TOUS NOS MÉTHOT
SONT DE PURE SOUCHE NORMANDE



 Parcourir la Normandie réserve souvent des surprises aux touristes québécois. Ainsi, sait-on que les cloches de Corneville existent vraiment au bord d'une bien petite rivière, la Risle, qui se jette dans la Seine, à l'ouest de Rouen? Elles carillonnent sous les combles d'un hôtel, à Corneville-sur-Risle, et l'une d'entre elles, la Canadienne, dont l'airain resplendit toujours, comporte les noms des membres d'un comité de Québécoises qui, au début du siècle, recueillirent les souscriptions nécessaires à sa fonte afin de rendre hommage à Robert Planquette, compositeur à qui l'on devait Les Cloches de Corneville.

 Nous sommes loin de la famille Méthot, penserez-vous? Non, tout près, car c'est à six kilomètres d'ici que vit le jour l'ancêtre Abraham Méthot. Depuis la boucle que décrit la Seine au sud de Rouen, la N 175 conduit à Corneville-sur-Risle en une vingtaine de kilomètres, puis franchit la Risle, six kilomètres plus loin, pour passer par Saint-Germain-Village, commune située en face de Pont-Audemer, chef-lieu d'une circonscription qui regroupe près de 14 000 habitants et comprend Saint-Germain-Village.
 
 Jusqu'à tout récemment, on croyait qu'Abraham Méthot était né à Pont-Audemer, car son contrat de mariage le disait «de Saint-Germain du Pont-Audemer». Or, M. Hubert Charbonneau, dont on connaît le précieux apport au Programme de recherche en démographie historique de l'Université de Montréal, a précisé que la paroisse Saint-Germain n'était pas de Pont-Audemer, mais bien du bourg qui est devenu la commune actuelle de Saint-Germain-Village.
 
 Une trentaine d'années plus tôt, le réputé généalogiste Archange Godbout avait écrit: «Nous tenons à remarquer que nous n'avons pas trouvé de famille Méthot dans les registres paroissiaux de Pont-Audemer.» Or, en 1981, le maire de Pont-Audemer est parvenu à réunir plusieurs Méthot de la région à l'occasion de l'accueil d'un couple québécois.

 Abraham Méthot et ses fils devaient contribuer à la consolidation de bourgs tant dans la région de Québec que dans celle de Lévis. Peut-être est-ce à son instigation que l'un de ses cousins, Pierre Lambert, originaire de Formetot, s'établit dans la seigneurie de Villieu, qui allait donner naissance à Saint-Antoine-de-Tilly.
 
 Le 16 juillet 1673, Abraham passait un contrat de mariage par-devant le notaire Gilles Rageot avec Marie-Madeleine Mezeray, fille de René et de Nicole Gareman. Le couple reçut la bénédiction nuptiale le même jour. Marie-Madeleine donna tout d'abord naissance à deux filles, l'une baptisée à Sillery et l'autre, à Québec. La première, Marie-Françoise, allait devenir, en 1698, l'épouse de Jean Bourassa et lui donner sept enfants. La deuxième, née dans la seigneurie de Lauzon, ne connut que son quatorzième anniversaire.

 Lors du recensement de 1681, Abraham cultive cinq arpents dans la seigneurie de Lauzon, et un fils, Jacques, s'est ajouté à la famille. Le ménage semble relativement à l'aise, car il possède six bêtes à cornes. La chaumière comporte deux fusils: on sait à quel point la chasse représentait un apport important à l'alimentation.

 Sept autres enfants verront le jour entre 1682 et 1705. René choisira pour compagne de vie, en 1706, Marie-Françoise Lambert, fille de Pierre, mentionné pus haut, et de Marie Normand, et sera le père de dix enfants, dont trois fils. Abraham recevra au baptême le prénom de son père; en 1713, il unira sa destinée à celle de Marie-Thérèse Masse, fille de Pierre et de Jacqueline Pain et veuve de Joseph Gingras; douze enfants naîtront de cette union, dont six fils.

 Deux filles s'ajoutent ensuite à la famille, Marie-Anne et Agnès-Charlotte. La première deviendra en 1712 l'épouse de Jean Hamel, et la deuxième, la compagne de vie de Noël Tousignant, deux ans plus tard.

 Arriveront ensuite (1699) des jumeaux: Joseph et Charles. En 1721, Joseph unira sa destinée à celle d'Hélène Normand, fille de Joseph et de Marie Choret; ils porteront une douzaine d'enfants au baptême. Quant à Charles, c'est en 1720 qu'il avait fondé un foyer avec Marie-Geneviève Hédouin, fille de Pierre et de Marie-Agnès Pilote; une quinzaine d'enfants devaient naître de cette union. Le dernier des fils, Gabriel, vit le jour en 1705, mais il ne semble pas s'être marié.

 Des fils du pionnier Abraham, c'est l'aîné, René, qui semble avoir succédé au père sur la terre familiale, car tous ses enfants naquirent et furent baptisés à Saint-Nicolas, paroisse de la côte de Lauzon. Le fils Abraham élèvera toute sa famille à Sainte-Foy, près de Québec; c'est lui que rencontrera, en 1721, le procureur général Collet chargé de recueillir les doléances des citoyens à l'égard de leur paroisse. Les jumeaux Charles et Joseph ne s'éloigneront pas de Québec.

 Cependant, les fils de Joseph contribuèrent généreusement à l'essor de la région du Cap-Saint-Ignace et de L'Islet, et trois d'entre eux reçurent le prénom du père. L'un épousa en 1743 Marie-Josèphe Picoron dite Descôteaux, un deuxième, en 1749, Marie-Barbe Guimont (on sait qu'il existe un rang des Guimont au Cap-Saint-Ignace), et un troisième, en 1761, Marie-Modeste Bélanger. Deux autres fils, Charles-Barthélemi et Jean-Marie, s'allièrent à Marie-Geneviève Bossé et à Marie-Angélique Poliquin, en 1752 et 1764 respectivement.

 Pont-Audemer retiendra sûrement l'attention de nos Méthot qui visiteront la région sur les traces de l'ancêtre Abraham. D'intéressantes maisons en bordent les rues, de même que les bras de la Risle. Son église Saint-Ouen mérite mieux qu'un simple coup d'oeil. Son choeur date du XIe siècle, et sa façade, du XVe. Elle possède un bel ensemble de vitraux Renaissance, ce qui étonne, car la ville fut l'objet de violents combats lors de la guerre de Cent Ans, et en juin 1940, l'aviation allemande la bombarda sans répit.

 Si le généalogiste Archange Godbout a écrit qu'il n'a pas trouvé de Méthot dans les registres paroissiaux de Pont-Audemer, le maire de la commune, secondé par le bibliothécaire municipal, l'éminent écrivain Roger Dubos, parvint à en retrouver un certain nombre dans le canton, le 13 juillet 1981, pour accueillir un couple du Cap-Saint-Ignace, M. et Mme Révelin. Mme Révelin, née Méthot (Louise), faisait alors partie du conseil municipal du Cap-Saint-Ignace. Et l'on échangea plusieurs toasts. L'auteur de ces lignes peut s'en porter garant, car il ne manqua pas de leur faire honneur!
 
Extrait de: Portraits de familles pionnières de Robert Prévost
 
     
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