ONZE GENERATIONS DE LANGLOIS
 SUR LA MEME TERRE!


    Les Langlois figurent au nombre des familles nombreuses auxquelles on ne peut consacrer qu'un seul chapitre, tellement la documentation est abondante. Au cours du XVIIe siècle, plus d'une demi-douzaine de pionniers porteurs de ce patronyme se sont fixés en Nouvelle-France et cinq d'entre eux ont été pères de dix enfants ou plus!  Nous évoquerons tout d'abord la mémoire de trois chefs de famille d'origine Normande: Noël, Nicolas et Jacques, originaires respectivement de Saint-Léonard-des-Parcs, d'Yvetot et de Colombelles.  

On a récemment remis en question le bourg d'origine de Noël Langlois; certains pensent qu'il était de Honfleur, où existait une paroisse placée sous le vocable de Saint-Léonard, mais le dossier reste ouvert.
 Noël Langlois naquit vers 1606 et il fut l'une des premières recrues de Robert Giffard. Celui-ci avait obtenu la seigneurie de Beauport le 15 janvier 1634. Or, dès le 25 juillet de la même année, Noël épousait à Québec Françoise Grenier, d'origine inconnue. Le couple fut sans doute au service du seigneur jusqu'en 1637, car les engagements avaient une durée de trois années. Noël était charpentier, et nul doute que Giffard fut satisfait de son rendement car le 29 juin 1637, il lui concédait 300 arpents de terre, un domaine planté «de hautes futaies», et y ajoutait un autre arpent défriché et «ensemencé avec un poinçon de farine». Cette concession avait front sur le Saint-Laurent et s'étendait en profondeur jusqu'à la rivière Montmorency.

 Le couple Langlois/Grenier eut dix enfants dont huit fondèrent des foyers. Jean, qui allait prendre le surnom de Boisverdun, épousa (1665) Charlotte-Françoise Bélanger, fille de François et de Marie Guyon (11 enfants dont 6 fils); un deuxième Jean, qui était dit Saint-Jean, conduisit à l'autel (1675) Marie Cadieux, fille de Charles et de Madeleine Macart (6 enfants dont 4 fils); Noël, dit Traversy, choisit pour compagne de vie (1677) Aimée Caron, fille de Robert et de Marie Crevet (5 enfants dont un fils), puis Geneviève Parent (1686), fille de Pierre et de Jeanne Badeau (4 enfants dont 2 fils). Noël fut le premier titulaire de la seigneurie de Port-Joli, qui lui fut concédée le 25 mai 1677, soit quatre mois après son premier mariage.
 La ville de Beauport a rendu hommage au pionnier en donnant son nom à un parc; on y trouve une stèle érigée à sa mémoire en 1984 par l'Association des Langlois d'Amérique.

Quant aux filles de l'ancêtre, elles fondèrent des familles avec des colons dont les noms sont de nos jours fort répandus: Pelletier, Vachon, Chevalier, Côté et Miville.
 A Québec, le 26 octobre 1671, Nicolas Langlois, un tisserand originaire d'Yvetot, en Normandie, fils de Charles et de Marie Cordier, unissait sa destinée à celle d'une Rouennaise, Elisabeth Cretel, fille de Guillaume et de Jeanne Godfroy.  Nicolas avait été domestique à Québec, et c'est à la Pointe-aux-Trembles de Neuville que le couple se fixa et que naquirent ses dix enfants,dont cinq fils. Malheureusement, trois de ceux-ci décédèrent en bas âge. Étienne épousa (1698) Elisabeth Faucher, fille de Léonard et de Marie Damois (11 enfants dont 9 fils); Nicolas conduisit à l'autel (1704) Marie-Angélique Deserre, fille d'Antoine et de Mathurine Bélanger (4 enfants dont 3 fils). Trois des filles contractèrent des unions avec des colons nommés Richard, Faucher et Motard.      

L'ancienne église d'Yvetot a été détruite par les bombardements, mais celle qui l'a remplacée vaut une visite, ne serait-ce que pour ses mille mètres de vitraux, que l'on doit au réputé verrier Max Ingrand et où sont représentés quatre des sept martyrs canadiens: Antoine Daniel, Jean de Lalande, Isaac Jogues et Jean de Brébeuf.
 En mai 1993, l'Association des Langlois d'Amérique a dévoilé une inscription en hommage au pionnier Nicolas, à Neuville, sur la terre de M. Fernand Langlois. La famille l'occupe depuis onze générations! Remarquable fidélité à la terre ancestrale.  Jacques Langlois, que nous avons cité plus haut, était lui aussi Normand. Fils de Jacques et de Catherine Trimoville, il était originaire du Calvados. La commune de Colombelles est située dans l'arrondissement de Caen.  Il était tailleur d'habits, et c'est à Beaupré, le 8 novembre 1681, qu'il épousa une boulangère, Marie-Thérèse Lessard, fille d'Étienne et de Marguerite Sevestre. Il en résulta une troisième famille de dix enfants. Décidément, c'était un chiffre privilégié chez les Langlois!  

L'aînée et la benjamine des filles entrèrent en religion. Marie-Thérèse prit le voile chez les religieuses de l'hôpital Général de Québec et fut la supérieure de sa communauté pendant deux termes. Angélique-Françoise choisit plutôt les Ursulines.
 Au moins deux fils fondèrent des foyers. C'est en Guadeloupe que François épousa, en 1725, Catherine Duhamel, fille de Jean et de Marie Carhié. Les dictionnaires généalogiques ne nous donnent aucun renseignement sur la progéniture de ce couple. Quant à Pierre-Marie, il choisit pour compagne, en 1729, Marie-Catherine Boucher dite Lajoie, fille d'Elie et de Thérèse Montambault. Selon Tanguay, le couple eut six enfants dont un seul fils décédé à l'âge de neuf ans. Deux filles du couple Langlois/Lessard fondèrent des familles: Michelle-Françoise se laissa conduire à l'autel en 1706 par Étienne Guichon et Marie-Anne en 1724 par Philippe Peiré, originaire du diocèse de Carcassonne, dans le Languedoc.  

Même si le pionnier Noël Langlois a été l'une des premières recrues du seigneur Giffard, il ne faudrait pas croire que son patronyme était inconnue jusque-là en Nouvelle-France. Ce serait oublier les soeurs Françoise et Marguerite Langlois. La première épousa Pierre Desportes et de cette union naquit Hélène, la première fille à voir le jour dans la colonie (1620). La seconde choisit pour compagnon Abraham Martin dit l'Écossais et fut mère d'Eustache, le premier garçon né en Nouvelle-France (de parents européens, bien entendu), et de Charles-Amador, qui allait devenir le deuxième prêtre né au pays et notre premier compositeur de musique. Mentionnons aussi Marie Langlois, femme de Jean Juchereau de Maur, qui arriva en 1634 et dont le fils devait épouser la fille de Robert Giffard. Une grande famille qui s'est profilée sur l'aube de nos commencements!
       

LES LANGLOIS ONT AUSSI DES ANCETRES D'ORIGINE PARISIENNE
 

Nous avons déjà évoqué la mémoire de trois ancêtres Langlois venus de Normandie. Cette fois, nous rendrons hommage à deux pionniers porteurs du même patronyme, mais originaires de Paris; ils se prénommaient Honoré et Germain.  Le premier était chapelier et il a adopté ou reçu deux surnoms. Il était dit Lachapelle et Croustille. Le 5 décembre 1661, à Montréal, il épousait Marie Pontonnier, qui avait été au centre d'aventures qui avaient...croustillé dans les chaumières. Nous ne saurions les rapporter ici. Contentons-nous de les citer à grands traits.  

Tout d'abord mariée à Pierre Gadois, fils d'un pionnier de Ville-Marie, l'union fut invalidée faute d'avoir été consommée et la responsabilité en a été imputée à un amoureux éconduit qui pratiquait la sorcellerie. Marie obtint un dédommagement de son premier époux, au montant de 440 livres à verser en peaux de castor, en blé ou en argent, puis elle contracta un deuxième mariage, avec Pierre Martin dit Larivière, que les Iroquois allaient massacrer moins de cinq mois plus tard. C'est avec Honoré Langlois qu'elle allait enfin connaître une existence normale, et celui-ci adopta sa fille née après le décès tragique du père. Honoré n'hésita pas, plus tard, à l'associer à ses propres héritiers.
 

C'est à Montréal que le couple s'établit. Lors du recensement de 1666, Honoré a déjà défriché vingt arpents de sa terre, et il possède deux têtes de bétail.
 En 1669, Honoré obtient une concession à la Pointe-aux-Trembles et il deviendra ainsi l'un des pionniers de cette paroisse, dont l'église sera construite à partir de 1705. Il a vendu sa terre de Montréal à Robert Lecavalier moyennant 360 minots de grain.  En 1681, les recenseurs notent qu'Honoré Langlois met dix arpents en valeur et possède douze bêtes à cornes. Le couple a maintenant sept enfants, l'un étant décédé en bas âge. Deux autres naîtront par la suite.  

Le couple Langlois/Pontonnier eut dix enfants, et ceux qui contractèrent mariage s'établirent à Montréal et à la Pointe-aux-Trembles. Honoré décéda en 1709, âgé de 80 ans. Son épouse lui survécut huit ans; quant elle décéda, écrivait Mme Violette Allaire en 1964, elle laissait quarante-huit petits-enfants et quatorze arrière-petits-enfants.
 Le couple avait eu dix enfants dont six fils. Quatre de ceux-ci décédèrent en bas âge. Jean conduisit à l'autel, en 1698, Jeanne Gauthier, fille de Mathurin et de Nicolas Philippeau (11 enfants dont 4 fils). André contracta deux unions: tout d'abord en 1701 avec Françoise Bissonnet, fille de Jacques et de Marguerite Collet, puis en 1708 avec Marguerite Gauthier, la soeur de Jeanne (3 enfants dont 2 fils et 14 enfants dont 7 fils, respectivement). Les quatre filles du couple Langlois/Pontonnier fondèrent des foyers: Jeanne en 1682 avec Joseph Loisel, Marguerite en 1686 avec André Hunault, Anne-Thérèse en 1693 avec Robert Janot et Françoise en 1700 avec Louis Beaudry. Lors de son mariage, André Hunault (Héneau) revenait d'une longue absence: il avait accompagné Cavelier de La Salle lors d'une expédition au Mississippi (1678-1683).  

Faisons maintenant connaissance avec l'autre ancêtre parisien, Germain Langlois. Fils de Michel et de Catherine Leclerc, peut-être ses parents le prénommèrent-ils Germain à cause du vocable de la paroisse, Saint-Germain-l'Auxerrois. L'église où l'eau régénératrice coula sur son front existe toujours; elle est située à proximité du Louvre.
 

On ignore quand Germain franchit l'Atlantique, mais il était déjà en Nouvelle-France en 1667, car les recenseurs notent qu'il est alors domestique chez Pierre Parant, un censitaire de la côte Notre-Dame-des-Anges, près de Québec.
 En 1675, il épouse Jeanne Chalifou, fille de Paul et de Jacquette Archambault. Quelques années plus tôt, l'intendant Talon avait jeté les bases de trois hameaux aux environs de Québec: Bourg-Royal, Bourg-la-Reine et Bourg Talon. C'est dans le premier que se fixera le couple, et une bonne dizaine d'enfants y verront le jour.          

Germain Langlois fut le plus prolifique des pionniers de ce nom. Au total, il porta treize enfants à l'église. Cependant, il eut la douleur d'en perdre plusieurs. En 1706, son fils Germain épouse, à Beauport, Angélique Parent, fille de Jacques et de Louise Chevalier (7 enfants dont un fils). L'année suivante, un autre de ses fils, Jacques, unit sa destinée à Marie-Renée Toupin, fille de Jean et de Marie-Madeleine Mézeray (13 enfants dont 7 fils).

Enfin, en 1716, un troisième fils, Martin, conduit à l'autel Marie-Madeleine Paquet, fille de Jacques et de Marie-Françoise Stevens (17 enfants dont 11 fils). Le patronyme Stevens étonne au premier abord; il s'agissait de Katharine Stephen, une jeune Anglaise qui avait été faite prisonnière en 1689, lors de l'attaque de Pemaquid (aujourd'hui Woolwich, Maine).
 Ainsi, selon le généalogiste Tanguay, les trois fils du couple Langlois/Chalifou qui se marièrent en eurent à leur tour près d'une vingtaine. Hélas, une forte proportion d'entre eux décédèrent en bas âge. Par contre, les filles issues des mêmes trois unions connurent un sort plus heureux, et elles s'allièrent aux familles Thaumier, Colombier, Damien, Giard, Gervaise, Lefebvre, Bariteau, Lupier, Dazé et Boutin.  

Dans une étude consacrée aux vieilles familles du Sault-au-Récollet (Cahiers d'histoire du Sault-au-Récollet, no 2, p.27), M. Michel Lapierre souligne que des descendants du pionnier Germain Langlois se sont fixés des deux côtés de la rivière des Prairies. Ce sont des Langlois dits Germain, le prénom de l'ancêtre étant devenu un surnom. Martin, fils de Germain, écrit-il, se fixa dans l'île Jésus, à l'instar de trois beau-frères. Un petit-fils, prénommé Pierre, épousa à Saint-Vincent-de-Paul, en 1764, Marie Labelle. Un fils, Jean-Baptiste, fonda un foyer avec Marie-Angélique Dusablé et devint aubergiste à Saint-Vincent-de-Paul, alors qu'un autre fils, Joseph, épousa Clémence Lebeau dite Lalouette, en 1804, et s'établit dans la paroisse de la Visitation.
 Pour terminer notre énumération des Langlois venus de France, mentionnons à titre documentaire le meunier Jean Langlois, originaire d'Ouville-la-Rivière, non loin de Dieppe, qui épousa à Québec, en 1668, Madeleine Gaumond, fille de Jean et d'Anne Rémond.  Le couple n'eut que deux fils décédés en bas âge. Enfin, Jérôme Langlois nous est venu du Havre avec un fils, Rollin, qui exerça trois métiers: il fut maître canonnier, serrurier et arquebusier. En 1664, il épousa aux Trois-Rivières Marie Chauvin, fille de Marin et de Gilette Banne, mais décéda deux mois plus tard.  


Extrait de: Portraits de familles pionnières de Robert Prévost.  

 
     
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