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Le
Seigneur Nicolas GAMACHE
un pionnier du bas Saint-Laurent
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- L'intendant
Talon n'avait rien d'un thuriféraire. Il
accordait trop d'attention à l'essor de
la colonie pour trouver le temps de
distribuer de plates attentions. Mais en
1672, il reconnaît les mérites d'un
nouveau seigneur dans un
document:«Nous certifions à tous
qu'il appartiendra qu'après que Nicolas
Gamache nous a bien fidèlement servi en
qualité de chasseur durant plusieurs
années, nous lui avons permis de se
retirer sur son habitation ou ailleurs
qu'il trouvera bien être; certifions en
outre qu'il nous a donné beaucoup de
satisfaction de son zèle et de sa
fidélité.» Rares sont
les pionniers qui ont fait l'objet d'une
telle appréciation.
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- On
croit généralement que Nicolas Gamache
arriva en Nouvelle-France vers 1652. Fils
de Nicolas et de Jacqueline Cadot, il
était accompagnée de son demi-frère,
Jacques, et de sa demi-soeur, Geneviève.
Pourtant, on ne trouve aucune trace du
pionnier dans les recensements de 1666 et
de 1667. Pourtant, Jacques cultive alors
un lot dans la seigneurie de Beaupré et
Geneviève habite non loin de là avec
son mari, Julien Fortin dit
Bellefontaine. On présume que Nicolas
s'adonnait à la traite des pelleteries
et qu'il se trouvait absent de la vallée
du Saint-Laurent lors du relevé de la
population.
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- En tout
cas, il est de retour en 1670, car son
beau-frère lui concède une terre.
Fortin dit Bellefontaine avait acheté un
huitième de la seigneurie de Beaupré et
un huitième de l'île d'Orléans
en 1657 et avait revendu ces domaines
cinq ans plus tard à Mgr François de
Laval, mais sans doute s'était-il
réservé un important bien-fonds sur la
côte. Nicolas s'y trouvait-il trop à
l'étroit? Le 3
novembre 1672, l'intendant Talon
récompense son chasseur. Ce jour-là, il
concède conjointement à Nicolas Gamache
et à Louis Gagné dit Bellavance une
terre d'une demi-lieue (42 arpents) de
front sur le Saint-Laurent par une lieue
de profondeur, entre celles de Geneviève
de Chavigny, veuve du traiteur et
commerçant Charles Amyot, et de
Guillaume Fournier. Les nouveaux
propiétaires jouiront de leur terre
érigée en fief et seigneurie. Trois ans
plus tard, Gagné reçoit une nouvelle
concession de dix arpents de front, tout
de suite à l'ouest de la précédente.
-
- Le 8
novembre 1676, Nicolas Gamache signe un
contrat de mariage par-devant le notaire
Paul Vachon avec Elisabeth-Ursule
Cloutier, filles de Charles et de Louise
Morin. Le lendemain, le couple reçoit la
bénédiction nuptiale au
Château-Richer. Nicolas
s'installe sur le domaine que lui et
Gagné ont reçu. C'est d'ailleurs là
que naîtront ses dix enfants. Les cinq
premiers sont des fils. Quatre d'entre
eux fonderont à leur tour des foyers:
Louise en 1702 avec Angélique Miville,
fille de François et de Marie Langlois
(12 enfants dont 8 fils); Nicolas en 1705
avec Marie Guyon, fille de
François-Xavier et de Marie Clotus (10
enfants dont 5 fils); Augustin en 1711
avec Marguerite Guyon, soeur de la
précédente (Marie décéda à la
naissance d'un premier fils de même que
ce dernier), puis, en 1713 avec Louise
Caron, fille de Pierre et de Marie
Bernier (2 jumeaux décédés le même
jour à l'âge de près de trois mois et
une fille).
- Puis
naissent quatre filles. Elisabeth et Anne
épousent deux frères, Pierre et Jean
Richard, en 1709 et 1713 respectivement,
et donnent dix enfants à chacun. En
1711, Geneviève se marie à Joseph
Hudon, mais l'union sera sans
postérité. Et en 1722, Marie est
conduite à l'autel par Louis Guyon (7
enfants). C'est un
fils qui verra le jour en dernier, Louis,
qui semble avoir contracté deux
mariages. On sait peu de chose de sa
première épouse, sauf qu'elle lui donna
un fils. On connaît mieux sa seconde,
Geneviève Bélanger, qui lui donna dix
enfants dont six fils. Le 1er
novembre 1689, Nicolas Gamache et Louis
Gagné décident de ne plus exercer
conjointement leur droit de propriété.
Ils se partagent leur seigneurie. Nicolas
conserve la partie est, large de 21
arpents.
-
- Dès
lors, la concession de Gamache portera
son nom ou encore sera désignée comme
la seigneurie de l'Ilette, et celle de
Gagné, en plus de porter son patronyme,
recevra l'appellation de La Fresnaye; le
propriétaire est devenu un Gagné dit
Bellavance et sieur de La Fresnaye. Le 23
octobre 1699, Nicolas Gamache perdait sa
femme. Quelques jours plus tard, il
décédait à son tour. On n'avait pas
oublié que le couple avait
généreusement cédé le terrain
nécessaire à la première église du
Cap-Saint-Ignace: le 29 octobre 1728, on
procédait à la translation des restes
de ces pionniers depuis l'ancienne
église jusque dans la nouvelle. C.est
l'aîné des fils, Louis, qui était
devenu seigneur de l'Ilette au décès de
son père. En 1744, l'église étant
«prête à tomber à la mer», il donne
un terrain pour en ériger une nouvelle,
à la condition d'y avoir son banc
seigneurial. On érigera un confortable
presbytère qui servira aussi au culte en
attendant la construction du nouveau
temple paroissial, mais celui-ci, sur
décision de l'évêque, Mgr de
Pontbriand, sera plutôt établi à
l'Anse-à-Gilles. Il en résulta, écrit
M. Philippe Pâquet, qui a poursuivi des
recherches sur la famille Gamache, des
querelles interminables.
-
- C'est
sans doute pour cela, remarque-t-il, que
le curé Dolbec quitta la paroisse du
Cap-Saint-Ignace pour devenir le premier
curé de L'Islet qu'il desservait depuis
quatre ans. Mais le
manoir Gamache a survécu jusqu'à ce
jour à ces querelles et il a été
classé monument historique en 1955.
Entre 1978 et 1985, il a subi
d'importants travaux de restauration. On
peut apercevoir l'ancienne façade
arrière de cette vénérable maison en
empruntant justement la rue du
Manoir-Gamache, au Cap-Saint-Ignace.
C'est l'un des plus beaux bâtiments de
la localité, avec son toit pentu percé
de lucarnes et ses murs de moellons liés
par un mortier qui défie des siècles.
-
- Nicolas
Gamache était originaire d'un petit
bourg devenu la commune de
Saint-Illiers-la-Ville. Si depuis Paris
on emprunte la N 13 vers Rouen, on
atteint Mantes-la-Jolie (à environ 25 km
à l'ouest de Saint-Germain-en-Laye),
puis Rosny-sur-Seine (8 km). Ici débute
la petite D 114 qui passe sous
l'autoroute 13: Saint-Illiers n'est qu'à
9 km, direction sud-ouest.
-
- Et les
descendants de l'ancêtre Nicolas seront
tout heureux d'y trouver un petit panneau
routier indiquant la situation du hameau
de la Gamacherie, de même qu'une
agréable propriété de campagne, la
Grande Gamacherie. On est chez soi!
- Extrait
de: Portraits de familles pionnières de Robert
Prévost.
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