CHEZ LES GIRARD,
UN ANCETRE VENU DE HOLLANDE

 Nos familles Girard sont d'origines diverses. Au moins huit pionniers de ce nom ont fondé des familles en Nouvelle-France, mais trois d'entre eux n'ont pas eu de descendance pour perpétuer le patronyme. Nous nous en tiendrons donc aux cinq autres.

 C'est tout d'abord Joachim Girard, originaire de la paroisse Saint-Cyr du Vaudreuil, non loin de Rouen, fils de Michel et de Françoise Anceaume, qui fonda un foyer, à Québec, le 27 septembre 1660, avec Marie Halay, fille de Jean-Baptiste et de Mathurine Valet. Au mois de janvier précédent, Marie-Madeleine Legardeur de Repentigny, épouse de Jean-Paul Godefroy, avait concédé au jeune homme une terre de deux arpents de front sur quinze de profondeur, donnant sur la côte Sainte-Geneviève, à Québec.

 Jusque là, Joachim avait été à l'emploi de son oncle, Jean Jobin. Le couple devait avoir sept enfants. Lors du recensement de 1667, cinq avaient déjà vue le jour, mais une fillette était décédée. Joachim cultive dix arpents et possède deux bêtes à cornes. Deux autres enfants naîtront, mais le colon perd son épouse. Est-ce ce deuil qui l'amène à vendre sa terre en 1672 et à se fixer sur une autre au village de Saint-Bernard, à Charlesbourg? En tout cas, c'est dans cette dernière paroisse qu'il contracte une seconde union, en 1676, avec Jeanne Chalut, fille de Pierre et de Marie Bonin et veuve de Nicolas Hévé, qui lui donnera neuf enfants.

 Quatre fils, deux de chaque mariage, fondèrent à leur tour des foyers: Jacques en 1687 avec Mathurine Poiré, Antoine, la même année, avec Agnès Trottier, Joachim en 1708 avec Marie-Louise Lefebvre et Jean-Baptiste en 1715 avec Madeleine Aumier. Par leurs alliances, les filles contribuèrent à répandre des patronymes fort populaire, notamment ceux des Fournier, Lemay, Lefebvre et Laporte.

 En 1681, le chef de famille est toujours sur sa terre de Charlesbourg où il cultive dix arpents et possède quatre bêtes à cornes. On n'a malheureusement pas retrouvé son acte de sépulture, mais on sait qu'il décéda entre 1708 et 1712.

 L'église du Vaudreuil est fort intéressante, avec son portail de style roman à doubles colonnes. Le Vaudreuil est situé dans une boucle de la Seine, à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Rouen et sur les bords de l'Eure. La N 15 frôle la commune qui forme, avec celles de Val-de-Reuil et de Léry, un grand triangle dans lequel a été aménagée une ville nouvelle à l'intention des Rouennais.

 En 1666, les recenseurs notent la présence d'un certain Pierre Girard, qui est à l'emploi des Jésuites à Québec. Sans doute a-t-il laissé une dulcinée en quittant la France, car trois ans plus tard, il épouse une veuve, Suzanne Lavoie, à La Rochelle. Peut-être l'a-t-il connue à la faveur d'un voyage car, en 1669, il était marinier. Fils d'un laboureur, Étienne Girard, et de Marguerite Giboulleau, il était originaire des Sables-d'Olonne, au Poitou, un bourg qui allait devenir l'importante station touristique et balnéaire de l'actuelle Vendée, avec sa plage de trois kilomètres sur l'Atlantique.

 Pierre allait faire preuve d'atavisme en devenant lui aussi défricheur. Après la naissance de ses deux premiers enfants à Québec, le couple se fixa dans la seigneurie de Maur (aujourd'hui Saint-Augustin-de-Desmaures). et c'est là, de même qu'à Neuville, que six autres enfants virent le jour. Trois des fils devaient fonder des foyers: François en 1709 avec Antoinette Lemay, Jean-Pierre en 1710 avec Angélique Huard et Pierre-Louis en 1711 avec Rosalie Tremblay.
 Un autre Pierre, fils de René et de Marie Bosnarde, originaire de Bures, évêché de Sées, en Normandie, fut le père de deux familles à Varennes. Il épousa tout d'abord, vers 1681, à Repentigny, Françoise Gratiot, fille de Jacques et de Madeleine Michelande, qui lui donna cinq enfants dont trois moururent à leur naissance. D'un second mariage, avec Marguerite Bouchard, fille de Claude et de Marguerite Bénard, Pierre Girard eut sept enfants, dont quatre ne survécurent pas. Un fils de la première union et deux de la seconde devaient se marier: Jacques en 1710 avec Françoise Petit, Pierre en 1723 avec Marie-Thérèse Tétreau et Jean-Baptiste en 1726 avec Marguerite Choquet.

 Evoquons maintenant la mémoire d'un Saintongeais, Léon Girard, d'Aujac, non loin de Saint-Jean-d'Angély. Fils de Jean et de Marie Martin, il épousa à Lachine, en 1688, Clémence Beaune, fille de Jean et de Marie-Madeleine Bourgery. Le couple eut huit enfants, tous nés à Lachine. Les fils n'eurent pas de descendance mâle. Quatre des filles épousèrent des colons qui portaient les patronymes de Quesnel, Valois, Brunet et Cécire.

 En 1704, Léon Girard perdait sa femme, victime de léthargie et d'apoplexie. L'année suivante, il contracta une seconde union, qui demeura sans postérité. Il était capitaine de milice.
 Terminons ces rappels avec un matelot d'origine...hollandaise, Jean Girard, qui était de Haarlem, non loin d'Amsterdam. Il avait tout d'abord conté fleurette à une veuve, mais le contrat de mariage fut annulé. Il jeta alors son dévolu sur Dorothée Rancin, fille de Charles et de Françoise Conflans, qu'il épousa à Québec en 1694. Le couple eut six enfants, dont trois fils; deux de ceux-ci se marièrent: François en 1722 avec Marie-Renée Lachaîne et Louis en 1727 avec Catherine Rouillard. Devenu veuf en décembre 1702, Jean, au mois d'avril suivant, conduisit à l'autel, à Charlesbourg, Marie-Catherine Bourret, fille de Gilles et de Marie Bellehache, qui fut mère de neuf enfants dont deux fils; Jean, qui épousa Geneviève Delage en 1742 et Joseph-Marie qui choisit pour compagne, en 1747, Marie-Angélique Dasylva, la fille de Pedro, notre premier facteur.

 Les quatre fils prénommés François, Louis, Jean et Joseph-Marie eurent ensemble une quarantaine d'enfants dont près d'une trentaine de fils. Même si plusieurs ne vécurent pas assez longtemps pour fonder des foyers, on devine que plusieurs de nos Girard descendent de ce matelot venu des Pays-Bas.

 Les Girard ont donné beaucoup de leurs enfants à l'Église. Dans les Mémoires de la Société généalogique canadienne-française (vol.XII,p.171), on signale qu'à elle seule la famille de Jean-Baptiste Girard (descendant à la cinquième génération de l'ancêtre Joachim) et de Françoise Maranda, son épouse, comptait parmi ses descendants, en 1959, quinze prêtres, deux séminaristes, cinq frères et soixante-cinq religieuses!


Extrait de: Portraits de familles pionnières de Robert Prévost

 
 
 
 
 
     
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