Un Fribourgeois,
ancêtre de la famille MIVILLE

 
 
Si les Suisses ne furent pas nombreux à se fixer au Canada, il semble bien qu'il en vint fort tôt en Acadie. Lorsque Pierre du Gua, sieur de Monts, fonde un établissement dans l'île Sainte-Croix, en 1604, son lieutenant, Samuel de Champlain, en dessine les principaux éléments, dont une maisonnette qu'il identifie comme le Logement des suisses. S'agissait-il de colons d'origine helvétique ou, plus simplement, de soldats commis à la garde des lieux? Il n'existe pas de liste des défricheurs, charpentiers et autres artisans qui franchirent l'Atlantique cette année-là.

 L'église de Brouage s'orne de deux vitraux évoquant le mémoire de Champlain. L'un rappelle la fondation de Québec et l'autre, le petit poste de l'île Sainte- Croix; celui-ci, offert par le Nouveau-Brunswick, comporte une reproduction de l'esquisse mentionnée plus haut. Or, coïncidence, c'est précisément de Brouage que nous arriva le premier pionnier d'origine suisse venu avec sa famille en Nouvelle-France.

 Il s'appelait Pierre Miville et avait vu le jour dans la canton de Fribourg. Nous ignorons ce qui l'amena à Brouage, mais il y épousa, vers 1631, Charlotte Maugis, et c'est avec ses six enfants que le couple se fixa dans la vallée du Saint-Laurent.

 Pierre Miville dit le Suisse avait deux fils: François et Jacques,nés à Brouage en 1634 et 1639 respectivement. Le premier épousa à Québec, le 10 août 1660, Marie Langlois, fille de Noël Langlois et de Françoise Grenier, s'alliant ainsi à une famille de pionniers: Langlois était arrivé dès 1634 avec Robert Giffard, devenant l'un des premiers colons de la seigneurie de Beauport. Le couple eut 12 enfants, dont sept fils; au moins trois de ceux-ci devaient faire souche: Joseph, Jacques et Charles.

 Jacques Miville, dit Deschênes, unit sa destinée, également à Québec, à celle de Catherine Baillon, originaire du diocèse de Chartres, qui lui donna six enfants, dont trois fils qui fondèrent des foyers: Jean et deux prénommés Charles. Catherine Baillon appartenait à une famille influente; il suffit, pour s'en rendre compte, d'examiner son ascendance telle que la présente le généalogiste René Jetté dans son précieux Dictionnaire généalogique des familles du Québec.

 Les fils de François et de Jacques eurent à leur tour plus d'une trentaine de fils, de sorte qu'au 31 décembre 1729, selon l'Institut national d'études démographiques, le premier comptait 250 descendants, et le deuxième, 74. On les retrouvait majoritairement dans la région du bas Saint-Laurent, plus particulièrement à Montmagny, au Cap-St-Ignace, à la Rivière-Ouelle et à La Pocatière. L'un des fils de François, prénommé Charles, s'était cependant fixé à Beauport.

 Mais, revenons au pionnier Pierre. Jean de Lauzon, intendant de la Compagnie des Cent-Associés et futur gouverneur de la Nouvelle-France, s'était fait octroyer de grandes étendues de terrain dans la colonie, dont il était l'un des principaux propriétaires fonciers. Il souhaitait mettre ses domaines en valeur. Dès l'automne de 1649, par exemple, Pierre Miville et son fils, François, figurent au nombre de ceux à qui ont été accordées des concessions dans la seigneurie de Lauzon, sur la rive droite du Saint-Laurent, en face de Québec.                                                     

Le père n'était sûrement pas un modèle de patience, si l'on en croit la condamnation dont il fut l'objet de la part du Conseil souverain. Il souhaitait recourir à des engagés pour le seconder dans son travail, mais les vaisseaux ne lui en amenaient pas de France. Après quelques années de vaine attente, il explosa: au cours de l'été de 1664, il voulut recruter par la force l'un des ouvriers récemment arrivés à Québec.


 Mal lui en prit, car le Conseil souverain ne badinait pas avec de tels comportements. Après l'avoir fait écrouer au château Saint-Louis, il le comdamna à 300 livres d'amende et au bannissement à perpétuité de la ville de Québec. Des huissiers le raccompagnèrent jusqu'à la seigneurie de Lauzon dont il semble ne plus être sorti, sauf...pour être inhumé à Québec cinq ans plus tard.

 Cet événement, cependant, ne semble pas avoir marqué sa réputation, car, un an après sa condamnation, lui et ses fils François et Jacques figuraient parmi sept concessionnaires à qui le lieutenant général de Prouville de Tracy accordait une étendue de terrain à la Grande Anse (La Pocatière) pour y établir un Canton des Suisses Fribourgeois, les quatre autres se nommant François Rimé, François Tisseau, Jean Gueuchard et Jean Cahusin. Le document les dit tous Suisses, même si les frères François et Jacques Miville avaient vu le jour à Brouage.
 
 L'archiviste Pierre-Georges Roy, qui a étudié ce projet, écrit que cette tentative de colonisation par des Suisses ne réussit malheureusement pas et que seuls les Miville ont laissé des descendants en Nouvelle-France, ajoutant que les Miville-Dechêne ont surtout essaimé dans la région de Kamouraska.

 Lors du recensement de 1667, nous retrouvons les Miville sur la côte de Lauzon. Jacques habite avec ses parents; il ne se mariera d'ailleurs que deux ans plus tard. Les Miville, père et mère, sont à la tête d'une concession qui compte 30 arpents en valeur et huit têtes de bétail. Tout voisin d'eux, l'autre fils, François, est établi et cultive 12 arpents. Lorsque, 14 ans plus tard, les recenseurs parcourent la colonie, François habite toujours la seigneurie de Lauzon, mais ne cultive plus que cinq arpents; il se déclare menuisier, ayant en cela choisi le métier de son père. Quant à Jacques, il est installé dans la seigneurie de la Bouteillerie, y met huit arpents en valeur et possède sept bêtes à cornes.

 Pierre Miville et Charlotte Maugis avaient quatre filles, toutes nées à Brouage, qui fondèrent des foyers en Nouvelle-France. L'une d'elles épousa Robert Giguère, originaire de Tourouvre, dans le Perche. La fondation Robert Giguère, de Montréal, a dévoilé une inscription à sa mémoire dans l'église de Brouage, rappelant que la pionnière y a été baptisée le 12 août 1635 et qu'elle décéda à Sainte-Anne-de-Beaupré en septembre 1713.

 Hommage à Aymée MIVILLE
 Baptisée en cette église le 12 août 1635
 Ancêtre avec Robert GIGUERE
 de tous les GIGUERE  d'Amérique
 inhumée à Ste-Anne de Beaupré,
 le 10 septembre 1713.
 La Fondation Robert Giguère inc.
 MONTREAL


Extrait de: Portraits de familles pionnières, de Robert Prévost.
 
 
 
     
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