NOEL MORIN

 
 Plusieurs colons du nom Morin vinrent de France au Canada. Le principal de ces colons est Noël Morin originaire de Brie-Comte-Robert, en Brie, France. Arrivé à Québec en 1632, du vivant même de Champlain, fondateur de Québec, Noël Morin vécut dans la vieille capitale jusqu'en 1663, alors que le gouverneur de Lauzon lui concéda le fief de St-Luc, dans la paroisse actuelle de Montmagny, le créant ainsi «Seigneur de St-Luc».
 
 Noël Morin laissa quatre fils: trois fondèrent foyer et deux d'entre eux ajoutèrent à leur nom Morin les surnoms Rochebelle et Valcour. Ce surnom Valcour est perpétué par le rocher de ce nom situé dans le voisinage de Montmagny.
 
 Le fils aîné de Noël Morin, Germain, a son nom inscrit dans les toutes premières pages de notre histoire religieuse; il fut le premier prêtre canadien.
 
 La province de Brie d'où venait Noël Morin fut en des temps reculés intimement liée à un peuple dit Morini dont le nom nous paraît être la source même des Morin.
 
Extrait des recherches généalogiques de Laurette Bibeau-Fiset
 
NOEL MORIN ÉPOUSA LA PREMIERE
FRANÇAISE NÉE A QUÉBEC
 
 Qui ne compte pas un ou deux Morin au nombre de ses parents, de ses amis ou de ses connaissances? Au moins huit ancêtres de ce nom ont fondé des familles en Nouvelle-France et la moitié d'entre eux ont élevé des familles de dix enfants ou plus, et le premier qui franchit l'Atlantique, Noël, épousa la première Française née dans la colonie, Hélène Desportes.

 Noël Morin a vu le jour à Brie-Comte-Robert, qui est de nos jours une commune de plus de 5 000 habitants située à une trentaine de km au sud-est de Paris, sur la N 19 qui conduit vers la Champagne. Cependant, c'est à Mortagne, dans le Perche, que le seigneur Robert Giffard le recruta.

 En décembre 1639, par-devant Martial Piraube, secrétaire du gouverneur Huault de Montmagny et commis au greffe et tabellionnage de Québec, il signe un contrat de mariage avec Hélène Desportes, fille de Pierre et de Françoise Langlois. Elle était née en 1620 et, à l'âge de 13 ans, avait épousé Guillaume Hébert, le fils du premier colon. Devenue veuve en septembre 1639, elle choisit, trois mois plus tard, de devenir la compagne de Noël Morin. Le couple reçut la bénédiction nuptiale le 9 janvier 1640.

 Noël était propriétaire d'une maison à Brie-Compte-Robert. En effet, par son contrat de mariage, il donnait à son épouse, pour «bonne amitié», la somme de 200 livres à percevoir sur une maison «située à Brie-Comte-Robert, où pend pour enseigne le Cheval bleu», qu'il avait eue de la succession de sa mère. Hélène, pour sa part, apporte dans sa corbeille la jouissance d'une maison, d'un jardin et de deux arpents de terre.

 En 1645, Noël Morin reçoit une terre de 40 arpents au coteau Sainte-Geneviève. Il s'y construira une maison et une boutique, car il exerce le métier de charron; c'est chez lui que Zacharie Jolliet, le frère de Louis, sera placé en apprentissage.

 Le couple Morin/Desportes eut 12 enfants. Le deuxième, Germain, se fit prêtre, le premier né en Nouvelle-France. Deux autres fondèrent des foyers. Jean-Baptiste, sieur de Rochebelle, songea tout d'abord à épouser Marie-Anne Firman, la fille d'un avocat du Grand Conseil au Parlement de Paris, mais elle repassa l'Atlantique. En 1667, il s'allia plutôt à une Picarde, Catherine de Belleau, fille de François, sieur de Contigny, et d'Anne de Bréda. Le couple eut deux filles, dont l'une, Marie-Anne, devint en 1691 l'épouse de Jacques Pinguet. L'autre fils, Alphonse, qui était dit Valcour, contracta deux unions, la première en 1670 avec Marie-Madeleine Normand, fille de Jean-Baptiste et de Catherine Pajot (11 enfants dont 2 fils), et la seconde avec Angélique Destroismaisons, fille de Philippe et de Martine Crosnier (2 filles et 2 fils).

 La mieux connue des filles du couple Morin/Desportes fut sans doute Marie, qui prit le voile à l'Hôtel-Dieu de Montréal et fut supérieure de sa communauté pendant deux termes de trois ans. C'est elle qui rédigea les Annales de l'Hôtel-Dieu de Montréal, qui demeurent une précieuse source de documentation et qui lui valent le titre de première écrivaine née en Nouvelle-France. Deux de ses soeurs fondèrent des foyers: Louise, en 1659, avec Charles Cloutier, et Marie-Madeleine, en 1673, avec le notaire royal Gilles Rageot.

 En 1663, Noël Morin devint propriétaire d'une partie de la seigneurie de la Rivière-du-Sud, mais quatre ans plus tard, il est toujours sur sa terre de la côte Sainte-Geneviève, où il met 40 arpents en valeur et possède 12 têtes de bétail. Zacharie Jolliet est alors son apprenti. A partir de 1672, il morcelle son domaine de la Rivière-du-Sud au profit des fils Charles et Alphonse et autres parents. Il décéda à Saint-Thomas de Montmagny en 1680. Sa femme l'avait précédé dans la tombe.

 En septembre 1661, à Montréal, Jacques Morin, un Angevin, conduisait à l'autel Louise Garnier, fille de Charles et de Jeanne Broye et veuve de Jean Pichard. Celui-ci était arrivé à Ville-Marie en 1653, en même temps que la centaine de défricheurs et d'artisans recrutés en hâte pour sauver l'établissement, mais les Iroquois l'avaient tué à la pointe Saint-Charles. Cinq semaines plus tard, le sulpicien Gabriel Souart présidait au remariage. Jacques était originaire de Saint-Germain-du-Val (La Flèche, Sarthe).

 Le couple eut deux fils et trois filles. Nous ne croyons pas que les fils eurent des descendants. Les trois filles, cependant, fondèrent des foyers: Marie, en 1679, avec Jacques Viger; Agathe, en 1684, avec Jean Dumans, et Marie-Catherine, en 1688, avec Michel Fourreau.

 L'un des ancêtres les plus prolifiques fut un Breton, Pierre Morin, originaire du bourg de Plaine-Haute, aujourd'hui commune de l'arrondissement de Saint-Brieuc. Il franchit l'Atlantique en 1687 avec le grade de sergent d'une compagnie des troupes de la Marine. Fils de Pierre Morin et de Marguerite Laurent, il s'établit dans la seigneurie de Beauport. Il y épousa, en 1694, Marie-Madeleine de l'Espinay, fille de Jean et de Catherine Granger.

 Le couple eut 17 enfants dont neuf fils, et au moins six d'entre eux se marièrent; chose étonnante, deux reçurent le prénom de Pierre et deux autres, celui de Jean-Baptiste. Tout d'abord, Mathieu, en 1717, avec Marie-Madeleine Prévost, fille de Jean et de Françoise Cadieux, puis Pierre, en 1720, avec Marie-Françoise Garneau, fille de Louis et de Marie-Anne Huot. En 1722, le premier des deux Jean-Baptiste conduisit à l'autel Jeanne Bon-Bonhomme, fille de Nicolas et de Marie-Thérèse Levasseur, et le second, l'année suivante, Marie-Thérèse Piton, fille de Simon et de Marie Barsa. Puis, en 1724, le second Pierre choisit pour compagne de vie Marie-Josèphe Daunay, fille de Pierre et de Marguerite Robert. Enfin, en 1727, Louis épousait Marie-Anne Lescarbeau, fille de Jean et d'Anne Beaudoin et veuve de Pierre Perrault.

 Nous ne saurions clore ce premier volet sans mentionner Pierre Morin dit Boucher, un pionnier de l'Acadie, qui fut laboureur à Port-Royal, puis quitta Beaubassin pour Restigouche en 1688. Il avait épousé une Acadienne, Marie Martin, qui lui donna une bonne douzaine d'enfants dont plusieurs essaimèrent vers le Cap-des-Rosiers, Québec, la seigneurie de la Rivière-du-Sud (Montmagny) et autres lieux.
 Notre second volet sera consacré à quatre ancêtres Morin venus du Poitou.
CHEZ LES MORIN,
QUATRE ANCETRES VENUS DU POITOU
 
 Du sang poitevin coule dans les veines de nombre de nos Morin. En effet, quatre ancêtres portant ce patronyme ont fondé des familles en Nouvelle-France au cours du XVIIe siècle. Ils ont été pères de plus d'une trentaine d'enfants dont près de vingt fils, et la moitié de ceux-ci se sont mariés à leur tour.

 Nous avons mentionné, dans notre premier volet consacré aux Morin, un pionnier venu de l'Acadie, Pierre Morin dit Boucher. On le croyait d'origine normande. Or, dans son Dictionnaire généalogique des familles du Québec, René Jetté précise qu'il était plutôt de Coulonges-les-Royaux. C'est aujourd'hui Coulonges-sur-l'Autize, commune située à 22 km au nord de Niort, dans les

Deux-Sèvres, sur la D 744. Pierre était sellier.
 C'est à Beaubassin que naquirent plusieurs des enfants nés du mariage de Pierre avec Marie Martin, fille de Pierre et de Marie Vignault. La colonie de Beaubassin avait été fondée  en 1672 et lors du Grand dérangement, plusieurs de ses familles trouvèrent refuge sur les bords de la baie des Chaleurs et beaucoup de nos Québécois d'aujourd'hui en sont issus.

 L'aîné des fils du couple Morin/Martin, prénommé Pierre, qui avait épousé Françoise Chiasson, fille de Guyon et de Jeanne Bernard, à Beaubassin, habita Québec, puis se fixa à Montmagny. Il fut père de onze enfants. Jacques s'est marié à Québec en 1699 avec Marie-Anne Lavergne, fille de Louis et de Marie-Anne Simon, mais il décéda dès 1704, laissant deux fils. En 1719, à Québec, Charles conduisait à l'autel Anne-Thérèse Minet, fille de Jean et d'Anne Bonhomme (sans postérité). En 1715, à Québec également, Jean, qui était dit Ducharme, avait choisi pour compagne Marie-Élisabeth Hubert, fille de François et de Geneviève Fauque; il décéda en janvier 1717 et deux fils issus de son union moururent peu après leur naissance. Le généalogiste Jetté mentionne un autre fils, prénommé Jacques comme l'aîné et qui était dit Beauséjour, qui épousa en 1704 Marie-Charlotte Jeanne, fille de Robert et de Françoise Savard et veuve d'Étienne Rocheron, qui lui donna six enfants.

 Du Poitou nous vint ensuite un meunier, Charles Morin, fils de Pierre et de Catherine Poinelle. Il était originaire de La Forêt-sur-Sèvre (15 km au sud-ouest de Bressuire, sur la D 938ter). Ce fut le moins prolifique des quatre Poitevins. Il épousa une fille du roi venue de Rouen, Marie Michel, en 1667. Le couple s'installa dans la seigneurie de Maure et eut trois enfants. Seule Françoise atteignit l'âge adulte. Elle épousa Jean Porreau en 1686. Les époux Morin décédèrent tous deux en 1704 à l'Hôtel-Dieu de Québec.

 C'est de l'évêché de Luçon que nous vint André Morin, fils de Jacques et de Michelle Dion, qui fonda un foyer à Québec en 1670. Il était de Bazoges-en-Paillers, qui se trouve de nos jours dans l'arrondissement de La Roche-sur-Yon, à une trentaine de kilomètres au nord-est de cette importante ville de Vendée, au point de rencontre des D 938 et 744.

 André jeta tout d'abord son dévolu sur une fille du roi, Jeanne Raimbault, originaire de Poitiers. Il signa même un contrat de mariage avec elle par-devant le notaire Duquet. C'était en 1669. L'année suivante, le tabellion Romain Becquet rédigeait un contrat auquel, cette fois, André donna suite. C'était avec Marguerite Moreau, une autre fille du roi, mais de Rouen, celle-là. Le couple reçut la bénédiction nuptiale de M. Henri de Bernières, alors supérieur du Séminaire de Québec. Si l'on se base sur le recensement de 1667 et sur les registres des malades de l'Hôtel-Dieu de Québec, André avait alors 45 ans et Marguerite, 50 ans, ce qui est étonnant puisque le couple devait compter 10 enfants! Yves Landry, dans Les Filles du roi au XVIIe siècle, dit que Marguerite était née vers 1650; elle aurait été alors au début de la vingtaine.
 C'est à Charlesbourg qu'André et Marguerite devaient s'établir. En 1681, au village Saint-Joseph, ils cultivent 15 arpents et possèdent trois bêtes à cornes. Trois de leurs enfants furent des fils et deux se marièrent à leur tour: Siméon, en 1696, avec Françoise Meunier, fille de Julien et de Louise Fro (3 enfants), puis en 1763, avec Marie Bergevin, fille de Jean et de Marie Piton (9 enfants), et Jean, en 1712, avec Marie-Angélique Lereau, fille de Pierre et de Marguerite Badeau (6 enfants dont 5 fils). Les filles du couple Morin/Moreau s'unirent à de jeunes hommes appelés Dumont, Biron, Chartré, Vandet et Prudhomme.

 Évoquons pour terminer la mémoire d'un quatrième Poitevin, Pierre, fils de Jacques et d'Hilaire Guéry. Il était originaire de l'évêché de Lusson, plus exactement de Saint-Étienne-de-Brillouet; c'est de nos jours une petite commune du département de Vendée, située sur la N 148, à 13 km au nord-ouest de Fontenay-le-Comte.

 Le 13 juin 1672, à Québec, Pierre conduisait à l'autel Catherine Lemesle, une Rouennaise, fille de Jean et de Marguerite Renard. Elle fut mère de huit enfants dont quatre fils. Deux de ceux-ci se marièrent à leur tour. En 1704, Joseph épousa Marie-Anne Brideau, fille de Jean et de Marie Crête, qui lui donna onze enfants nés pour la plupart à L'Ancienne-Lorette, puis, en février 1704, Dorothée Girardin, fille de Jean et de Dorothée Rancin, déjà veuve de deux maris, qui fut mère de quatre autres enfants. Pierre-Jean choisit pour compagne, en 1721, Marie-Louise Bezeau, fille de Pierre et de Marie-Charlotte Routhier, qui lui donna huit enfants.

 Lors du recensement de 1681, on trouve le couple Morin/Lemesle installé à la Petite-Auvergne (Charlesbourg) sur une terre dont 12 arpents sont en valeur. Il possède cinq bêtes à cornes. Trois des filles fondèrent des familles: Marie-Anne, en 1691, avec Guillaume Deguire, Louise, en 1699, avec Jacques Payan et Jeanne, en 1711, avec Jean Legris.

 On sait qu'il est coutumier, pour les associations de familles, de se donner des armoiries conçues dans l'observance stricte de l'héraldique et dont les éléments sont évocateurs de leur passé. En 1988, Ottawa a créé l'Autorité héraldique du Canada chargée de la concession officielle d'armoiries. L'Association des Morin d'Amérique fut la première, au sein de la Fédération des familles-souches, à faire reconnaître son blason après lui avoir apporté des modifications essentielles. Deux des cantons de l'écu s'ornent d'épis à 16 grains symbolisant les huit ancêtres Morin et leurs conjointes.
 
Extrait de: Portraits de familles pionnières de Robert Prévost
 
     
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