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LES
LEGER DITS PARISIEN
FURENT D'INDOMPTABLES VOYAGEURS
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- Il est parfois
difficile de déterminer l'origine d'un
patronyme, surtout lorsque les opinions sont
contradictoires. On dit que Léger est un
sobriquet désignant un homme à l'esprit fol,
imprudent. Par ailleurs, il paraît que ce
patronyme découle aussi d'un nom ancien de forme
germanique, Leodgari, signifiant prêt au combat.
- Quoi
qu'il en soit, les Léger se sont révélés
prêts au combat de l'existence, en
Nouvelle-France, dès le XVIIe siècle. Le
premier, prénommé César, était originaire de
Mornac-sur-Seudre. C'est aujourd'hui une petite
commune de l'arrondissement de Royan. On note sa
présence à Ville-Marie dès 1643. Ce n'est pas
par sa postérité qu'il est passé à
l'histoire, mais par ses deux mariages. Il
épouse tout d'abord Roberte Gadois, fille du
premier colon à qui le sieur de Maisonneuve
devait octroyer une concession, mais il n'était
pas veuf, de sorte que l'union fut annulée. Il
en contracta une seconde, trois ans plus
tard (1647), mais, tout comme la première,
elle demeura sans postérité.
- Le
deuxième pionnier du nom, Adrien Léger,
appartenait à une famille de
Sainte-Marguerite-sur-Duclair, non loin de Rouen.
En novembre 1659, à Montréal, il unissait sa
destinée à celle d'une Parisienne originaire de
la paroisse Saint-Sulpice, Catherine Lotier, qui
ne put lui donner qu'une fille, Marie, née fin
octobre 1660, car elle perdit son mari dès le
mois de janvier suivant. C'est la chute d'un
arbre qui le tua, à la pointe Saint-Charles.
Quant à Marie, elle allait devenir en 1675
l'épouse de Claude Cécire, un pionnier de
Lachine, et lui donner 13 enfants.
- Le
troisième, Jean Léger, sieur de La Grange, un
Limousin, était chirurgien lorsque, à Québec,
en 1691, il prit pour femme Louise Fauvel, fille
de Pierre et de Marie Parenteau. Il allait
devenir capitaine de navire, puis marchand. Il
fut père de cinq filles, puis perdit son épouse
en 1702. Après quoi il retourna en France et
embrassa une nouvelle carrière à La Rochelle,
celle de capitaine de flûte du roi.
- C'est
dire que ces trois premiers pionniers ne comptent
pas de descendants portant leur patronyme. Il
appartint au suivant, Pierre Léger dit Parisien,
de relever le défi. Sans doute devait-il son
surnom au fait qu'il avait vu le jour à Paris,
en l'historique paroisse de
Saint-Etienne-du-Mont, dont l'église existe
toujours, en arrière du Panthéon. C'est en
cette paroisse que Paul de Chomedey, sieur de
Maisonneuve, finit ses jours en 1676. Il habitait
non loin de là, chez les Pères de la Doctrine
chrétienne.
- C'est à
Québec que Pierre Léger épousa, le 15 mai
1706, Jeanne Boilard, fille de Jean et de Jeanne
Maranda. Il avait résolu de s'établir au
Détroit, à l'invitation d'Antoine de Laumet,
mieux connu sous ses surnoms de La
Mothe-Cadillac, qui, dès 1701, avait jeté les
bases de cet établissement qui allait devenir,
au XXe siècle, la capitale de l'industrie
automobile. Soldat de la compagnie de Cadillac,
il ne souhaitait sans doute pas partir seul pour
une destination aussi lointaine.
- Lune de
miel plutôt violente que ce voyage vers le
Détroit, au cours duquel un mari reçut une
décharge de fusil pour avoir voulu protéger son
épouse! Le couple Léger/Boilard eut deux filles
au Détroit. Une première, Marie-Jeanne, née en
1707, n'a pas survécu; une seconde, de même
prénom, devait épouser Jean-Baptiste Lalonde,
en 1730, et lui donner sept enfants. Le mariage
eut lieu à Sainte-Anne-du-Bout-de-l'Ile
(aujourd'hui Sainte-Anne-de-Bellevue), car dès
1710, Pierre et sa famille étaient revenus à
Montréal.
- Après ce
retour, le couple Sauvé/Boilard devait avoir
sept autres enfants. Dans le cas des six
premiers, le baptême figure aux registres de
Notre-Dame de Montréal, mais la famille devait
se fixer dans la coste appelée St-Laurent où,
en 1731, le trouvent les recenseurs chargés
d'établir le document d'aveu et dénombrement
pour les seigneurs de l'île, les Messieurs de
Saint-Sulpice. Pierre y possède une terre dont
27 arpents sont labourables, avec maison, grange
et étable.
- Tous les
enfants, sauf un, se marieront: Étienne avec
Marie-Josèphe Madeleine en 1741 (12 enfants),
Charles avec Françoise Leduc en 1738 (11
enfants), Paul avec Louise Haimond en 1741 (8
enfants) et Jean-Baptiste avec Marie-Elisabeth
Brébant en 1750 (7 enfants). Tous ces mariages
eurent lieu à Sainte-Anne-du-Bout-de-l'Ile. Un
autre fils, Pierre-Nicolas, était décédé peu
après sa naissance. Les deux filles nées après
le retour de Détroit fondèrent aussi des
foyers: Marie Josèphe en 1738 avec Charles
Sauvé (13 enfants) et Marie-Catherine en 1740
avec Pierre-Antoine Robillard (une fille).
- Le
benjamin des fils, Jean-Baptiste, fut baptisé à
Oka (1725). C'est que la famille s'était
établie dans la seigneurie de Vaudreuil. Le
père décéda en juin 1735, et la mère, 20 ans
plus tard. Les actes de sépulture figurent dans
les registres de Sainte-Anne-du-Bout-de-l'Ile.
- M. Lucien
Campeau, s.j., s'est penché sur l'existence des
fils de l'ancêtre Pierre, qui, comme beaucoup de
jeunes de leur époque, ont embrassé la
carrière de voyageur, la traite des fourrures
étant la base même de l'économie de la
colonie. En 1740, l'aîné, Étienne, monte à
Michillimakinac pour le compte de Jean-Baptiste
d'Ailleboust des Musseaux. La même année, Paul
entreprend sa première expédition; il en fera
sept autres qui le conduiront aussi à
Michillimakinac, mais aussi au lac des Bois, au
Témiscamingue et chez les Nipissings. Charles,
qui habitait l'île Perrot, se rendit lui-même
cinq fois à Michillimakinac. Quant à
Jean-Baptiste, il s'acquitta d'autant
d'expéditions, mais elles le conduisirent
notamment à la Baie-Verte (Green Bay, Wisconsin)
et au pays des Illinois. D'indomptables
voyageurs!
- Ne tirons
pas le rideau sans évoquer la figure d'un autre
Pierre Léger, mais qui était dit Lajeunesse, un
soldat et maître cordonnier originaire
d'Ingrandes, au Poitou. En 1711, à Québec, il
épousait Anne-Marguerite Forestier, fille
d'Étienne et de Marguerite Lauzon. Le couple eut
11 enfants dont...dix filles! Hélas, presque
tous décédèrent soit dès leur naissance, soit
au berceau. Nous ne connaissons pas de
progéniture issue de cette famille pourtant
nombreuse. L'aînée des filles, Marguerite,
épousa Antoine Leblanc dans l'île d'Orléans en
1729, mais le seul enfant issu de cette union ne
vécut lui-même que trois jours. La grande
faucheuse infantile connaissait peu de répit!
- Extrait
de: Portraits de familles pionnières de Robert
Prévost
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