Les MATHIEU
ont recensé 25,000 cousins en France

 
 
Les Mathieu ne sont pas aussi nombreux que les Tremblay, bien sûr, mais ils sont loin de se classer numériquement au bas de l'échelle: le bottin téléphonique de Montréal compte à lui seul près de 700 abonnés de ce nom, ce qui ne comprend pas toutes les gentes dames de même patronyme qui n'y figurent que par mari interposé. Ayons toujours présent à l'esprit le fait que la généalogie ne saurait présenter le flanc à la misogynie: c'est d'ailleurs pour cette raison que nous citons les noms des heureux élus qui ont gagné le coeur des filles nées du mariage des pionniers.

 Si les Mathieu sont répandus en Amérique du Nord,ils le doivent sans le moindre doute à l'ancêtre Jean, originaire de l'Angoumois, et qui éleva une nombreuse famille. Deux autres pionniers de ce nom vinrent en Nouvelle-France, mais au XVIIIe siècle. Jean Mathieu dit Lamanque, originaire de Melle, en Poitou, aujourd'hui une commune de l'arrondissement de Niort (département des Deux-Sèvres), épousa à Montréal, en 1730, Marguerite Jodoin, fille de Claude et de Marguerite Déry; le généalogiste Tanguay ne lui mentionne qu'un fils, Joseph, qui à son tour, n'en aurait eu qu'un seul, de même prénom. Un troisième Jean Mathieu, un Limousin, fils de Jean et de Jeanne Lechaud, fonda un foyer, à Québec, en 1738, avec Marguerite Moleur, fille de Joachim et de Jeanne Sivadier; ce couple eut quatre fils, mais deux moururent en bas âge.

 La descendance du Charentais fut de loin la plus prolifique. L'Angoumois englobait presque tout l'actuel département de la Charente et une partie de celui de la Dordogne. Fils de Jean et d'Isabelle Monnachau, l'ancêtre Jean vit le jour dans le petit bourg du Tapis qui, de nos jours, est un lieu-dit situé sur la commune de Montignac-Charente, que l'on trouve au fond d'une boucle, justement, de la rivière Charente. L'importante N 10, qui va de Paris à Bordeaux, passe par Poitiers, puis par Ruffec. A 17 km au sud de cette ville, soit juste avant d'atteindre Mansle, s'en détache, sur la droite, la D 18 qui, à 9,50 km, soit à Saint-Amant-de-Boixe, devient la D 15 au moment d'entrer dans le département de la Charente. Il ne reste qu'à peine plus d'un kilomètre à franchir pour atteindre Montignac, d'où l'on peut ensuite rouler franc sud sur 16 km pour arriver à la belle ville d'Angoulême.

 Boucher de son métier, Jean Mathieu arriva à Québec le 7 septembre 1659, selon le généalogiste Archange Godbout. Il avait alors 23 ans et s'était engagé à La Rochelle le 27 juin précédent. C'est en 1669 qu'il fonda un foyer avec Louise-Anne Letartre (certains écrivent Du Tertre), d'origine percheronne, fille de René et de Louise Goulet, qui s'étaient mariés à la Poterie. Le nom de Louise Goulet figure d'ailleurs sur une plaque dans l'église de cette dernière commune.

 Jean Mathieu et Louise-Anne Letartre signèrent leur contrat de mariage le 3 novembre 1669 et l'union fut célébrée 16 jours plus tard. Le couple eut 12 enfants, tous nés dans la paroisse de L'Ange Gardien. En 1989, on a dévoilé sur la terre ancestrale, devant une maison bien typique de notre architecture traditionnelle, une plaque en hommage aux «courageux ancêtres de tous les Mathieu d'Amérique».

 L'aîné des fils, René, épousa (1699) Geneviève Roussin, fille de Nicolas et de Madeleine Tremblay; c'est lui qui demeura sur la terre paternelle: 11 enfants, dont cinq fils. Jean fonda un foyer (1705) avec Marie-Madeleine Leclerc, fille de Guillaume et de Marie-Thérèse Hunault, veuve de Louis Emery dit Coderre; le couple se fixa à Contrecoeur, où l'épouse décéda dès 1708 après avoir donné naissance à une fille et à un fils.

 Charles unit sa destinée (1708) à Marie-Catherine Cotineau, de Saint-François, île Jésus, fils de François et de Madeleine Millot, et s'établit dans cette localité: huit enfants dont cinq fils; deux de ceux-ci décédèrent en bas âge. Louis, le quatrième des fils, ne vécut que quelques mois. Enfin, Nicolas épousa (1713) Catherine Bélanger, fille de François et de Catherine Voyer; ce couple s'établit à Neuville et y porta dix enfants au baptême, dont cinq fils.

 L'aînée des filles, Louise, épousa (1691) Jean Trudel, fils d'un pionnier de L'Ange Gardien: 12 enfants. La seconde, Jeanne décéda en bas âge. Marie choisit pour époux (1701) un voisin de L'Ange Gardien, Louis Quentin (ou Cantin); le couple porta pas moins de 15 enfants au baptême. Marie-Anne, épouse de Pierre Godin (1704), n'eut pas de postérité.

 Marguerite fonda un foyer (1703) avec François Vézina: 11 enfants. Sa soeur, Elisabeth, choisit pour époux (1710) Pierre Vézina, le frère de François: 13 enfants. Les Vézina étaient, comme les Mathieu, de L'Ange Gardien, les petits-fils du maître tonnelier Jacques Vézina.

 Lors du recensement de 1666, la présence de Jean Mathieu est signalée dans la seigneurie de Beaupré; on le dit «habitant», sans plus. L'année suivante, toujours célibataire, il a entrepris de mettre son lot en valeur: il cultive huit arpents et possède une bête à cornes. L'un de ses voisins est nul autre que Pierre Tremblay, le plus prolifique des colons percherons. Jean Mathieu décéda à L'Ange Gardien le 29 avril 1699 et y fut inhumé le surlendemain.

 C'est un autre de nos pionniers dont des inscriptions évoquent la mémoire des deux côtés de l'Atlantique. En effet, le 28 septembre 1991, une trentaine de Mathieu étaient de passage à Montignac dans le but d'y assister au dévoilement d'une plaque dans l'église de la commune, une initiative du président des Familles Mathieu d'Amérique, Me Hermann Mathieu. On avait recensé 3,600 chefs de famille portant ce nom, tant aux Etats-Unis qu'au Canada, de même que retracé pas moins de 25,000 Mathieu en France; certains d'entre eux ont participé à la cérémonie, que présidait le maire de Montignac, M. Jean Raffin. «Nous avons effectué un retour à la maison paternelle après 332 ans, écrivait Me Mathieu: Charentais un jour, Charentais toujours!»

 ICI FUT BAPTISE
 JEAN MATHIEU
 NE EN 1637, FILS DE JEAN
 MATHIEU ET D'ISABELLE
 MONNACHAU. IL EMIGRA AU
 CANADA EN 1659. IL FUT
 LE COURAGEUX ANCETRE DE
 TOUS LES MATHIEU D'AMERIQUE
 RECONNAISSANCE
 LES FAMILLES MATHIEU D'AMERIQUE
 1991
 
 
 
Extrait de: Portraits de familles pionnières de Robert Prévost.
 
     
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