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HUDON et BEAULIEU
patronymes légués par un soldat de
Carignan
Comme c'est souvent le cas,
la plupart de nos Beaulieu portent un patronyme qui fut
tout d'abord un surnom. Ils auraient pu s'appeler Martin
ou Hudon. Ainsi, dès 1646, à Québec, le
soldat Antoine Martin dit Montpellier, surnom qui
identifiait la ville dont il était originaire, au
Languedoc, fils de Jean et d'Isabelle Côté, épousait
Denise Sevestre, fille de Charles et de Marie Pichon. Il
décéda prématurément en 1659, laissant quatre
enfants.
L'un d'eux, qui nous intéresse plus particulièrement,
aussi prénommé Antoine, fonda une famille en 1690 avec
Jeanne, fille de Charles Cadieux de Courville et de
Madeleine Macard. Il prit le surnom de Beaulieu et eut
trois enfants de ce premier mariage, puis dix autres d'un
second, contracté en 1699, avec Marie Bonnet, fille de
Mélaine et de Marie Bisson. Combien Antoine Martin
compte-t-il de descendants qui portent le nom de
Beaulieu? Bien malin qui pourrait l'établir, car le
généalogiste Tanguay cite une bonne trentaine de
surnoms qui s'accolèrent au patronyme Martin!
Puis, par
ordre chronologique survient Pierre Hudon dit Beaulieu
arrivé à Québec le 17 août 1665 en qualité de soldat
de la compagnie de Grandfontaine du régiment de
Carignan. Fils de Jean et de Françoise Durand, il était
angevin, originaire de Chemillé. L'église Notre-Dame
où il a sans doute été fait enfant de l'Eglise existe
toujours et on y conserve les fonts de la chapelle
primitive. Pendant la guerre de 1939-45, les Allemands
eurent recours à l'église comme soute à munitions,
mais elle a été restaurée.
Depuis Angers, le N 160, direction sud-ouest, conduit à
Chemillé en un peu plus de 30 km. A Québec, en 1676,
Pierre Hudon dit Beaulieu épousait Marie Gobeil, fille
de Jean et de Jeanne Guyet. C'était en juillet. Or,
quelques semaines plus tard, Jean-Baptiste-François
Deschamps, à qui l'intendant Talon avait octroyé la
seigneurie de la Bouteillerie en 1672, concédait à
Pierre une terre de huit arpents de front sur 42 de
profondeur. Samuel de Champlain avait donné le nom de
Houel à la rivière qui arrosait cette seigneurie pour
rendre hommage au contrôleur des salines de Brouage qui
l'avait aidé à obtenir des récollets pour la
Nouvelle-France, et c'est ainsi que le bourg de la
Bouteillerie allait prendre le nom de Rivière-Ouelle,
une municipalité située tout de suite en aval de La
Pocatière et dont Hudon dit Beaulieu fut l'un des
pionniers.
Le couple Hudon dit Beaulieu/Gobeil devait avoir 12
enfants. Chose étonnante pour l'époque, aucun ne
décéda à la naissance; 11 fonderont des foyers! Un
seul, le plus jeune, Alexis, décéda célibataire, à
l'âge de 19 ans. Tous les enfants virent le jour à la
Rivière-Ouelle. Quand les recenseurs s'y présentèrent,
en 1681, la famille comptait trois enfants, cultivait 10
arpents et possédait deux bêtes à cornes.
Onze
enfants Hudon, avons-nous signalé, contractèrent des
unions; or cinq choisiront un compagnon ou une compagne
portant le nom de Paradis!
Enumérons les mariages dans leur ordre chronologique.
Marie-Gertrude épousa en 1697 Pierre Fortin (14
enfants);
Catherine-Marguerite, en 1701, Guillaume Paradis (4
enfants);
Jeanne, en 1701, Guillaume Paradis (5 enfants). Notons
que Catherine-Marguerite et Jeanne se marièrent le même
jour, à la Rivière-Ouelle, et que les deux Guillaume
étaient cousins. Poursuivons l'énumération: en 1707,
Pierre conduisit à l'autel Claire Paradis, soeur de l'un
des Guillaume (7 enfants); en 1711, Joseph épouse
Geneviève Gamache, mais l'union demeurera sans
postérité; puis, en 1713 survient le mariage de
Jean-Baptiste avec Marie-Angélique Gagnon (10 enfants),
et, la même année, celui de Nicolas avec
Marie-Madeleine Bouchard (16 enfants). Deux autres unions
surviennent en 1718: Marie-Françoise succombe aux
charmes d'un autre Paradis, prénommé Jean-Baptiste (2
enfants), et Jean-Bernard choisit pour compagne
Marie-Charlotte Gagnon, la soeur d'Angélique (10
enfants). François, pour sa part, épousera vers 1720
Geneviève Paradis (sans postérité) puis, en 1722,
Marie-Angélique Emond (7 enfants). C'est Louis-Charles
qui viendra clore cette série de mariages en 1723 en
choisissant Geneviève Lévesque pour compagne de vie (16
enfants).
Le généalogiste Paul-Henri Hudon note que les cinq
filles et garçons Paradis entrés dans le clan des Hudon
dit Beaulieu étaient les petits-enfants de Pierre
Paradis marié à Barbe Guyon en 1632, un couple qui
avait eu lui-même 11 enfants; ce coutelier était venu
de Mortagne-au-Perche. Les enfants du couple
Hudon dit Beaulieu/Gobeil ont généreusement contribué
au développement de la région du Bas-Saint-Laurent, car
dix des onze enfants se sont établis non seulement à la
Rivière-Ouelle, mais à Kamouraska, à La Pocatière et
au Cap-Saint-Ignace. Ils lui ont donné près d'une
centaine de petits-enfants. On peut croire qu'en
1690, Pierre Hudon dit Beaulieu fit le coup de feu sur
les Anglais qui, sur l'ordre de l'amiral Phipps,
tentèrent de prendre pied à la Rivière-Ouelle. L'abbé
Pierre de Francheville incita les colons à prendre les
armes. Selon les Annales de l'Hôtel-Dieu de Québec,
Phipps perdit la moitié des 150 hommes qu'il avait
engagés dans cette opération.
Avant de terminer, signalons aussi que Charles Beaulieu,
fils d'un avocat de Bayonne, épousa à Montréal, en
1726, Marie-Barbe Auger dite Baron. Le généalogiste
Tanguay mentionne huit enfants issus du couple, dont au
moins trois moururent en bas âge. Un seul des fils,
Joseph, se serait marié. Revenons à la famille de la
Rivière-Ouelle. L'ancêtre Pierre
décéda en 1710, sans doute entouré de la plupart de
ses enfants. Sa veuve lui survécut 26 ans et s'éteignit
octogénaire.
Selon M. Paul-Henri Hudon, déjà cité, 48 des
petits-enfants étaient des garçons et 23 d'entre eux se
marièrent, perpétuant ainsi le nom de Hudon dit
Beaulieu. On ne s'étonnera pas de ce qu'un membre de
l'Association des descendants de Pierre Hudon dit
Beaulieu soit parvenu jusqu'à maintenant à répertorier
sur ordinateur les noms de près de 7,000 citoyens qui
arborent le patronyme du prolifique pionnier.
Extrait
de: Portraits de familles pionnières de Robert Prévost.
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