TOUS LES DUCHESNEAU
 DESCENDENT D'UN MEME ANCETRE POITEVIN
 
 
 Plusieurs de nos patronymes ont une origine végétale. Certains sont génériques: Laforêt, Dubois, Dubuisson. D'autres évoquent une espèce particulière; Dufresne, Delorme, Duchesneau. Les arbres ont joué un rôle important dans la désignation des domaines familiaux. Ainsi, on peut présumer que les ancêtres de nos Duchesneau et de nos Duchesne vivaient à proximité de chênaies.

 Le plus important Duchesneau venu en Nouvelle-France au XVIIe siècle fut Jacques Duchesneau de la Doussinière et d'Ambault. Il y arriva en 1675 en qualité d'intendant, succédant ainsi au sage Talon, mais il rentra en France après sept années qui furent marquées par sa mésentente avec l'irascible gouverneur de Frontenac.

 L'ancêtre de nos Duchesneau est un Poitevin et, comme la plupart des militaires de son époque, il portait un sobriquet. René Duchesneau dit Sansregret, fils de Pierre et de Marie-Charlotte Roy, était originaire de la paroisse Saint-Martin de Fleuré. Il ne faut pas confondre cette petite commune (500 hab.) avec celle de Fleuré située dans le département de l'Orne. Celle que nous mentionnons se trouve dans le département de la Vienne, au sud-est de Poitiers. Depuis cette ville, la N 147 y conduit en 18 km. Malheureusement, l'église où l'ancêtre a été baptisé n'existe plus; elle a été remplacée par une nouvelle église en 1887.

 René Duchesneau franchit l'Atlantique au moment où le capitaine Legouès de Grais, qui avait été officier au régiment de Picardie, prenait le commandement de l'une des compagnies franches de la Marine. C'est après sa démobilisation qu'il fonda un foyer. Le 14 février 1695, à Charlesbourg, il épousait Jeanne Guérin, fille de Clément et de Perrine Coirier. Clément Guérin s'était fixé avec sa famille à la Petite-Auvergne, à Charlesbourg, et c'est également là que s'établit le jeune couple. Les débuts furent modestes; lors du contrat de mariage, la jeune épousée reçoit de ses parents. en guise de dot, une vache de quatre ans et un cochon d'un an, et ils s'engagent à loger et à nourrir les mariés pendant six mois. En attendant de s'installer, René pourra cultiver un arpent de la concession de son beau-père pour nourrir sa famille.

 Quelques mois après le mariage, les Jésuites concédaient au jeune couple une terre de quatre arpents de largeur ayant front sur la rivière Saint-Charles. Deux ans plus tard, alors que René avait construit sa maison et défriché quelques arpents, la concession était confirmée par contrat passé devant le notaire Genaple.

 Le couple Duchesneau/Guérin eut 13 enfants tous baptisés à Charlesbourg et les fils eurent eux-mêmes une nombreuse progéniture. Un membre de la Société généalogique canadienne-Française, M. Marcel Gauthier, est parvenu à identifier plus de 5,000 descendants issus du couple originel.

 Les trois premiers enfants furent des fils, nés à Charlesbourg. René (1695) épousa en 1722 Marguerite Balan, fille de Pierre et de Renée Biret et veuve de Mathieu Guay (ou Castonguay). Pierre (1697) choisit pour compagne en 1726 Marie-Catherine Barbeau, fille de Jean-François et de Catherine Vivier. Jacques (1699) conduisit à l'autel en 1729 Marie-Françoise Lauzé, fille de Paul et de Marie Ledoux.

 Puis virent le jour, à la Misère, quatre filles: deux Marie-Jeanne, une Marie-Thérèse et une enfant qui demeura anonyme, décédée et inhumée à sa naissance. Les deux Marie-Jeanne ne vécurent hélas que quelques semaines. En 1728, Marie-Thérèse unit sa destinée à celle du soldat Jean Moras dit Lorrain et, selon le généalogiste Tanguay, lui donna onze enfants. Cette appellation populaire de Misère voulait-elle traduire le dénuement dans lequel vivaient les colons? M. Gauthier, que nous avons cité précédemment, explique  qu'il s'agissait d'une déformation de Miséricorde, le minuscule bourg ayant été ainsi désigné à cause de l'Institut de la Miséricorde de Jésus.

 En 1699, René Duchesneau vend sa terre et en obtient une autre des Jésuites. Lorsqu'en 1721 le procureur général Collet visite toutes les paroisses de la colonie, il note, lors de son passage à Charlesbourg, qu'il y existe quatre villages le long de la rivière Saint-Charles. L'un est désigné par le toponyme Pincourt. C'est là que René s'est fixé et que verront le jour cinq des six derniers enfants. Françoise (1708) épousera en 1740 Marguerite Barbot, fille de Simon et de Catherine Auvray. Marie-Angélique (1710) unira sa destinée en 1739 à celle de Pierre Lafond. Marie-Jeanne (1712) choisira Jean-Baptiste Sévin comme compagnon de vie en 1747. Marie-Charlotte (1714) n'atteindra pas son troisième anniversaire. Jean-Baptiste (1717) conduira à l'autel en 1747 Geneviève Chalifour, fille de Germain et de Catherine Boesmé. Le benjamin, Joseph, né à Charlesbourg, décédera à l'âge d'un an.

 Nous avons mentionné que le troisième fils, Jacques, s'est marié en 1729. Cinq mois plus tôt, son père lui vend un arpent de sa concession. Jacques s'engage à prendre soin de ses parents et, advenant quelque malentendu, il pourra se construire une maison sur sa parcelle et aller y vivre. Jusqu'à une telle éventualité, il secondera son père dans la poursuite de la mise en valeur de la terre familiale.

 Le père décéda le 9 mai 1740 à l'âge de 75 ans. L'année suivante, Jacques résilia l'acte de 1729, rétrocédant à sa mère la concession familiale. C'est Jean-Baptiste, le benjamin des enfants survivants, qui recevra le bien paternel en 1742. Encore célibataire (il ne devait prendre épouse que cinq ans plus tard), il avait sans doute décidé de demeurer sur la terre et de prendre soin de sa mère. Cette dernière décéda en 1743 et fut inhumé le 18 mars.

 L'enracinement du patronyme Duchesneau était bien assuré. En effet, les cinq fils qui se marièrent donnèrent plus d'une trentaine de petits-enfants au couple originel.
 Certains fils semblent avoir adopté le surnom du père comme patronyme. En 1762, on ne trouve aucun Duchesneau à Charlesbourg lors d'un recensement. Jacques Sansregret ensemence huit arpents et Baptiste, douze. Chacun possède quatre bêtes à cornes et un cheval.

 En 1993, l'Association des descendants de René Duchesneau dit Sansregret a dévoilé à Fleuré, sur la façade de l'église, une plaque à la mémoire de l'ancêtre.
 
 
Extrait de: Portraits de familles pionnières de Robert Prévost.
 


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