LOUIS HOUDE:
UN PATRIARCHE, MAIS PLUSIEURS PATRONYMES


 
 Lorsqu'on veut évaluer le nombre des descendants d'un pionnier, on ne doit pas s'en tenir à son patronyme, car ils portent parfois des surnoms. C'est le cas de Louis Houde dont la progéniture se retrouve souvent de nos jours chez les Desrochers et les Desruisseaux, même chez les Houle! Nous y reviendrons.

 Louis Houde était originaire de Manou, dont l'église, contrairement à la plupart de celles du Perche, n'offre pas d'intérêt architectural tellement elle a été remaniée, mais on y trouve une inscription qui y a été dévoilée en 1983 et qui évoque la mémoire du pionnier. Le château retient l'attention: il a joué un rôle militaire, car il est doté d'archères, ces ouvertures pratiquées pour le tir à l'arbalète. Ses fossés ont été conservés, mais non le pont-levis. Aux quatre angles se dressent des tours rondes coiffées de poivrières. Il parait que la reine Blanche de Castille y a séjourné.
 Depuis Paris, la N 10 puis la N 12, qui se détache de la première dès après Versailles, conduisent vers le Perche. A Verneuil-sur-Avre (90 km) se présente la D 56 dont le prolongement devient aussitôt la D 25, qui court vers le sud jusqu'à Senonches (23 km). Ici s'amorce la petite D 140 qui franchit la forêt de Senonches et atteint Manou en seulement 5 km.

 Hélas, on ne sait pas toujours quand, exactement, sont arrivés nos pionniers, les rôles des passagers qui franchissaient l'Atlantique ayant été rarement conservés. Dans le cas de Louis Houde, cependant, nous sommes fixés grâce à un événement fortuit. C'était en 1647. Le Journal des Jésuites rapporte que le 12 juin de cette année-là, des chaloupes venues de Tadoussac apportèrent à Québec des lettres  du missionnaire Jean de Quen, qui venait tout juste d'arriver de France. Or, le 1er juillet suivant, à Québec, par-devant le notaire Claude Lecoustre, cinq passagers qui avaient fait le voyage en compagnie du père de Quen déclaraient qu'un certain Charles Goiré s'était jeté à la mer, et l'ancêtre Louis figurait au nombre de ces témoins. L'un de ceux-ci, le capitaine du voilier, déclara que le disparu, après avoir ingurgité quatre tasses d'eau-de-vie, en demanda une autre bouteille, qui lui fut refusée par le père de Quen. C'est alors qu'il s'était précipité par-dessus bord «sans qu'on ait pu lui porter remède».

 Louis était maçon, mais il fut tout d'abord domestique chez Noël Juchereau des Châtelets, originaire de La Ferté-Vidame, à une dizaine de kilomètres de Manou. Celui-ci était commis général de la Communauté des Habitants et il décéda au cours d'un voyage d'affaires, en France, en juillet 1648. Est-ce la perte de son patron qui amena Louis à s'établir? Il achète une belle terre tout près de Québec, sur la route conduisant à Sillery, puis fonde un foyer. Le 12 janvier 1655, au Château-Richer, au domicile de celui qui devient son beau-père, il épouse Madeleine Boucher, fille de Marin et de Perrine Mallet, originaires du Perche. C'est le père Paul Ragueneau qui donne la bénédiction nuptiale au couple; il vient de quitter ses fonctions de supérieur des Jésuites.

 Les quatre premiers enfants naîtront au Château-Richer puis, en 1658, le pionnier décide de se fixer dans l'île d'Orléans et il achète à cette fin de Mgr de Laval, dans la seigneurie de Lirec, une terre située dans l'actuelle paroisse de Sainte-Famille. Il la mettra en valeur pendant plus de 20 ans.                    
En 1681, lorsque passent les recenseurs, il cultive 40 arpents et possède huit bêtes à cornes. Neuf autres enfants s'ajoutent à la famille, et peut-être une benjamine, dont on ne sait si elle a reçu le baptême à Sainte-Famille ou à Lotbinière car, en 1682, il se porte acquéreur d'une terre de 9 arpents de front dans la seigneurie de ce nom et s'y installe. Il devient ainsi un pionnier de la paroisse de Sainte-Croix, qui n'est encore desservie que par voie de mission.
 Que l'on ne s'étonne pas de ce que les Houde soient nombreux: les neuf fils du couple-souche ont fondé des foyers, et tous, sauf un, eurent un ou plusieurs fils. Relevons l'importance numérique de cette progéniture en recoupant les principaux dictionnaires généalogiques et citons les mariages: Jean et Anne Rouleau (1678), 11 enfants dont cinq fils; Louis et Marie Lemay (1685), sept enfants dont cinq fils; Gervais et Catherine Denevers (1689), sept enfants dont trois fils; Jacques et Marie-Louise Beaudet (1681), neuf enfants dont quatre fils; Claude et Marie-Madeleine Lemay, soeur de Marie (1695), sept enfants dont cinq fils; Louis et Anne Ursule Bisson (1697), un fils; Joseph et Louise-Angélique Garnier (1697), deux filles; Simon et Marie Fréchet (1703), quatre enfants dont un fils; Etienne et Ursule Denevers (1708), six enfants dont quatre fils. Sur les 28 petits-fils du pionnier Louis, 25 fondèrent des foyers!

 Des cinq filles du pionnier, deux décédèrent en bas âge; les trois autres se sont mariées, Marie à Isaac-Joseph Garnier (1685), Louise à Charles Lemay, frère de Marie et Marie-Madeleine (1691) et Marie-Angélique à Guillaume Rognon (1705).

 Jacques Houde, qui épousa Marie-Louise Beaudet en 1681, prit le surnom de Desruisseaux. Son frère, Louis, choisit celui de Desrochers. Leur frère, Joseph, préféra celui de Bellefeuille. En léguant à leur progéniture de tels surnoms, il arriva que ceux-ci supplantèrent parfois le patronyme d'origine qui, lui-même, semble avoir subi des modifications pour devenir Houle et Lehoux. On trouve beaucoup de variations semblables dans la filiation de nos fondateurs de lignées.

 Le patriarche Louis Houde fit don du terrain sur lequel on devait construire la première église de Sainte-Croix, et l'un de ses descendants, M. Jean-Louis Houde, de Glencoe, ville de l'état d'Illinois, aux Etats-Unis, y a offert une plaque en hommage à son ancêtre, en 1991; elle figure sur l'un des murs extérieurs de l'église actuelle.

 Le labeur ne fait pas mourir, dit-on. Louis Houde en est une illustration: il décéda à l'âge de 95 ans, laissant 75 petits-enfants, dont plusieurs, nous l'avons vu, ont assuré la pérennité du patronyme.
 
 Au cimetière de Saint-Antoine-de-Tilly, paroisse voisine de celle de Sainte-Croix, une stèle érigée à la mémoire de Louis Houde (1905-1988) évoque la carrière du pionnier de la famille: un bel exemple de fidélité à ses sources!

 
  Extrait de: Portraits de familles pionnières de Robert Prévost.

 
     
Accueil Histoire des familles Arbre généalogique Photos ancestrales Liens divers Contact