
la prise de Port-Royal par Robert Sedgwick,
commandant en chef du littoral de la
Nouvelle-Angleterre. Il a probablement participé
à la défense de la place. Le pays devait
demeurer pendant seize ans sous l'emprise des
Bostonnais. Michel troqua son épée contre la
hache du défricheur lorsqu'il obtint deux
concessions, car la beauté du pays l'avait sans
doute séduit. Celle d'une jeune fille de douze
ans allait en faire autant: en épousant
Madeleine Blanchard, il s'alliait à l'une des
anciennes familles de l'Acadie.
- Les
Anglais restituèrent l'Acadie à la France en
1670. Sous l'occupation, Michel ne s'était pas
croisé les bras: il avait défriché quatorze
arpents de terre et possédait quinze bêtes à
cornes et quatorze brebis, et sa famille comptait
déjà sept enfants: René, Pierre, Catherine,
Martin, Alexandre et deux jumelles. Anne et
Madeleine. Leur âge s'échelonnait de cinq
semaines à 14 ans.
- L'aîné,
René, qui était dit Beaupré, épousa vers 1680
Madeleine Landry, fille de René et de Perrine
Bourg; sept ans plus tard, le deuxième, Pierre,
choisit pour compagne Marguerite Landry, la soeur
de Madeleine. Les deux frères devaient se fixer
dans le fertile établissement des Mines. Vers
1678, Catherine disait oui à François Brossard.
Le troisième fils, Martin, fonda un foyer avec
Marguerite Bourg, fille de François et de
Marguerite Boudrot, et devint l'un des premiers
colons de Beaubassin. quant à Alexandre, il
épousa, vers 1686, Elisabeth Petitpas, fille de
Claude, greffier de Port-Royal, et de Catherine
Bugard. Les jumelles prirent mari en 1685: Anne
avait choisi Germain Thériot et Madeleine,
Charles Babin, un nom à retenir.
- Car
Michel, devenu veuf, contracta une seconde union,
en 1683, avec Jeanne Babin, une jeune fille de 15
ans, fille d'Antoine et de Marie Mercier. Or,
Jeanne est la soeur de Charles Babin, l'époux de
sa fille Madeleine. De sorte que Michel
devint...le beau-frère de sa fille! L'un des
descendants, M. Louis Richard, a rappelé cette
anecdote dans les Mémoires de la Société
généalogique canadienne-française (vol.VI,
p.27).
- Parce que
beaucoup de registres ont été
irrémédiablement perdus dans l'incendie des
villages acadiens par les Anglais, il est
beaucoup de pionniers dont on ne connaît pas
l'origine exacte. Fort heureusement, on est mieux
renseigné à l'égard d'un certain nombre. C'est
le cas pour un autre Richard, prénommé
François, qui, en 1710, à Port-Royal, épousa
Anne Comeau. C'était un Breton de la ville
d'Auray, l'une des plus anciennes du pays.
Coïncidence, c'est de là qu'en 1632 Isaac de
Razilly était parti pour l'Acadie, après la
signature du traité de Saint-Germain-en-Laye,
afin d'y reprendre possession de la
Nouvelle-France. Le port intérieur d'Auray est
relié à la mer par une rivière qui porte le
même nom. C'est une ville très agréable à
visiter, notamment à cause de l'intérêt de son
vieux quartier Saint-Goustan auquel on accède
par un pont du XVIIe siècle. De pittoresques
maisons du XVe bordent ses rues étroites et
pentues.
- François
Richard connut la même déveine que Michel:
l'année même de son arrivée, Francis Nicholson
s'emparait de Port-Royal, dont la perte pour la
France fut confirmée trois ans plus tard par le
traité d'Utrecht. Bientôt se contractèrent des
alliances entre les fils et filles de François
et les descendants du pionnier Michel.
- On ne
saurait résumer ici les circonstances qui
amenèrent de nombreux Acadiens à se fixer dans
la vallée du Saint-Laurent. certains s'y sont
établis, notamment dans la région de Québec,
avant même les déportations. La plupart
cependant s'y résolurent après ces douloureux
événements, en provenance notamment des
colonies anglaises où on les avait conduits
après les avoir dépossédés de leurs terres.
- Ils se
sont répandus dans toutes nos régions, à tel
point que de nos jours, environ un million de
Québécois, estime-t-on, ont une ascendance
acadienne. On leur doit même la fondation et
l'essor de localités, telles que L'Acadie, au
sud de Montréal, Saint-Jacques-l'Achigan et
Saint-Grégoire, dans les comtés de Montcalm et
de Nicolet, respectivement.
- Les
Richard n'ont pas été absents de ce mouvement
colonisateur, loin de là. Examinons de près les
registres de l'une de ces localités,
Saint-Grégoire de Nicolet. Un patient chercheur
a compilé les actes de baptême, de mariage et
de sépulture qui y sont consignés, sur une
période de 150 ans: il en a noté 573 ayant
trait à des Richard.
- Un
relevé cadastral effectué dans la même
localité en 1847 note la présence de familles
dont le chef porte ce patronyme: quatre dans le
rang du Haut-du-Village, cinq dans le rang du
Lac-Saint-Paul, quatre dans le rang Saint-Simon,
quatre dans le rang de Beauséjour et trois dans
le rang du Pays-Brûlé...Toutes ces familles ont
des enfants, sans compter les adultes
célibataires et les orphelins! (Voir les
Mémoires de la Société généalogique
canadienne-française, vol. VI, p.319; vol.VIII,
p.46 et 172, et vol.IX, p.174.)
- C'est en
1774 que la grande famille des Richard essaima
vers le Québec. Ses membres et leurs descendants
devaient se fixer à Saint-Jacques-l'Achigan, à
Saint-Grégoire, à Bécancour, à Nicolet, à
L'Acadie, puis se répandre dans toutes nos
régions.
- Extrait
de: Portraits de familles pionnières de Robert
Prévost
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