PIERRE GARAND,
UN AUTRE PIONNIER VENU DE ROUEN

 
 Il n'est guère de patronymes qui suggèrent davantage l'obligeance que celui de Garand. Les dictionnaires étymologiques y voient une variante de garant, ce mot qui désigne toute personne ayant la générosité de répondre de la dette, des obligations d'autrui, de s'en porter garant.
 
On en trouve divers diminutifs en France: Garandet, Garandel, Garandeau, Garenton. Déjà, au XIIIe siècle, le verbe garanter, devenu obsolète, signifiait garantir.   A l'époque où le pionnier Pierre Garand franchit l'Atlantique, on ne se préoccupait pas outre mesure de l'épellation des patronymes. Dans son acte de mariage, on trouve Garend, et dans les actes de baptême de ses enfants, Garan, Garand et Garant.  Pierre Garand était le fils de Charles et d'Anne Maillet, de la paroisse de Sainte-Croix-des-Pelletiers, à Rouen. Cette appellation étonnera peut-être au premier abord, mais on sait que les corporations importantes avaient souvent leur propre église. Qui, en visite à Paris, n'a pas admiré l'arrière tour Saint-Jacques, le beau clocher de style gothique flamboyant de l'ancienne église Saint-Jacques-la-Boucherie?  A Rouen, les pelletiers jouaient un rôle important, et les pelleteries apportées de la Nouvelle-France y étaient sans doute pour quelque chose, car les marchands de la ville avaient noué tôt des relations commerciales avec la colonie.  Si les descendants de l'ancêtre Pierre veulent voir l'église de sa famille, ils devront avoir l'oeil attentif. Elle existe toujours, rue Sainte-Croix-des-Pelletiers justement, mais on n'en aperçoit que la façade, qui s'insère entre deux maisons à colombage fort typiques du style normand. Elle ne sert plus au culte: on l'a aménagée en salle de conférences et de concerts. Si les guides chevronnés vous invitent à la visiter, c'est que sa charpente est apparente, et que c'est la plus belle de ce genre qui subsiste dans la ville. Elle s'orne d'armoiries, de même que de têtes de monstres placées aux extrémités des entraits, ce que les spécialistes de l'architecture désignent comme des rageurs, ou, encore, des engoulants. 
 
Pierre Garand était en Nouvelle-France en 1666, et il devait connaître une nombreuse progéniture, tout généalogiste s'en portera...garant. En effet, il fut le père de deux familles de huit enfants!  Lors du recensement de 1666, un engagement le lie au bourgeois Pierre Niel, à Québec, mais l'année suivante, il a retrouvé sa liberté. Il habite toujours Québec, apparemment seul, et a pour voisins deux jeunes de son âge, Louis Lefebvre et Jean Bernard, mariés respectivement à deux soeurs d'origine rouennaise, Suzanne et Marie de Bure.  Est-ce le bonheur de ces deux couples qui l'inspira?
 
Le 7 octobre 1669, Pierre signe par-devant le notaire Romain Becquet un contrat de mariage avec une Parisienne de la paroisse Saint-Médard, Renée Chanfrain, fille de Vincent et de Marguerite Le Breton. La bénédiction nuptiale leur était donnée vingt jours plus tard à Sainte-Famille, île d'Orléans. C'est là que le couple devait tout d'abord se fixer.  Huit enfants allaient naître de ce premier mariage, les quatre premiers à Sainte-Famille. L'aînée, Marie-Thérèse, épousa Pierre Nault dit Labrie en 1692 et lui donna 12 enfants. Joseph, né en 1673, ne survécut pas à son enfance. Marthe choisit pour mari, en 1694, Charles Branchaud (Branchereau), un soldat de la marine appartenant à la compagnie de Pierre Payen de Noyan; le couple eut six enfants et semble être l'unique souche de nos Branchaud. Renée décéda à l'âge de 21 ans sans s'être mariée. 
 
La famille s'installa à Saint-Laurent, également dans l'île d'Orléans, vers 1678, car c'est là que virent le jour les quatre enfants. Pierre, née en 1679, conduisit à l'autel, en 1709, Jeanne Moleur, fille de Michel et de Marie-Françoise Sivadier (11 enfants). Anne, née en 1681, décéda à l'âge de dix ans. Puis survinrent deux jumelles en 1684; Marie-Catherine épousa Jean Martin en 1706 et ne lui donna qu'un fils, le père ayant été trouvé mort dans la neige en 1708; Marie-Madeleine se serait mariée à un certain Jacques Cauchon, à Saint-Laurent, en 1712, mais on ne trouve pas trace de cette union dans les dictionnaires généalogiques ni dans le répertoire des actes du Québec ancien.  Il semble bien que ce soit la naissance de ces jumelles qui coûta la vie à leur mère, car elle décéda le lendemain, 7 mars 1684.
 
On ne demeurait pas longtemps veuf à cette époque. Le 21 novembre suivant, Pierre Garand fondait une seconde famille, avec Catherine Labrecque, fille de Pierre et de Jeanne Chotard. Huit autres enfants devaient en résulter; six allaient à leur tour fonder des foyers.
 
En 1706, Marie-Angélique épousa Jacques Lavoie: cinq enfants tous nés à la Baie-Saint-Paul. Jeanne et Nicolas Menanteau, mariés en 1708, n'eurent pas de progéniture. Agnès-Marguerite, par contre, donna huit enfants à Michel Noël, qui l'avait conduite à l'autel en 1713.  Les cinq enfants suivants furent des fils. Jean, né en 1691, décéda sans doute en très bas âge, car le suivant reçut le même prénom un an plus tard; en 1716, il choisissait pour compagne de vie Angélique Tourneroche: sept enfants. En 1714, Pierre, à l'âge de vingt ans, prenait pour épouse Marie Masson, fille de Pierre et de Marie-Madeleine Groinier: 11 enfants. François, née en 1696, unit sa destinée à celle de Marie Chefdevergne, fille de Louis et de Marie-Françoise Dupont; les dictionnaires généalogiques ne mentionnent qu'une fille issue de cette union.
 
Lors du recensement de 1681, le couple Garand/Chanfrain mettait sept arpents en valeur dans la paroisse de Saint-Laurent et possédait deux bêtes à cornes. Six enfants, dont l'âge allait de quatre mois à neuf ans, furent alors recensés. Pierre et sa seconde épouse virent construire la deuxième église, en 1697. Pierre décéda au début de janvier 1700. Six ans plus tard, à Saint-Laurent, sa veuve épousait Clément Dubois; elle lui donna une fille et décéda en mai 1703.  Deux fils du pionnier, Pierre et Jean, l'un issu du premier mariage et l'autre du second, s'établirent sur la rive sud, en face de l'île d'Orléans, et leurs familles comptent au nombre des plus anciennes de Beaumont.
Extrait de: Portraits de familles pionnières de Robert Prévost
 
     
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