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LES
FRÈRES LEMIEUX,
D'HONNÊTES TONNELIERS VENUS DE ROUEN
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- C'est de la paroisse
Saint-Michel de Rouen que nous vinrent les
frères Pierre et Gabriel Lemieux, issus d'une
famille de tonneliers. Parfois, des fils
d'agriculteurs allaient tenter leur chance en
Nouvelle-France, la terre paternelle ne pouvant
être subdivisée. Chez les artisans, tous les
fils ne pouvaient trouver du travail, la
clientèle étant trop restreinte. C'est
probablement une telle situation qui poussa les
frères Lemieux à franchir l'Atlantique.
- D'ailleurs,
les tonneliers ne fabriquaient pas que des
barriques destinées au vin, car les conteneurs
existaient déjà, sous la forme de tonneaux qui
servaient à l'expédition d'une grande variété
de marchandises. On ne saurait donc s'étonner de
ce que les services de Pierre Lemieux aient été
retenus, à La Rochelle, par la Compagnie des
Cent-Associés pour une durée de trois ans, le
10 avril 1643, par-devant notaire.
- Le 10
septembre 1647, Pierre fonde un foyer avec Marie
Besnard, fille de Denis et de Marie Michelet,
originaire de la région de Palaiseau, en
actuelle Ile-de-France. C'est le jésuite
Barthélemy Vimont qui bénit l'union, cinq ans
après avoir assisté à la fondation de
Ville-Marie. Le couple eut sept enfants, mais
quatre décédèrent en bas âge, dont une fille,
Marie, tuée accidentellement d'un coup de fusil
à l'âge de quatre ans et demi. Les trois autres
furent des garçons et deux se marièrent.
- En 1669,
l'aîné, Guillaume, épousa Elisabeth Langlois,
fille de Noël et de Françoise Garnier et déjà
veuve de Louis Côté; Noël Langlois, un pilote
du St-Laurent, avait été l'un des premiers
colons de la seigneurie de Beauport. Le couple
eut dix enfants dont cinq fils, et au moins deux
de ceux-ci se marièrent à leur tour: François
en 1698 avec Marie-Madeleine Paradis (six
enfants) et Joseph en 1712 avec Elisabeth
Franquelin (neuf enfants). Celle-ci était la
fille de Jean-Baptiste-Louis Franquelin,
hydrographe du roi, dont une inscription évoque
la mémoire sur la mairie de Palluau-sur-Indre
où le gouverneur de Frontenac possédait un
château qui existe toujours.
- Le couple
Lemieux/Langlois compte au nombre des pionniers
du Cap-Saint-Ignace. Devenu veuf, Guillaume
contracta une seconde union, avec Louise Picard,
fille de Jean et de Marie Caron et veuve de Louis
Gagné, sieur de La Fresnaye et dit Bellavance,
à qui elle avait donné 12 enfants. De cette
seconde union en naquirent trois.
- Guillaume
décéda en 1725 et fut inhumé à Berthier
(aujourd'hui Berthier-sur-Mer). Il jouissait tant
du respect de ses concitoyens que le curé de la
paroisse fit son éloge dans l'acte de décès.
«Après l'estime que tout le monde en fait,
écrivit-il, on a sujet d'espérer que Dieu lui
aura fait miséricorde.» Il ajouta: «Comme il
était aimé de tout le monde, chacun s'est
trouvé à son enterrement.»
- En 1983,
l'Association des Lemieux d'Amérique a dévoilé
une inscription sur la maison sise au numéro 30
de la rue Petit-Champlain, dans la basse ville de
Québec. L'immeuble se trouve sur un lot qui a
appartenu à l'ancêtre Gabriel.
- Le moment
est venu de mentionner le second fils, Gabriel,
le plus prolifique. Vint-il en Nouvelle-France en
même temps que Pierre? Nous ne le savons pas. Le
3 septembre 1658, à Québec, il unit sa
destinée à celle d'une Champenoise, Marguerite
Leboeuf, fille de Guillaume et de Marguerite
Millau, originaire de Troyes. Le missionnaire
jésuite Claude Dablon bénit l'union.
- Le couple
eut cinq enfants dont deux décédèrent en bas
âge. Gabriel, né en 1663, épousa à Laprairie,
en 1690, Jeanne Robidou, fille d'André et de
Jeanne Denot; là naquirent leur 11 enfants, dont
une demi-douzaine fondèrent à leur tour des
foyers. Les deux autres, des filles, comptent
beaucoup de descendants: Hélène, épouse de
René Pasquier (Paquet), eut six enfants et
Marie-Madeleine en donna neuf à son mari, Pierre
Martin, dit L'Angoumois.
- Devenu
veuf, Gabriel se remaria, le 26 novembre 1671, à
Québec, avec une Normande, Marthe Beauregard,
fille de Jean et de Marie Desmarais, de Rouen. En
fait, l'acte de mariage est consigné dans le
registre de la paroisse Notre-Dame, mais il a
probablement été célébré à la Pointe-Lévy
(Lauzon), car c'est le missionnaire Thomas Morel
qui officia: il desservit la côte sud à partir
de cette année-là jusqu'en 1683. Cette
deuxième épouse lui donna également cinq
enfants. Le benjamin, Guillaume, décéda à
l'âge de 12 ans. Les quatre autres fondèrent
des foyers. L'aîné reçut au baptême (1672) le
prénom de son parrain, ce qui indique
l'attention que l'on témoignait à la famille:
Louis-Théandre Chartier de Lotbinière était
alors lieutenant civil et criminel de la
prévôté de Québec. En 1700, trois des quatre
enfants se marièrent. Tout d'abord, le 4 mai,
Louis-Théandre épousa Marie-Anne Carrier, fille
de Jean et de Barbe Halay (Hallé) et veuve de
Pierre Turgeon; elle ne devait lui donner qu'un
fils. Puis, le 5 juillet, Marie-Charlotte était
conduite à l'autel par Ignace Samson: un fils
également. Enfin, le 8 novembre, Michel
épousait Marguerite Samson, la soeur d'Ignace:
dix enfants. Quant à Marie-Madeleine, elle fut
la plus prolifique: elle présenta 13 enfants à
son mari, Mathurin Labrecque.
- Nous
avons souligné précédemment l'estime dont
jouissait Guillaume Lemieux, fils de Pierre. Son
oncle Gabriel méritait tout autant le respect de
ses concitoyens. Tout en pratiquant son métier,
il se fit marchand. En 1666, il retournait en
France afin d'y vendre des marchandises, mais les
Anglais capturèrent le voilier qui le
transportait. Fait prisonnier, on le relâcha
bientôt, mais sans lui remettre les biens qu'on
lui avait confisqués.
- Il rentra
ruiné et ses créanciers réclamèrent leur dû.
«Son épouse, femme énergique et pleine
d'initiative, écrit M. Jean Lemieux, qui s'est
penché sur les origines de sa famille, prit les
affaires en main et se présenta devant les
membres du Conseil souverain, qui accordèrent à
Gabriel un délai de trois ans. Sou par sou,
celui-ci paya toutes ses dettes.»
- Extrait
de: Portraits de familles pionnières de Robert
Prévost
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