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LES
FRÈRES GAGNON,
UN TRIO REMARQUABLEMENT PROLIFIQUE
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- Au cours des
récentes années, l'intérêt que les
Québécois portent à leurs racines s'est
considérablement accru, mais plusieurs de nos
vieilles familles honorent depuis longtemps la
mémoire de leurs ancêtres. Mentionnons
particulièrement les Tremblay, les Drouin, les
Trudel.
- Cette fois,
nous traiterons des Gagnon, car, depuis plus d'un
demi-siècle, au Château-Richer, une inscription
signale l'emplacement des trois lots contigus sur
lesquels s'installèrent les frères Mathurin,
Jean et Pierre Gagnon, originaires de Tourouvre,
au Perche. Ils étaient fils de
Pierre Gagnon, laboureur tout d'abord à la
Gagnonnière, lieu-dit de Tourouvre, puis à La
Ventrouze, et de Renée Roger, qui s'étaient
mariés vers 1597. Le couple eut sept enfants et
trois des fils passèrent en Nouvelle-France avec
leur mère devenue veuve.
- Des trois
frères, Jean fut le premier à fonder un foyer.
Le 29 juillet 1640, il conduisait à l'autel
Marguerite Cauchon, fille de Jean et de
Marguerite Cointerel; quatre filles et autant de
fils naquirent de cette union et deux de ceux-ci
fondèrent des foyers: Jean avec Marguerite
Drouin en 1670 (8 enfants) et Germain avec Jeanne
David en 1688 (5 enfants). Les quatre filles les
imitèrent: Jeanne épousa Jean Chapleau (1654);
Renée, Jean Ouimet (1660); Marguerite, Jean
Caron (1661) et Marie, Louis Gagné (1678).
- Vint ensuite le
tour de Pierre, qui unit sa destinée, le 14
septembre 1642, à celle de Vincente Desvarieux,
fille de Jean et de Marie Chevalier, originaire
du pays de Caux (Normandie); le couple eut sept
fils et trois filles. Trois des fils
contractèrent mariage: Jean avec Marguerite
Racine en 1667 (13 enfants), Pierre avec Barbe
Fortin en 1669 (11 enfants) et Noël avec
Geneviève Fortin (soeur de la précédente) en
1683 (10 enfants). L'un des fils, René, était
décédé en bas âge; un autre, Pierre-Paul, se
fit prêtre et mourut noyé; Joseph et Raphaël
ne semblent pas avoir pris femme. Côté
féminin, mentionnons que deux des trois filles
décédèrent en bas âge et que l'autre,
Marie-Madeleine, prit le voile à l'Hôtel-Dieu
de Québec.
- Enfin, Mathurin
ne suivit l'exemple de Jean et de Pierre que le
30 septembre 1647 en épousant Françoise Godeau,
fille de François et de Jeanne Jahan; ce fut le
couple le plus prolifique: 14 enfants. Cinq,
cependant, décédèrent à leur naissance, en
bas âge ou à l'adolescence. Quatre des fils se
marièrent à leur tour: Mathurin avec Charlotte
Cauchon en 1686 (10 enfants), Vincent avec Anne
David en 1694 (11 enfants), Pierre avec Hélène
Cloutier en 1696 (13 enfants) et Joseph avec
Marie Cloutier (soeur de la précédente) en 1699
(14 enfants).
- Ainsi, les
trois frères Gagnon donnèrent 32 petits-enfants
à leurs parents et déjà, au 31 décembre 1729,
ils avaient eu 904 descendants: Jean, 418,
Pierre, 218 et Mathurin, 268! Ces chiffres
proviennent d'une compilation effectuée au moyen
des données du département de démographie de
l'Université de Montréal. Lors du recensement
de 1666, on trouve les frères Gagnon bien
établis sur la côte de Beaupré. Celui de
l'année suivante nous donne un état de la mise
en valeur de leurs concessions.
- C'est Pierre
qui semble le mieux nanti; il possède 17 bêtes
à cornes et cultive 30 arpents avec l'aide de
trois domestiques; lui appartient aussi une
maison non alors habitée, mais située sur un
lot dont 20 arpents sont exploités. Mathurin a
12 têtes de bétail, et Jean, huit; ils ont
respectivement 25 et 30 arpents en valeur. Quand les recenseurs
procèdent à leurs relevés de 1681, Jean
Gagnon, hélas, était décédé depuis 11 ans.
Pierre déclare être âgé de 70 ans, et sa
femme, de 60. Le couple est à la tête d'une
exploitation de 40 arpents cultivés et de 22
bêtes à cornes et compte sur l'aide d'un fils,
Noël, et de quatre domestiques. Mathurin avoue
75 ans bien sonnés et en donne 47 à son
épouse; sept enfants habitent encore sous le
toit familial, et le pionnier n'a pas besoin
d'engagés pour cultiver ses 45 arpents et
entretenir ses 20 têtes de bétail. Mathurin
décédera en 1690 et Pierre, en 1699.
- Ce qui retient
particulièrement l'attention, c'est que les
trois frères soient demeurés si près au fil de
leur existence, non seulement au point de vue
familial, mais géographiquement. Ils ont été
au nombre des plus méritoires pionniers du
Château-Richer, qui est demeuré l'une des plus
pittoresques municipalités de l'historique côte
de Beaupré.
- Il n'est pas
étonnant que leurs descendants aient voulu, en
1940, marquer de façon non équivoque le
troisième centenaire de leur arrivée en
Nouvelle-France. Quelque 1 700 d'entre eux sont
accourus de tous les coins du continent. Après une
grand-messe commémorative célébrée à
Sainte-Anne-de-Beaupré, on procéda au
dévoilement, au Château-Richer, d'une plaque
offerte par la Commission des monuments
historiques sur l'emplacement des terres que les
pionniers avaient mises en valeur; c'est Mme
Cyrias Gagnon, épouse d'une ancien archiviste du
Québec, qui la dévoila. Au Château Frontenac,
plus de 600 Gagnon participèrent à un banquet
familial sous la présidence d'un ancien ministre
et futur lieutenant-gouverneur du Québec, M.
Onésime Gagnon. Mais ces
célébrations ne furent pas sans lendemain. En
effet, en 1960, on accrochait à un mur de
l'église de Tourouvre une plaque de marbre à la
mémoire de la trilogie gagnonnière, avec
l'inscription suivante: «L'an du Seigneur 1640,
de la paroisse de Tourouvre, sont partis au
Canada Mathurin, Jean et Pierre Gagnon, ancêtres
de milliers de descendants. Honneur à ces
vaillants pionniers. Je me souviens».
- Plusieurs
lieux-dits du Perche portent des appellations
découlant de patronymes. C'est le cas, par
exemple, des Giguère, qui y ont leur
...Giguerie. Nous pourrions ajouter le
Prévôterie, la Malenfanterie et combien
d'autres. Or, Tourouvre a sa Gagnonnière, le
hameau des Gagnon, et l'on vous montrera
volontiers la vénérable demeure qui fut celle
des trois frères partis pour la Nouvelle-France. Mais tous les Gagnon
de l'Amérique du Nord ne sont pas issus de ce
trio. Pierre Gagnon, l'un des trois frères,
avait été baptisé à La Ventrouze. Or, ceux-ci
avaient un cousin, Robert Gagnon, originaire de
ce bourg. Nous lui consacrons le chapitre
suivant.
- ROBERT
GAGNON, PROLIFIQUE
PIONNIER DE L'ILE D'ORLÉANS
- Dans notre
chronique précédente, nous avons mentionné que
les trois frères Jean, Pierre et Mathurin
Gagnon, venus de Tourouvre, furent des pionniers
du Château-Richer. Cette fois, nous évoquerons
le souvenir d'un de leurs cousins prénommé
Robert, né à La Ventrouze et qui, lui,
contribua au peuplement de l'île d'Orléans.
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- On estime à
environ 230 le nombre des émigrants percherons
qui ont pris racine en Nouvelle-France, au XVIIe
siècle. Ils comptent maintenant près de deux
millions de descendants en Amérique du Nord, et
les Gagnon figurent au nombre des familles qui
furent les plus prolifiques.
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- Nous verrons
qu'en ce domaine, Robert a observé le précepte
évangélique et n'a pas démérité de ses
cousins. Robert Gagnon,fils
de Jean et de Marie Geffray, fut baptisé le 1er
mars 1628 en la paroisse Sainte-Madeleine de La
Ventrouze, une toute petite commune du canton de
Tourouvre qui compte moins de 200 habitants, mais
qui vaut d'être visitée notamment à cause de
sa petite église au charme rustique, datant des
XVe et XVIe siècles, et aussi de ses fonts
baptismaux, car c'est au-dessus d'eux que les
parents de Robert Gagnon présentèrent le front
de leur fils à l'eau régénératrice. Ils
datent du XVIe siècle et comportent une cuve à
eau baptismale en étain, de forme octogonale,
avec petits pinacles flamboyants. L'une des
fenêtres de l'église a conservé un vitrage à
verres de couleurs du XVIe siècle. La Ventrouze est à
toute proximité de la grande N 12, qui conduit
vers Alençon et que l'on emprunte tout de suite
à l'ouest de Versailles. Après
Verneuil-sur-Avre se présente, à 17 km,
Saint-Maurice-lès-Charencey; 5 km plus loin, on
atteint le lieu-dit du Billot, que franchit la
petite D 243; celle-ci, sur la droite, touche
tout de suite à La Ventrouze. En arrière de
l'église subsistent quelques restes d'un
château qui fut celui de l'une des principales
seigneuries du Perche.
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- Robert Gagnon
ne vint pas en Nouvelle-France à la même
époque que ses trois cousins. Attendit-il de
voir dans quelles conditions ils s'établiraient
avant de les suivre? En 1657, il est à Québec.
Il a une cousine dans la seigneurie de Beauport,
Marguerite Aubert, épouse du maître charpentier
Martin Grouvel. En 1644 le couple Grouvel avait
songé à retourner en France, mais des contrats
de construction de maisons l'avaient retenu sur
place.
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- Le 1er octobre
1657, Robert Gagnon signait par-devant le notaire
Guillaume Audouart un contrat de mariage avec
Marie Parenteau, fille d'Antoine et d'Anne
Brisson, originaire de la paroisse Saint-Nicolas
de La Rochelle. Deux jours plus tard, l'union
était bénite à Québec par nul autre que le
sulpicien Gabriel de Thubières de Queylus, qui y
assumait les fonctions curiales en sa qualité
d'official et de grand vicaire de l'archevêque
de Rouen, un titre qu'allait mettre en échec la
délicate question de la juridiction
ecclésiastique en Nouvelle-France, mais ceci est
une autre histoire. Marie Parenteau
avait une soeur aînée, également prénommée
Marie, qui, en 1671, devait épouser le Dieppois
Pierre Fauvel Il n'est pas
inintéressant de noter que si, de nos jours, le
mot de bouche à oreille demeure une formule
privilégiée de communication, l'échange de
lettres entre la vieille France et la nouvelle
constituait alors un précieux stimulant de
l'émigration.
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- Le couple
Gagnon/Parenteau eut dix enfants. L'aîné, Jean,
vit le jour à Québec le 16 février 1659; il
devait y épouser en 1686 Jeanne Loignon, fille
de Pierre et de Françoise Roussin, et devenir
l'un des pionniers de la Rivière-Ouelle, où il
fut capitaine de milice; c'est là d'ailleurs que
devaient être baptisés les six derniers des dix
enfants du couple. Elisabeth, née en 1661 au
Château-Richer, épousa Louis Moreau en 1678 et
lui donna deux filles. Le troisième enfant,
Claude, décéda en bas âge. Puis survint
Jacques qui, en 1695, fonda un foyer avec
Marie-Madeleine Rocheron, fille de Gervais et de
Marie-Madeleine Guyon, qui lui donna 12 enfants. Marie, cinquième
enfant de la famille, prit le voile chez les
religieuses de la Congrégation de Notre-Dame et
y prononça ses voeux en 1698, à l'âge de 30
ans. Jean-François, qui naquit ensuite, décéda
à l'âge de 17 ans. Pierre, baptisé en 13
février 1673, fonda un foyer avec Louise
Létourneau en 1700, mais les deux enfants issus
de cette union décédèrent en bas âge. Anne,
née en 1675, épousa Hippolyte Thibierge en 1695
et lui donna quatre enfants. Renée, baptisée le
28 février 1678, suivit les traces de sa soeur
Marie: elle se fit religieuse à la congrégation
de Notre-Dame et décéda à Boucherville en
1703.
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- Enfin, le 15
septembre 1680 naissait à Sainte-Famille, île
d'Orléans, le dernier des enfants du couple
Gagnon/Parenteau, Joseph, qui, le 13 novembre
1710, épousait Anne Louineau, fille de Pierre et
de Marie Bertin. Avant lui, au moins cinq enfants
avaient vu le jour à Sainte-Famille. Personne ne
s'étonnera de ce que Robert Gagnon soit
considéré comme un pionnier de cette
vénérable paroisse. Le 15 septembre 1909, son
curé, un Gagnon, cela va de soi, inaugurait une
croix commémorative sur la terre même que mit
en valeur le pionnier Robert Gagnon. A ce
moment-là, cette famille avait déjà donné à
l'Église 62 prêtres dont 53 étaient encore
vivants! Avant de refermer
cet autre volet de nos origines, il convient de
mentionner que l'un des fils issus du couple
Gagnon/Louineau, Ignace, né à Québec en 1721,
et qui, vers 1745, épousa Marie-Barbe Petit,
fille de Nicolas et de Marie-Jeanne Sylvestre,
devait être l'un des pionniers de la
Nouvelle-Beauce.
- Mme Christiane
Perron, qui a publié une biographie de Robert
Gagnon, écrivait dans les Mémoires de la
Société généalogique canadienne-française
(vol.XLI, pp.29-33) que lors du baptême
d'Ignace, l'officiant, le chanoine Étienne
Boullard, écrivit «Guyon» au lieu de
«Gagnon», ce qui devait dérouter les
chercheurs. En juillet 1982, les
familles Gagnon, Rouleau, Giguère et Pouliot de
l'île d'Orléans proposèrent un pacte d'amitié
au maire Jacques Nortier, de Tourouvre. Depuis
lors, l'ancienne place du Champ-de-Foire, devant
la mairie, porte le nom de place Saint-Laurent-en-l'île-d'Orléans.
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