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CHEZ
LES NOEL,
UN PETIT-FILS DE FILLE DU ROI
DEVENU SEIGNEUR
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- Le premier Noël qui
se profile au seuil de nos annales n'eut hélas
pas le temps de fonder un foyer, mais nous nous
en voudrions de ne pas évoquer sa mémoire, car
il fut un pionnier de Ville-Marie. C'était un
serviteur du notaire Jean de Saint-Père. Or, le
29 octobre 1647, le jeune Jacques Noël
travaillait à la couverture d'une chaumière
avec son patron et le beau-père de celui-ci,
Nicolas Godé, lorsqu'ils furent abattus par des
Iroquois. «Il est bien sensible de voir périr
les meilleurs habitants qu'on ait, rapporte
Dollier de Casson dans son Histoire du Montréal,
par des lâches infâmes qui, après avoir mangé
leur pain, les surprennent désarmés et les font
tomber comme des moineaux de dessus le couvert
d'une maison.
- Jean
Noël, fils de Jean et de Marie Bonin, originaire
de Tonnay-Boutonne, non loin de
Saint-Jean-d'Angély, en Charente-Maritime,
connut un meilleur sort. En 1649, il épousait à
Québec Suzanne Barbeau, fille de Jean et de
Jeanne Godoin, qui lui donna quatre enfants, mais
il devint veuf dès 1657 et une deuxième union
fut sans postérité. Un fils né du premier
mariage et aussi prénommé Jean fonda un foyer
à Sillery en 1671 avec Marguerite Sel, fille de
Vincent et d'Anne Racourse; le couple eut deux
enfants dont un fils, Jean, qui ne devait être
père que d'une fille.
- Le plus
prolifique des Noël fut sans contredit un
Poitevin, François Noël, qui fut domestique
chez deux pionniers de l'île d'Orléans, Gabriel
Gosselin et Jacques Roy. Fils de Pierre et
d'Elizabeth Augustin, il était originaire de
Chiré-en-Montreuil. Cette commune est située à
une vingtaine de kilomètres à l'ouest de
Poitiers. Depuis cette dernière ville, la N 149
conduit à Vouillé (17 km), d'où la D 62,
empruntée sur la gauche, traverse Chiré (3,50
km).
- Le 22
octobre 1669, François épousait une fille du
roi, Nicole Legrand, originaire de la paroisse
Saint-Sulpice du faubourg Saint-Germain
(maintenant Paris). Elle était orpheline de
père et, selon l'historien Yves Landry, avait
apporté des biens estimés à 400 livres et une
dot royale de 50 livres.
- Le couple
eut dix enfants. Il se fixa tout d'abord à
Sainte-Famille, puis s'établit à Saint-Laurent,
île d'Orléans.
- L'aîné
des fils, Philippe, né en 1670, épousa, le 5
novembre 1692, Marie Rondeau, fille de Thomas et
d'Andrée Remondière (12 enfants); deux fils
devaient se marier à leur tour, dont Philippe,
qui fut seigneur de Tilly, comme quoi en ce pays
neuf de la Nouvelle-France, le petit-fils d'une
modeste fille du roi était en mesure de
s'affirmer.
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- Le
deuxième des fils du couple Noël/Legrand,
François, qui avait vu le jour en 1675,
conduisit à l'autel, le 9 février 1699,
Catherine Brulon, fille de Pierre et de Jeanne
Baillargeon, mais le père décéda dès mars
1703, laissant une fille et un fils.
- Le 11
septembre 1677 naissaient des jumeaux; la
fillette décéda un mois plus tard, mais le
garçonnet, Pierre, survécut. Le 5 novembre
1703, il unit sa destinée à celle de Louise
Gosselin, fille de Michel et de Marie-Michèle
Miville. Le couple éleva une nombreuse famille
(13 enfants dont 6 fils).
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- En 1681,
le 10 mai, un autre fils, Ignace, vit le jour. Le
7 novembre 1707, à Lauzon, il épousa Marie-Anne
Huard, fille de Jean et d'Anne-Marie Amiot (10
enfants dont cinq fils; trois de ceux-ci devaient
convoler en justes noces). Enfin, Michel, né le
26 mars 1683, choisit pour compagne de vie
Agnès-Marguerite Garand, fille de Pierre et de
Catherine Labrecque. Le couple échangea ses
voeux le 22 février 1713 (8 enfants dont 3 fils;
au moins un de ceux-ci devait se marier). Un
autre fils, Jean-Baptiste, décéda en 1691 à
l'âge de cinq ans.
- Nous
avons déjà noté que le couple Noël/Legrand
avait perdu une fille, jumelle de Pierre. Une
autre, Marguerite, décéda à l'âge de onze
ans. L'aînée, Catherine, qui était dite
Marguerite, devint l'épouse de François Chabot,
en 1698, et lui donna trois filles. En 1706, elle
contractait une seconde union avec Pierre Parent,
et fut mère de huit autres enfants. Enfin, une
autre fille, Madeleine, en cette même année
1706, se fit conduire à l'autel par Antoine
Fortier et le fit père de neuf enfants.
- Après
douze années de mariage, François ne cultivait
encore que cinq arpents et l'aîné de ses fils
n'était encore âgé que de dix ans, mais il
possédait cinq bêtes à cornes, selon le
recensement de 1681. Il perdit son épouse en
1713 et décéda en 1725.
- Un autre
chef de famille de même patronyme, mais
d'origine inconnue, Maurice Noël dit Labonté,
épousa à la Pointe-aux-Trembles (île de
Montréal) le 13 janvier 1699 Catherine Glory,
fille de Laurent et de Jacqueline Lagrange. Le
couple eut dix enfants dont cinq fils. Hélas, il
perdit les deux premiers, Nicolas et Pierre, à
l'âge, respectivement, de deux et de seize ans.
Le troisième fils, Joseph, qui était dit
Labonté comme son père, épousa en 1730
Marie-Anne Lauzon, qui lui donna dix enfants,
dont trois fils. Quant aux quatrième et
cinquième fils, Louis et Laurent, nous ignorons
s'ils se sont mariés.
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- Trois des
cinq filles du couple Noël/Glory décédèrent
en bas âge. Marie-Catherine épousa Jacques
Desnoyers en 1724, et Marguerite-Louise, dix ans
plus tard, Jean Forget, à qui elle donna trois
fils et sept filles. Maurice Noël dit Labonté
s'était établi dans l'île Jésus, à
Saint-François, où naquirent presque tous ses
enfants.
- Il nous
est également venu un Champenois portant le
même patronyme, Pierre Noël, originaire de
Sézanne, où avait vu le jour Jean Jolliet, le
père de Louis, reconnu comme le découvreur du
Mississippi. Pierre Noël épousa à Montréal,
le 23 août 1729, Marguerite Dubois, fille de
René et d'Anne-Julienne Dumont; elle était
veuve de Michel Carle dit Larocque, un militaire
qui avait été capitaine des portes de
Montréal. Elle décéda sans postérité à la
fin de mars 1742. Deux mois plus tard, Pierre
Noël contractait une seconde union avec
Marguerite Lefort, fille de Jean et de Marguerite
Bourgery, qui lui donna trois enfants.
- On sait
bien sûr que le patronyme Noël évoque la
grande fête qui marque l'anniversaire de la
Nativité et qu'à cette occasion on lève son
verre dans les réunions de famille. C'est
peut-être ce que faisait volontiers un
Montréalais d'origine parisienne décédé en
1750: il se nommait François Noël dit
Prêt-à-Boire.
- Extrait
de: Portraits de familles pionnières de Robert
Prévost
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