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A
TOUROUVRE, LA GIGUERIE PERPETUE
LA MÉMOIRE DE LA FAMILLE GIGUERE
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- Quand on parcourt le
Perche au moyen de cartes à grande échelle, on
constate que plusieurs lieux-dits portent des
appellations découlant de noms de famille. C'est
ainsi qu'à moins d'un kilomètre à l'ouest de
l'église de Tourouvre, sur la D 282, un panneau
indique où il faut tourner pour atteindre la
Giguerie; cette petite route conduit en effet au
bourg d'où serait parti l'ancêtre Robert
Giguère, mais il n'y aurait pas vu le jour;
plusieurs documents semblent démontrer qu'il
naquit plutôt au lieu-dit voisin des Boullais. A
Sainte-Anne de Beaupré, en bordure de la côte
Sainte-Anne, la Fondation Robert Giguère a
érigé une inscription sur la concession de
l'ancêtre: «Les Boullais, lieu-dit de
Tourouvre». C'est d'ici que la progéniture des
Giguère allait essaimer à travers l'Amérique
du Nord. A lui seul, l'annuaire téléphonique de
Montréal compte quelque 800 abonnés de ce nom!
- Robert
Giguère, fils de Jean Giguère et de Michelle
Journel, a vu le jour à Tourouvre. On trouve
d'ailleurs son acte de baptême dans Ils sont
venus de Tourouvre..., ouvrage des
généalogistes Pierre et Françoise Montagne
paru en 1989 sous l'égide de la Société
généalogique canadienne-française.
- On ignore
quand ce pionnier franchit l'Atlantique.
Peut-être trouvera-t-on un jour son acte
d'engagement. Le 2 juillet 1652, il épousait à
Québec Aimée Miville, fille de Pierre Miville
dit Le Suisse (il avait vu le jour dans le canton
de Fribourg) et de Charlotte Maugis une
Saintongeaise. Cette famille habita Brouage, la
patrie de Samuel de Champlain, jusqu'au moment
d'émigrer vers la Nouvelle-France.
- Robert
Giguère avait de toute évidence choisi de
s'installer à demeure dans la colonie: l'année
précédente, il avait obtenu la concession d'une
terre sur la côte de Beaupré, au Petit Cap.
Sans doute jouissait-il de l'estime générale,
car c'est en présence du gouverneur Jean de
Lauzon que le père Joseph Poncet avait présidé
à son mariage.
- Le
pionnier devait passer le reste de son existence
sur sa terre, car on trouve son nom dans le
registre des comptes de l'église
Sainte-Anne-du-Petit-Cap. Lui et son épouse
devaient donner à la Nouvelle-France une
nombreuse famille.
- L'un des
principaux soucis de l'intendant Talon, arrivé
en septembre 1665, fut de procéder à un premier
recensement, qui s'effectua dès l'année
suivante. A ce moment-là, le couple
Giguère/Miville comptait déjà trois filles et
quatre fils. Un an plus tard, la famille se
composait des mêmes enfants, mais le recensement
nous indique que le pionnier possédait 20
arpents de terre en valeur et dix têtes de
bétail, ce qui en faisait un habitant déjà
bien établi. Au cours de cette même période,
il était marguillier de sa paroisse et en tenait
rigoureusement les comptes.
- Tout en
menant une vie paisible, le couple ne négligeait
pas le précepte évangélique. Il devait figurer
six autres fois dans les registres à l'occasion
de naissances, car la famille eut au total 13
enfants, dont sept fils; quatre de ceux-ci
fondèrent des foyers.
- L'aîné
des fils, Martin, prit le surnom de Despins. En
1682, à l'âge de 27 ans, il épousait à Sorel
Marie-Françoise Pinard, fille de Louis Pinard et
de Marie-Madeleine Hertel, qui lui donna six
enfants, dont trois fils. Au moins deux de
ceux-ci se marièrent. Martin se fixa dans la
seigneurie de Saint-François où il possédait
dix arpents en valeur dès avant son mariage.
C'est à Saint-François-du-Lac, d'ailleurs,
qu'il présenta ses enfants au baptême, à
compter du troisième.
- Jean-Baptiste,
né vers 1660, prit le surnom de Lavallée et le
métier de tailleur d'habits. Est-ce au contact
de son futur beau-père qu'il se spécialisa?
Celui-ci, Jean Magnan, figure comme tailleur au
recensement de 1681, à la Prairie de la
Magdeleine (aujourd'hui Laprairie). C'est en 1704
qu'il épousa Louise Magnan, fille de Jean et de
Marie Moitié, qui lui donna huit enfants, dont
quatre fils.
- Robert,
baptisé au Château-Richer en 1663, ne semble
pas s'être marié, peut-être à cause de son
existence de voyageur, ainsi que l'on désignait
les hommes qui signaient des contrats
d'engagement auprès des barons de la traite des
pelleteries. Il décéda à Montréal en
décembre 1711 et deux prêtres du séminaire,
les sulpiciens Henri-Antoine Mérite et Maurice
Courtois, signèrent son acte de sépulture à
titre de témoins.
- Au
registre des malades de l'Hôtel-Dieu de Québec,
à la date du 30 mars 1693, on trouve un certain
Pierre Figuier, que l'on a soigné pendant deux
jours. Comme c'est ainsi que l'on épelait
souvent ce nom de famille, il s'agissait sans
doute d'un frère des précédents, né au
Château-Richer en 1665, mais au sujet de qui
nous n'avons pas d'autres renseignements.
- Étienne,
né en 1670, épousa en 1701 Marie-Madeleine
Mercier. Celle-ci était la fille de Julien
Mercier, originaire de Tourouvre, et de Marie
Poulin. Elle était veuve d'André Berthelot et
n'eut de postérité ni avec le premier ni avec
le second mari.
- Ange vit
le jour en décembre 1671. On ignore tout de lui,
sauf qu'on a trouvé son nom en 1693, alors qu'il
assiste au baptême de Félicité Poulin, enfant
de sa soeur Anne.
- Le
dernier des fils, Joseph, vit le jour en 1673. A
l'âge de 25 ans, il épousa Angélique Mercier,
fille du pionnier Julien Mercier, et soeur de
Marie-Madeleine qui, nous l'avons vu plus haut,
allait devenir la compagne de son frère,
Étienne. Le couple Joseph Giguère/Angélique
Mercier eut dix enfants, dont six fils; l'un
d'eux reçut au baptême le prénom peu usuel
de...Bon-Chrétien! Fut-ce une fantaisie du
missionnaire qui versa l'eau régénératrice sur
son front?
- Les
racines de Robert Giguère et d'Aimée Miville
furent à l'origine de plusieurs familles par le
mariage de leurs filles: Charlotte à Laurent
Philippe (1699), Marie à Jean-Baptiste
Pâtissier (1678), Anne à Pierre Poulin (1689),
Agnès à Charles Marquis (1698) et Marguerite à
Jean Bau ou Lebeau (1704).
- Le
patriarche Robert Giguère décéda en août
1709, à l'âge vénérable de 93 ans. Sa veuve
lui survécut quatre années. Il est vrai qu'elle
était de près de 20 ans sa benjamine.
- Extrait de:
Portraits de familles pionnières de Robert
Prévost
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