NORMANDIE ET AUNIS,
 PRINCIPALES SOURCES DES FOURNIER

 Le premier Fournier venu en Nouvelle-France, Guillaume, était originaire de Coulmer. C'est de nos jours une commune de l'arrondissement d'Argentan, en Normandie, et il ne faut pas la confondre avec elle de Coulimer, située près de Mortagne-au-Perche. Coulmer se trouve immédiatement au sud de Gacé, sur la N 138, qui conduit vers Sées et Alençon.

 
 Le 20 novembre 1651, à Québec, Guillaume épousait Françoise Hébert, fille de Guillaume et d'Hélène Desportes. Françoise était la petite-fille de Louis Hébert, le premier colon établi à Québec. Le couple fut prolifique: quinze enfants. Devenue veuve, Françoise fut élue sage-femme de sa paroisse «à la pluralité des suffrages» rapporte le généalogiste René Jetté. Après avoir donné naissance à une nombreuse famille, elle n'en était pas, en ce domaine, aux premiers balbutiements!

 Les quatorze premiers enfants virent le jour à Québec, et l'autre, à Montmagny. Guillaume avait plus de 70 ans lorsqu'on lui concéda le fief de la Pointe-au-Foin, près de Montmagny. Il le vendit une douzaine d'années plus tard. Cinq de ses fils fondèrent à leur tour des foyers: Jean, en 1687, avec Marie Roy, fille de Nicolas et de Jeanne Lelièvre et veuve de Jean Gaudreau (10 enfants dont 5 fils); Simon, en 1691, avec Catherine Rousseau, fille de Thomas et de Madeleine Olivier (11 enfants dont 3 fils); Pierre, en 1695, avec Marie Isabel, fille de Michel et de Marie Jobidon (10 enfants dont 2 fils); Louise, en 1696, avec Marie Caron, fille de Pierre et de Marie Bernier (11 enfants dont 4 fils) et Charles, en 1699, avec Elisabeth Bouchard, fille de Nicolas et d'Anne Roy (13 enfants dont 8 fils). Les cinq frères Fournier donnèrent une quinzaine de petits-fils à leurs parents. Quant aux soeurs Fournier, elles s'allièrent à des pionniers dont les patronymes sont répandus: Blanchet, Proulx, Girard, Boulay et Laporte.

 Un parisien, Jacques Fournier, sieur de La Ville, contracta deux mariages, l'un aux Trois-Rivières et l'autre à Québec, en 1657 et 1663 respectivement. Le premier fut sans postérité et deux fils naquirent du second; Jean-Baptiste eut l'intendant Talon comme parrain et René-Louis embrassa la carrière militaire, mais on en sait peu à leur sujet.

 Saluons maintenant Nicolas Fournier, fils de Hugues et de Jeanne Haguette, originaire de la paroisse Saint-Etienne de Marans, en Aunis. L'église où il a reçu le baptême est toujours debout, mais désaffectée. Elle se dresse au milieu du cimetière communal; il n'en reste cependant que les ruines du croisillon nord et son clocher, une tour octogonale refaite au XVe siècle. C'est la construction, au début du présent siècle, d'une nouvelle église néo-gothique, au centre de la ville, qui sonna le glas de l'ancienne. Marans se trouve sur la N 137, à proximité du Marais Poitevin et à une vingtaine de kilomètres au nord-est de La Rochelle.

 C'est comme domestique que Nicolas gagna tout d'abord sa subsistance dans la région de Québec. Le 30 septembre 1670, il épousait une fille du roi, Marie Hubert, venue de la paroisse Saint-Sulpice, du faubourg Saint-Germain-des-Prés (Paris). Le couple n'eut que six enfants, dont trois fils, car Nicolas décéda en 1687, après dix-sept années de ménage. Chacun des fils fonda un foyer. L'aîné, Germain, qui était dit Michel, épousa Marie-Catherine Bériau, fille de Vincent et de Marie Cordeau. Lors du recensement de 1681, le couple Fournier/Hubert était établi au Bourg-Royal (Charlesbourg). Il y mettait huit arpents en valeur et possédait trois bêtes à cornes. Lorsque le père décéda, Germain n'avait encore que 13 ans, mais c'est sans doute lui qui succéda à son père, car c'est à Charlesbourg que furent baptisés ses trois enfants. Malheureusement, Germain et Catherine décédèrent en février 1711, à une semaine d'intervalle.

 Le deuxième des fils, Jean, conduisit à l'autel, en 1711, Marie-Madeleine Fradet, fille de Jean et de Jeanne Hélie (7 enfants dont 3 fils), et Georges, qui était dit Jacques, avait uni sa destinée, en 1708, à celle de Marie-Françoise Blanchon, fille d'Étienne et de Marie-Françoise Cassé (12 enfants dont 8 fils). Ces deux couples furent des pionniers de Beaumont: tous leurs enfants y virent le jour.

 En 1681, à Charlesbourg, le Bourguignon Claude Fournier, originaire de Pouilly-en-Auxois, épousait Jeanne Renaud, fille de Jacques et de Marie Charrier. Il était tonnelier et décéda peu d'années après son mariage, laissant deux fils, dont l'un mourut en bas âge.

 Antoine Fournier dit Préfontaine, un Picard, fonda ensuite un foyer en Nouvelle-France. En 1688, il épousait, à Boucherville, Marie Ronceray, fille de Jean et de Jeanne Servignan, puis, en 1696, à Montréal, Marie-Madeleine Auzou, fille de Jean et d'Isabelle Martin et veuve de René-Antoine de Lafaye. Adrien, né du premier mariage, épousa Catherine Bouteiller, à Longueuil, en 1715, et le généalogiste Tanguay lui attribue quinze enfants, dont quatre fils. On perd la trace d'Urbain-Joseph, issu de la seconde union.

 Enfin, quelques années avant la fin du XVIIe siècle, un autre ancêtre, Pierre Fournier, sieur de Belleval, de la paroisse Saint-Victor, Orléans, fondait un foyer, en 1693, à Québec, avec Marie Ancelin (Asselin), fille de René et de Marie Juin et veuve de Pierre Rondeau, à qui elle avait donné quatre enfants. Neuf autres virent le jour de cette seconde union, dont sept filles. Pierre, né en 1701, épousa Thérèse de Saint-Ours, veuve du soldat Marc Lecané dit Brindamour et fille naturelle de Pierre de Saint-Ours, celui-ci étant le fils du chevalier Pierre de Saint-Ours, sieur de L'Echaillon, qui avait reçu la seigneurie de Saint-Ours en 1672. Il semble que Pierre Fournier, sieur de Belleval, soit la souche de nos familles Belleval et Belval, des descendants de l'ancêtre ayant préféré adopter le surnom comme patronyme.

 Le patronyme Fournier découle du mot four; fournier et fournaire sont des noms de métier, et c'est ainsi que l'on désignait jadis le boulanger. Marie-Thérèse Morlet, dans son Dictionnaire étymologique des noms de famille, signale qu'il existe plusieurs variantes de ce patronyme: Fournié dans le Midi de la France, Fourniez dans le Nord et Fourney (forme latine). Les diminutifs sont nombreux: Fourneret, Fournerat, Fournerot, Fourneron, etc. En Normandie et au Poitou, le mot fournerie désignait le boulanger et l'action de faire le pain, et on référait souvent au boulanger par le surnom de Fournand.



Extrait de: Portraits de familles pionnières de Robert Prévost.

 

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