LE
PREMIER DE NOS DUGUAY:
UN MÉDECIN VENU DE BOURGOGNE
Comme c'est souvent le
cas, les Duguay de l'Amérique du Nord, bien
qu'arborant le
même patronyme
sont de souches différentes, et certains
retiennent l'épellation Dugué. Il semble que,
de toute façon, ce nom découle probablement du
fait que ceux qui l'ont choisi ou qui se le sont
vue attribuer vivaient près d'un gué. Il n'en
serait cependant pas ainsi dans le cas des
Duguet, qui porteraient plutôt le surnom d'un
métier, celui de guetteur: posté dans une tour
de guet, celui-ci devait annoncer les dangers,
dont l'approche d'ennemis ou le rougeoiement de
quelque conflagration.
Le
premier Duguay qui fonda un foyer en
Nouvelle-France se prénommait Jacques. Fils de
Michel et de Catherine Lobret, il était
originaire de Semur-en-Auxois, l'une des plus
pittoresques et des plus attachantes villes
anciennes de Bourgogne, dont la collégiale
Notre-Dame est aussi l'un des plus remarquables
édifices gothiques de cette ancienne province.
Comme on entreprit l'édification de ce monument
peu avant le milieu du XIIIe siècle, c'est dans
la chapelle des fonts baptismaux, datant de 1540,
que l'eau régénératrice coula sur le front de
Jacques.
Celui-ci,
qui vit le jour vers 1647, était chirurgien,
ayant en cela choisi la profession de son père.
Semur-en-Auxois se trouve dans l'arrondissement
de Montbard, au coeur d'une région qui a fourni
à la Nouvelle-France tous les techniciens
chargés de la mise en route de notre première
industrie lourde, les forges du Saint-Maurice. Ne
nous étonnons donc pas que ce soit aux
Trois-Rivières, le 21 novembre 1672, peu après
son arrivée, qu'il épouse Jeanne Beaudry, fille
d'Urbain et de Madeleine Boucher. La veille,
par-devant le notaire Ameau, le beau-père
s'était engagé à verser une dot de 300 livres
et à loger le jeune couple pendant une année.
Jacques
Duguay exerça sa profession de médecin aux
Trois-Rivières pendant au-delà d'une
demi-siècle et y fut le seul chirurgien pendant
de nombreuses années. Il y soigna sans doute le
frère Didace (Claude Pelletier), dont la cause
en béatification fut introduite dès 1713, car
il rendit plusieurs témoignages à l'appui de
personnes qui déclaraient avoir été guéries
par l'intercession de notre premier thaumaturge.
Le couple
Duguay/Beaudry eut 12 enfants dont six fils.
Quatre de ceux-ci décédèrent en bas âge ou,
semble-t-il, sans fonder un foyer. Jacques
épousa Marie-Louise Lemaître aux
Trois-Rivières en 1722 (3 fils et 2 filles);
Maurice, qui était dit Duplessis, y fonda un
foyer cinq ans plus tard avec Marie-Madeleine
Leclerc (4 fils et 2 filles). Des six filles de
ce couple,quatre prirent mari: Marie-Madeleine
épousa Maurice Cardin en 1695; Marguerite,
Jacques Godé en 1698; Claire, Louis Lemaître
(frère de Marie-Louise) en 1717; et Jeanne,
Jacques Cardinal en 1715.
Devenu
veuf, Jacques Duguay contracta une seconde union,
en 1709, avec Anne Baillargeon, veuve de Jean
Polton, mais ce mariage demeura sans postérité.
Il décéda à l'âge de 80 ans et on l'inhuma
dans le cimetière de l'hôpital des Ursulines,
aux Trois-Rivières.
Mais,
disions-nous, tous les Duguay ne comptent pas ce
chirurgien comme ancêtre. Après lui arriva en
Nouvelle-France Pierre Duguay dit Lafranchise,
fils de Guillaume et de Marie Boguier ou Bauguet,
d'origine saintongeaise, né à Chérac, une
commune de l'actuel canton de Burie,
arrondissement de Saintes (Charente-Maritime). Le
17 février 1694, à L'Ange-Gardien, il épousait
Angélique Delugré, fille de Jacques et de Marie
Taupier. Huit enfants naquirent de cette union,
dont trois fils décédés en bas âge. Au moins
deux des filles fondèrent des foyers: Geneviève
avec André Bergeron en 1719 et Ursule avec
Charles Houde en 1721. Pierre s'était tout
d'abord établi à Sainte-Famille, île
d'Orléans; il déménagea par la suite ses
pénates à Saint-Antoine-de-Tilly où, en 1718,
il contracta une deuxième union, avec
Marie-Angélique Hayot, qui lui donna quatre
enfants dont deux fils. Le contrat de mariage
prévoyait ce qu'il adviendrait du lit nuptial
advenant le décès de l'un ou de l'autre des
conjoints: «Le dernier vivant remportera son lit
garni ainsi que les linges et hardes à son usage
sans être tenu à l'inventaire». L'ancêtre
Pierre décéda à Saint-Antoine-de-Tilly en 1740
à l'âge de 77 ans.
Un autre
Duguay, prénommé Louis-Rémi, séjourna
quelques années en Nouvelle-France. Fils d'un
conseiller du roi et commissaire extraordinaire
des guerres, il était originaire d'Amiens. A la
fin de 1717, il poursuit une carrière militaire
dans la colonie en qualité d'enseigne. Quelques
années plus tard, il oeuvre à Québec comme
sous-ingénieur. Entre-temps, le 30 juillet 1723,
il y épouse Charlotte-Elisabeth Dugué, veuve de
Jean Petit. Un fils, Louis-Mathieu, naîtra de
cette union 11 mois plus tard, mais on perd
ensuite sa trace. Peut-être le père est-il
rentré en France avec sa famille pour la
poursuite de sa carrière.
Charlotte-Elisabeth
épelle son nom «Dugué». Ceci nous amène à
évoquer une autre figure de notre histoire, dont
elle est issue: Michel-Sidrac Dugué, sieur de
Boisbriant.
Né à
Puceul, au diocèse de Nantes, il était
capitaine au régiment de Chambellé lorsque sa
compagnie fut versée dans le régiment de
Carignan-Salières. Il débarqua à Québec le 30
juin 1665. En garnison à Montréal, on lui
confie le commandement de la ville pendant
quelques mois en 1670. Sans doute gagne-t-il la
confiance de tous car, deux ans plus tard, les
Sulpiciens lui concèdent des terres à
l'extrémité ouest de l'île de Montréal, qui
prendront le nom de seigneurie de Senneville.
Le 7
novembre 1667, Michel Sidrac avait épousé Marie
Moyen, à Montréal, l'une de deux jeunes soeurs
que Lambert Closse avait arrachées aux Iroquois
(celui-ci devait marier l'autre, Elisabeth). De
cette union devaient naître neuf enfants, qui
contribuèrent fort peu, on en jugera, à la
pérennité du patronyme, du moins, de ce
côté-ci de l'Atlantique. Jean-Sidrac, l'aîné,
capitaine de brûlot, semble avoir fait carrière
en France. Jacques, sieur de Fougère, décéda
célibataire en 1702. Pierre, sieur de
Boisbriant, passa en Louisiane. Une quatrième
fils, Joseph-François, décéda peu avant l'âge
de neuf ans. Des cinq filles, deux se firent
religieuses. Marie-Thérèse épousa
Charles-Gaspard Piot (1691) et
Charlotte-Elisabeth, Jean Petit (1706). La
benjamine décéda en bas âge.
Si nous
comptons des milliers de Duguay en Amérique du
Nord (dont quelque 600 abonnés de ce nom dans le
seul bottin téléphonique de Montréal), nous le
devons donc essentiellement à Jacques Duguay, ce
médecin bourguignon qui nous est venu de
Saumur-en-Auxois.
Extrait de:
Portraits de familles pionnières de Robert Prévost