CHEZ LES GODIN,
UN COUPLE D'UN REMARQUABLE FÉCONDITÉ



 Les quatre pionniers de ce nom qui ont élevé des familles en Nouvelle-France au cours du XVIIe siècle épelaient leur patronyme Gaudin. Certains de nos concitoyens ont retenu la forme originelle, mais la très grande majorité signe Godin, de sorte que nous nous en tiendrons à cette transcription phonétique. Le patronyme provient d'un ancien nom de baptême d'origine germanique formé de deux mots signifiant dieu et bon.

 Le premier des colons mentionné plus haut se prénommait Barthélémy et était tonnelier. Lors du recensement de 1667, lui et son épouse, Marthe Coignat, vivaient sur une terre de la côte Saint-Ignace, près de Québec. Le couple eut quatre enfants dont trois filles; quant au fils, Jean, né en 1650, il habitait avec ses parents en 1667, mais on perd ensuite sa trace.

 Le 22 mars 1639, au temple calviniste de La Rochelle, Elie Godin (***), originaire de Saintonge, épousait Esther Ramage, qui était Rochelaise. Mais les protestants pouvaient difficilement se tailler une place au soleil en Nouvelle-France. Les époux se firent catholiques et Mgr François de Laval leur administra la confirmation en 1660, au Château-Richer. Le couple avait traversé l'Atlantique avec deux enfants: Anne devait se marier avec René Lavoie en 1656 et Pierre décéda à l'âge de 23 ans, apparemment célibataire. Deux autres virent le jour dans la colonie: Charlotte, qui choisit pour compagnon de vie en 1671 Pierre Fréchet, et Jacques, dont les généalogistes n'ont pas retrouvé la trace.

 Nous avons déjà évoqué la mémoire de quelques-un des pionniers qui ont été recrutés par Jérôme Le Royer de La Dauversière et le sieur de Maisonneuve afin de sauver Ville-Marie de la menace iroquoise. Ils étaient au nombre d'une centaine et arrivèrent en 1653. Pierre Godin dit Châtillon était de leur nombre. Fils de Claude et de Marie Bardin, il était originaire de Savolles, non loin de Dijon. Il était maître charpentier et on lui avait promis par contrat des gages de cent livres par année.

 Dès l'année suivante, le 2 février, le sieur de Maisonneuve lui concède une terre de 30 arpents. Le 13 octobre, le pionnier conduit à l'autel Jeanne Rousselier, fille de Louis et d'Isabelle Parisé, une Saintongeaise. En 1655, il achète une maison construite sur un terrain d'un arpent: les colons mettaient leur terre en valeur le jour, mais venaient passer la nuit dans le bourg pour se soustraire aux incursions iroquoises. La menace était telle que le sieur de Maisonneuve institua une milice en 1663; Pierre Godin s'enrôla dans la dix-neuvième escouade.

 Chose étonnante, les recenseurs notent la présence en 1666 de la famille dans la seigneurie de Notre-Dame-des-Anges, près de Québec. Pourquoi le colon a-t-il momentanément quitté Ville-Marie? Nous l'ignorons. Peut-être a-t-il choisi de pratiquer son métier plutôt que de cultiver le sol? C'est à Québec que seront baptisés les sixième et septième enfants. Lors de la naissance du huitième, la famille est revenue à Montréal.

 Le couple eut neuf enfants dont quatre fils et au moins trois de ceux-ci fondèrent des foyers: Laurent, qui était dit Châtillon et Beauséjour, en 1675 avec Anne Guérin, fille de François et d'Anne Blanchard; Pierre, en 1689, avec Jeanne Cauchon, fille de Jacques et de Barbe-Delphine Tardif; et Gabriel, qui était dit Bellefontaine, en 1690, avec Andrée-Angélique Jeanne, fille de Robert et de Françoise Savard.

 Après la naissance de tous les enfants, la famille de Pierre Godin s'établit en Acadie. C'est là d'ailleurs qu'habitaient les trois fils mentionnés plus haut lors de leur mariage.
 Mais le plus prolifique des Godin venu en Nouvelle-France fut sans doute Charles, files de Jacques et de Marguerite Nieule. Il était originaire d'Aubermesnil-Beaumais, une petite commune de l'arrondissement de Dieppe. La D 915, qui conduit à Dieppe, la frôle à moins de dix kilomètres de cette ville.

 Le 6 novembre 1656, Charles Godin épousait Marie Boucher, fille de Marin et de Perrine Mallet. La même année, le colon avait reçu une concession de deux arpents et demi de front à L'Ange-Gardien. Le couple devait y élever dix-sept enfants, dont seize fondèrent à leur tour des foyers, soit cinq fils et onze filles! Même le premier enfant, François, atteignit l'âge adulte, étant décédé à 24 ans. Famille exceptionnelle que la mortalité infantile n'a pas décimée!

 Des cinq fils qui se marièrent, Charles fut le premier, en 1689, avec Madeleine Perron, fille de Daniel et de Louis Gargottin (11 enfants dont 6 fils); il contracta une seconde union, en 1736, avec Ursule Laisdon dite Champagne, fille de Jean et de Louise Côté et veuve de Pierre Baret (un fils). En 1704, Pierre épousa Anne Mathieu, fille de Jean et d'Anne Letartre (sans postérité), puis Catherine Pellerin (10 enfants dont 5 fils). L'année suivante, Jean-François conduisait à l'autel Geneviève Lefrançois, fille de Charles et de Marie-Anne Triot (13 enfants dont 9 fils); il devait contracter deux autres unions, mais celles-ci, semble-t-il, demeurèrent sans postérité.

 En 1706, Alexis choisissait pour compagne Madeleine Jacob, fille d'Étienne et de Jeanne Fresnel (12 enfants dont 2 fils). Enfin, en 1712, Antoine s'alliait à la même famille en épousant Catherine Jacob, la soeur de Madeleine (8 enfants dont 6 fils). A eux seuls, les cinq fils du couple Godin/Boucher donnèrent à celui-ci plus d'une cinquantaine de petits-enfants, dont près d'une trentaine de petits-fils.

 Voyons  maintenant à quelles familles s'allièrent les onze filles: Marie en 1682 convola avec Louis Goulet; Marguerite en 1687 avec Guillaume Tardif; Geneviève en 1689 avec François Gariépy; Ursule, la même année, avec Denis Quentin; Catherine en 1694 avec Pierre Dumesnil; Anne en 1698 avec Jean Perron; Madeleine, la même année, avec Jacques Amelot dit Sanspeur; Françoise en 1704 avec Martin Pagé; Louise en 1705 avec Charles Vézina; et Charlotte en 1717 avec Vincent Guillot. Ces onze couples portèrent au baptême trente-cinq fils et quarante-trois filles.

 Lorsque Jacques Godin et Marguerite Nieule décédèrent, ils allaient survivre dans le souvenir d'un nombre remarquable de descendants: leurs enfants leur donnèrent au-delà d'une soixantaine de petits-fils et autant de petites-filles. Ils avaient bien mérité de la patrie!
 
 
Extrait de: Portraits de familles pionnières de Robert Prévost.
   

Des miracles à Sainte-Anne
***
 Ce récit porte le nom de merveilles, et non de miracles, afin de ne contrevenir en rien aux ordres de la Sainte Église, qui défend de qualifier ces choses extraordinaires de ce nom de miracles jusqu'à ce qu'elle en ait fait jugement.
 
 Comme Dieu a toujours choisi quelques églises spécialement entre les autres, où, par l'intercession de la sainte Vierge, des anges et des saints, il ouvre largement le sein de sa miséricorde et fait quantité de miracles qu'il n'opère pas ordinairement ailleurs, il semble aussi qu'il a voulu choisir en nos jours l'église de Sainte-Anne-du-Petit-Cap. [...] En l'année 1662, Marie Esther Ramage, âgée de 45 ans, femme d'Élie Godin, de la paroisse de Sainte-Anne-du-Petit-Cap, étant demeurée depuis dix-huit mois toute courbée, en sorte qu'elle ne pouvait aucunement se redresser et qu'elle était obligée de se traîner comme elle pouvait avec son bâton, sans espérance de pouvoir jamais recouvrer par les remèdes humains sa santé, se souvint de ce que son mari lui avait dit qu'en sa présence Louis Guimond, de la même paroisse, avait été soudainement guéri d'une grande douleur de reins, en mettant par dévotion trois pierres aux fondements de l'église de Sainte-Anne que l'on commençait à bâtir. Alors elle réclama la sainte, la priant de faire sur elle un miracle comme elle avait fait sur cet homme; en même temps, oubliant son bâton qui disparut, elle se trouva sur ses pieds toute droite, marchant avec autant de facilité qu'elle eut jamais fait; et tout étonnée d'un changement si subit, elle commence à rendre grâces à sainte Anne du bienfait qu'elle venait de recevoir, et depuis elle est restée en parfaite santé. [...]
  (Relations des Jésuites, 1667)
 
     


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