Etienne Racine, le premier
pionnier de Ste-Anne-de-Beaupré

 
 
 
Les Racine appartiennent à l'une de nos plus anciennes familles: l'ancêtre Etienne épousa la deuxième Française née dans la colonie! Il n'est donc pas étonnant que ce couple et leurs descendants aient poussé de profondes...racines dans le sol généreux de la nouvelle-France.

 Le Normand Etienne Racine était le fils de René et de Marie Loysel, de Fumichon, évêché de Lisieux. C'est une tout petite commune de l'actuel département du Calvados. Depuis Paris, la N 13 conduit, vers l'ouest, jusqu'à Caen. Elle passe par Mantes-la-Jolie, puis par Evreux. Elle frôle ensuite Thiberville, libérée par les Canadiens le 24 août 1944 (un monument y rappelle cette journée mémorable), et, 6 km plus loin, franchit la D 143 A. Celle-ci, vers le nord, atteint Fumichon en 4 km. Nous ne sommes plus ici qu'à 15 km de Lisieux.

 On ignore quand Etienne arriva dans la colonie, car on n'a retrouvé aucun contrat d'engagement le concernant. Il y était dès 1637, en tous cas, car le 22 octobre de cette année-là, il est témoin au contrat de mariage de Jean Nicolet et de Marguerite Couillard, par-devant le notaire Jean Guitet. Trois semaines plus tard, celui-ci rédige un nouvel acte de même nature: cette fois, c'est Etienne qui a décidé de fonder un foyer, avec Marguerite Martin (16 novembre), mais le mariage ne sera célébré qu'au mois de mai suivant. Il avait sans doute acquis une certaine instruction, car il savait lire et signer.

 La future épouse est l'aînée des filles d'Abraham Martin et de Marguerite Langlois, un couple arrivé de France en 1619. Elle a été baptisée à Québec le 4 janvier 1624. Une seule autre Française avait vu le jour avant elle dans la colonie, Hélène Desportes, en 1620. Rappelons que Martin fut propriétaire de concessions au sommet du cap aux Diamants et que, dit-on, c'est à cause de lui que les plaines d'Abraham s'appellent ainsi; l'actuelle côte d'Abraham épouserait le tracé du sentier par lequel il conduisait ses bêtes à cornes jusqu'à la rivière Saint-Charles pour qu'elles s'y abreuvent. C'est dire à quel point Etienne Racine fut témoin de nos commencements.

 C'est donc le 22 mai 1638 que le mariage est célébré. Dans sa corbeille, la jeune femme (elle vient d'avoir 14 ans) apporte en guise de dot une somme de 100 livres, des ustensiles de ménage, des vêtements, un matelas, une couverte et deux paires de draps. Le mari est peut-être toujours domestique chez Guillaume Hubou qui, depuis 1629, a pour épouse nulle autre que Marie Rollet, la veuve de Louis Hébert, notre premier colon. Il pratique un métier fort utile dans un pays neuf, celui de charpentier, et sa réputation est sans doute excellente, car les missionnaires ont recours à ses services. Ainsi, au mois d'août 1646, le Journal des Jésuites rapporte qu'il est rentré des missions huronnes avec des compagnons, puis qu'il y est remonté.

 Le couple Racine/Martin eut dix enfants. Hélas, il perdit la première, décédée le jour même de sa naissance, en septembre 1640. Puis vint Louise, baptisée le 2 septembre 1641; en 1653, elle devait épouser Simon Guyon et lui donner sept enfants. En décembre 1643, naissance d'un premier fils, Noël, fort judicieusement prénommé puisqu'il reçut le baptême le 26 décembre! En 1667, Noël fondait un foyer avec Marguerite Gravel: dix enfants naquirent de cette union. Elle était la fille de Massé Gravel et de Marguerite Tavernier.
 
 
 Puis, ce fut Marie-Madeleine, baptisée le 25 juillet 1646; elle épousa Noël Simard en 1661 et lui donna 14 enfants. François se présenta ensuite, le 16 juillet 1649; en 1676, il épousait Marie Baucher, de l'île d'Orléans, fille de Guillaume et de Marie Paradis: neuf filles et trois fils.

 En 1650, Etienne Racine et Marguerite Martin décident de s'établir. Olivier Letardif, commis général des Cent-Associés, s'est porté acquéreur, en 1646, d'un huitième de la seigneurie de Beaupré et, le 27 mars 1650, il y concède une terre au couple, et c'est ainsi que celui-ci devint le premier à se fixer là où devait naître le bourg de Sainte-Anne-de-Beaupré. D'ailleurs, en 1988, une inscription a été dévoilée à la mémoire du "père des Racine d'Amérique" sur la façade de la chapelle qui avoisine la basilique.

 Letardif connaissait bien Racine. En 1647, celui-ci l'avait accompagné en France et y était demeuré quelques mois pour agir comme témoin, à Mortagne (Perche), au mariage de Zacharie Cloutier (fils) avec Madeleine Emard. Notons qu'à peu près au même moment, un frère de celui-ci, Jean Cloutier, épousait à Québec (janvier 1648) Marie Martin, la soeur de Marguerite.

 Le Journal des Jésuites, à la date du 21 juillet 1651, rapporte sans le moindre détail qu'"à dix heures du matin brûla la maison de Racine". Etienne avait-il eu le temps de se construire une demeure sur sa concession? Ne s'agissait-il pas plutôt d'une maison qu'il possédait à Québec, au pied du cap aux Diamants?

 En tout cas, c'est sur la côte de Beaupré qu'il oeuvra dès lors, même si la naissance des autres enfants figure dans les registres de Québec; le délai qui s'écoule entre la naissance et le baptême en témoigne. Marguerite, née le 8 mars 1652, ne sera baptisée que 18 jours plus tard; en 1667, elle épousera Jean Gagnon et lui donnera 13 enfants.

 Pierre, né le 26 octobre 1654, ne sera fait enfant de l'Eglise que près d'un an plus tard. En 1682, à Sainte-Famille, île d'Orléans, il conduira à l'autel Louise Guyon, fille de Claude et de Catherine Colin, une union qui lui donnera neuf enfants; quatre des fils se marieront à leur tour.

 Marie, qui vit le jour vers 1657, entra chez les Hospitalières de Montréal et y prit le voile en 1676. Jeanne, de trois ans sa benjamine, unit sa destinée, en 1682, à celle de Jean Paré et fut mère de neuf enfants.

 Enfin, le dernier de la famille, qui reçut le prénom de son père, Etienne, né en 1662, épousa Catherine Guyon, la soeur de Louise, mentionnée précédemment. Pas moins de 13 enfants naîtront de cette union.

 Deux descendants d'Etienne Racine et de Marguerite Martin ont été titulaires de sièges épiscopaux: Mgr Antoine Racine fut le premier évêque de Sherbrooke et son frère, Dominique, le premier évêque de Chicoutimi. On a surnommé ce dernier l'Apôtre du Saguenay. On ne compte plus au Québec les accidents géographiques qui perpétuent la mémoire de ces deux personnages.
 
 
 
 

Extrait de: Portraits de familles pionnières, de Robert Prévost.

 
     
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