Depuis l'ancêtre Julien, les MERCIER
n'ont jamais oublié Dieu,
ni la France.

 
 
 En mai 1891, le premier ministre Honoré Mercier, de passage en France s'arrête à Tourouvre, où son ancêtre Julien est né en 1621. Il promet de doter l'église de deux vitraux. Après un siècle, ceux-ci ont gardé tout leur éclat. Dans le premier, François Mercier assiste au départ de son fils pour la lointaine colonie, en 1647. Il lui recommmande: «N'oubliez jamais ni Dieu, ni la France». Quant au second, il représente Honoré Mercier vêtu de son costume de comte palatin, un titre que lui a décerné Léon XIII; entouré de dignitaires, il rassure le curé de la paroisse: «Nous n'avons oublié ni Dieu, ni la France».

 Bien sûr, le premier des deux événements n'a qu'une valeur de symbole: François Mercier n'aurait pu voir partir son fils, car il était décédé depuis...20 ans, laissant huit orphelins. Sans doute est-ce pour cela qu'en février 1647, le benjamin de la famille, Julien, maintenant âgé de 26 ans, signe un contrat d'engagement, se mettant au service de Noël Juchereau, sieur des Châtelets, qui s'est fixé à Québec. Il sera conduit en Nouvelle-France, recevra des gages de 75 livres par an, plus une paire de souliers, et son employeur le nourrira.

 Julien atteint Québec le 6 août à bord de la Marguerite et se met résolument au travail. Sans doute, au fil des mois, a-t-il gagné la confiance d'Olivier Letardif, commis général de la Compagnie des Cent-Associés, qui a acheté une partie de la seigneurie de Beaupré, car, le 15 octobre 1651, celui-ci lui accorde une concession de 5 arpents de front sur une lieue et demie de profondeur. Elle était située à l'est de l'actuelle basilique de Sainte-Anne-de-Beaupré.

 On peut croire que le colon s'employa sans tarder à défricher son lot et à se construire une chaumière, car il avait décidé de fonder une famille. Il a choisi sa compagne de vie: Marie Poulin, fille de Claude et de Jeanne Mercier. Le 7 octobre 1652, le couple signe son contrat de mariage par-devant le notaire Claude Auber. Le futur beau-père pense sûrement beaucoup de bien de l'élu de sa fille, car il s'engage à lui faire ériger une grange de 40 pieds de longueur sur 20 de largeur, avec hauteur de 8 pieds soub poultres.Mais l'union ne sera célébrée qu'un an et demi plus tard, soit le 18 janvier 1654. Il est vrai qu'au moment de la signature du contrat, Marie n'avait qu'une douzaine d'années.

 Dix enfants devaient naître de ce mariage. Seulement deux ne fondèrent pas de foyer: le quatrième, prénommé Julien comme son père, décéda à l'âge de 20 ans; sa soeur, Jeanne, née après lui, ne vécut que quelques jours.Cinq des huit autres étaient des fils. Pascal épousa Anne Cloutier en 1681; ils eurent quatre fils, dont l'un décéda en bas âge, mais les trois autres se marièrent. Charles fonda un foyer avec Anne Berthelot, qui lui donna neuf filles et...un fils. Louis contracta trois unions, la première avec Marguerite Rabouin, qui lui donna un seul fils, Louis, qui allait devenir curé de Beaumont; la deuxième, avec Anne Jacquereau, mais quatre de leurs sept enfants décédèrent au berceau, deux fondèrent des foyers et l'autre se fit prêtre; et la troisième avec Marie-Louise Simon, qui mit au monde cinq fils et une fille; l'un de ceux-ci embrassa le sacerdoce, comme ses deux demi-frères, et au moins deux se marièrent à leur tour.
 
 Les trois dernières filles de Julien fondèrent aussi des familles. Marie-Madeleine épousa André Berthelot, frère de l'épouse de Charles, mais n'eut pas de postérité. Quant aux deux autres, Marguerite et Angélique, des jumelles, elles se marièrent le même jour, la première à Marin Patenôtre (Patenaude), et la seconde, à Joseph Giguère. Elles eurent sept et dix enfants respectivement.

 La santé de Julien Mercier déclinait, et il décéda le 18 octobre 1676, un peu plus de trois mois avant la naissance des jumelles. A l'âge e 40 ans, il avait déjà senti ses forces l'abandonner et s'était confié à la bonne Sainte-Anne, pour retrouver la santé: un sursis d'une quinzaine d'années.
 
 En 1682, Marie Poulin se remariait avec un veuf, Charles Monmainier (Montminy) dit Jouvent,maître armurier et serrurier. Elle décéda en 1716.

 M. Ernest Mercier, qui présida pendant plusieurs années l'Association des Mercier de l'Amérique du Nord, a effectué de patientes recherches sur l'histoire de sa famille et a pu ainsi évaluer le rôle que celle-ci a joué dans la mise en valeur de la Côte du Sud, ainsi que l'on désigne la rive droite du Saint-Laurent en aval de Lauzon. En 1672, Alexandre Berthier, capitaine au régiment de Carignan, recevait une seigneurie de deux lieues de front sur autant de profondeur, qui prit le nom de Bellechasse. Lorsque vint le moment d'y établir des censitaires, il se tourna vers ses anciens soldats, mais aussi vers des colons nés au pays.

 Dès le début du XVIIIe siècle, le seigneur concéda une terre à un petit-fils de l'ancêtre Julien, Pascal Mercier qui, en 1705, avait épousé Madeleine Boucher, qui lui donna 11 enfants. Cette terre était située à environ 500 mètres à l'ouest de l'église actuelle de Berthier-sur-Mer, où la route Pascal-Mercier évoque sa mémoire.

 Vers le même temps, deux autres petits-fils de Julien s'établirent dans la même seigneurie, Jean et Julien Mercier, fils de Jean et de Barbe Monmainier. Leurs terres se trouvaient au nord de la rivière du Sud.

 Tous nos Mercier ne sont pas issus du couple-souche qui fait le sujet de la présente chronique, mais les descendants de celui-ci sont incontestablement les plus nombreux. Pierre Mercier, originaire de Saint-Denis-la-Chevasse (Vendée), et Marguerite Lamain, mariés à Neuville en 1685, eurent huit enfants dont six fils; quatre moururent en bas âge et les deux autres fondèrent des foyers. Pierre Mercier dit Caudebec et Andrée Martin, venus d'Acadie: cinq enfants dont deux fils; un seul se maria. Deux autres couples Mercier eurent la douleur de perdre tous leurs enfants.

 Quand Honoré Mercier décéda, les Tourouvrains reconnaissants lui dédièrent dans leur église une inscription; ses oeuvres, dit-elle, lui ont ouvert la porte de l'histoire et sa foi, celle de l'éternité.
 
Extrait de: Portraits de familles pionnières, de Robert Prévost.
 
     
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