LES PROULX, PIONNIERS DE MONTMAGNY,
NEUVILLE ET POINTE-CLAIRE

 
 
C'est du Poitou et de l'Anjou qu'originaient les plus prolifiques ancêtres de nos familles Proulx. Au XVIIe siècle, le patronyme s'écrivait Prou et, dit-on, constituait une variante de preu, mot qui, dans l'ancien français, signifiait à la fois vaillant (adjectif) et beaucoup (adverbe); l'expression peu ou prou figure toujours au dictionnaire. Les trois pionniers dont nous évoquerons la mémoire étaient des Prou.

 Le plus prolifique, Jean, fils de Jean et de Louise Vallée, était angevin.Il venait de Saumur, sous-préfecture de l'actuel département du Maine-et-Loire. La famille était de la paroisse Notre-Dame-de-Nantilly, dont l'église existe toujours. Elle date de la première moitié du XIIe siècle et contient une remarquable collection de tapisseries anciennes.

 La ville est située sur la rive gauche de la Loire. On l'atteint, depuis Tours, soit par la N 152, qui suit la rive droite (64 km), soit par les N 751 et 147, au sud du fleuve, via Azay-le-Rideau et Chinon (73 km). La masse imposante du château domine la ville avec ses quatre tours d'angle et ses mâchicoulis.

 Le 5 juin 1673, Jean Prou, après avoir passé contrat par-devant le notaire Romain Becquet, épousait Jacquette Fournier, fille de Guillaume et de Françoise Hébert. L'abbé Louis Ango des Maizerets, directeur du petit séminaire, présida à la bénédiction nuptiale.

 Le couple Prou/Fournier figure au nombre des pionniers de Montmagny. Il eut quatorze enfants dont sept fils. Un seul de ceux-ci mourut en bas âge; les autres fondèrent des foyers: Denis (1699) avec Marie-Anne Gagné (7 enfants dont 2 fils); Jean-Baptiste (1701) avec Louise Rousseau (9 enfants dont 5 fils); Pierre (1711) avec Agathe Destroismaisons (11 enfants dont 9 fils); Thomas (1714) avec Marie-Catherine Caron (10 enfants dont 5 fils); Joseph (1729) avec Dorothée Bouchard (2 enfants dont 1 fils) puis (1736) avec Angélique Laberge (11 enfants dont 3 fils); enfin Louis (1730) avec Marie Dufresne (4 enfants dont 2 fils).

 En recoupant les renseignements qui figurent dans les dictionnaires généalogiques, on constate que quinze des fils issus de ces unions contractèrent mariage à leur tour. Comme chez les garçons, l'une des sept filles décéda toute jeune, dès après sa naissance d'ailleurs; les autres s'unirent à des pionniers dont les noms sont répandus: Gagné, Thibault, Isabel et Ruel.

 Jean Prou décéda à Montmagny le 28 février 1703. Selon le généalogiste Tanguay, sa veuve lui survécut plus d'une trentaine d'années.

 Un deuxième Jean Prou, originaire celui-là de la paroisse de Saint-Jean-de-Moutierneuf, à Poitiers, arrive en Nouvelle-France vers 1671. Il laisse derrière lui une épouse et deux enfants, qu'il se propose probablement de faire venir dans la colonie une fois bien installé. En 1674, prévoyant sans doute se fixer l'année suivante dans la seigneurie de Dombourg, qui prendra plus tard le nom de Neuville, il confie à un certain Gilles Galipau des lettres destinées à sa femme, car celui-ci doit passer par Poitiers.

 En 1675, effectivement, Jean s'établit dans la seigneurie, tout voisin du couple Pinel. Hélas, Galipau lui apporte la triste nouvelle du décès de l'épouse. Les Pinel ont une fille, Catherine, qui, à l'âge de 18 ans, est déjà veuve. Elle deviendra, en 1676, la deuxième épouse de Jean et lui donnera treize enfants. Pour de passionnants détails sur l'existence de ce ménage, voir deux textes signés Jean-Pierre Proulx dans les numéros 180 et 185 des Mémoires de la Société généalogique canadienne-française.

 Le couple Prou/Pinel eut treize enfants tous nés à Neuville. Des six fils nés de cette union, cinq fondèrent des foyers et furent tous prolifiques. Jean-Baptiste épousa (1713) Marie-Geneviève Harbour (14 enfants dont 5 fils); François (1713), Marie-Thérèse Faucher (12 enfants dont 5 fils); Claude (1716) Marie-Anne Bibeau (une fille), puis (1717) Isabelle Robidas (12 enfants dont 6 fils); François (1724), Françoise Robidas, soeur de la précédente (12 enfants dont 6 fils); Joseph (1726), Thérèse Aide-Créqui (13 enfants dont 5 fils). Une vingtaine des petits-fils du couple Prou/Pinel fondèrent à leur tour des foyers. Jean décéda à Neuville le 9 décembre 1703; sa veuve lui survécut jusqu'au 13 juin 1723.

 Alors que les deux premiers ont été des pionniers de Montmagny et de Neuville, le troisième Prou dont nous évoquerons la mémoire s'est établi à Pointe-Claire, dans l'île de Montréal.

 Jacques Prou dit Le Poitevin venait du hameau de Gournay; c'est maintenant une petite commune de l'arrondissement de Niort, canton de Chef-Boutonne. Pour repérer l'endroit sur une carte, suivre depuis Niort la D 948, direction sud-est, jusqu'à Melle (28 km), puis jusqu'à la D 737 (4 km). Celle-ci frôle Gournay, vers le sud (5 km).

 Jacques épousa à Lachine, le 1er février 1706, Jeanne Pilon, fille d'Antoine et de Marie-Anne Brunet. Le couple ne tarda pas à s'établir à Pointe-Claire. Il eut onze enfants dont au moins les huit derniers sont nés dans cette localité, et au moins quatre des cinq fils se marièrent à leur tour: Jacques (1733) avec Marie-Suzanne Velleray puis (1748) avec Marguerite Boileau; Joseph (1738) avec Marie-Charlotte Clément; Antoine (1747) avec Marie-Anne Roy; et Thomas (1751) avec Marie-Josèphe Larocque.

 Quatre des six filles contribuèrent par leur mariage à perpétuer des patronymes qui se sont répandus dans la région: Marie-Madeleine épousa Claude Aumay (Aumais); Louise-Hélène, Jean-Baptiste Beaune; Geneviève, Antoine Lanthier; et Françoise, François Dussault.

 Lorsqu'en 1731, les Messieurs de Saint-Sulpice font procéder à l'aveu et dénombrement de leur seigneurie de l'île de Montréal, Jacques est toujours sur sa terre de la paroisse Saint-Joachim de Pointe-Claire. Elle mesure trois arpents de front et est dotée d'une maison, d'une grange et d'une étable; on y trouve trente-sept arpents de terre labourable et six de prairie. C'était la neuvième terre située au-dessus (c'est-à-dire à l'ouest) du fort de pieux qui entourait l'église et le presbytère et qui avait une superficie de deux arpents. La profondeur des terres était de trente arpents.
 

Extrait de: Portraits de familles pionnières de Robert Prévost
 
     
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