Les CROTEAU
 trois siècles sur la terre ancestrale


 Il semble bien que les Croteau de l'Amérique du Nord aient un ancêtre commun prénommé Vincent. En fait, la Nouvelle-France a accueilli deux immigrants de ce nom, mais l'autre n'a pas contribué à la pérennité du patronyme.

 Le généalogiste Tanguay mentionne bien un certain Jacques «Croteau», né en 1663, fils de Louis et de René Velleto, originaire de Touraine, qui épousa Marie Martin à la Pointe-aux-Trembles (celle de Neuville) en 1687, mais, de toute évidence, il a mal déchiffré le texte de l'acte, car le répertoire des actes de l'état civil du Québec ancien épelle ce nom «Custo». C'est l'ancêtre des Custeau.

 Par ailleurs, il en cite un autre arrivé beaucoup plus tard, Jean Croteau, de la paroisse Saint-Rémi de Dieppe. Né en 1732, il était fils de Michel et de Marie Blondel. Le 4 juillet 1757, il épousait à Québec Marie-Françoise Hotte, fille de René et de Marie Duquet. C'est le chanoine honoraire Jean-Félix Récher, curé de la cathédrale, qui bénit l'union. Notons que le mariage fut célébré trois ans avant la capitulation de la Nouvelle-France. Ce Jean Croteau figure donc au nombre des derniers immigrants venus du vieux pays avant la fin du régime français. Il a sûrement des descendants, mais aucun ne porte son nom, car son épouse ne lui présenta que des filles. Tanguay lui en donne trois, mais M. Sylvain Croteau, qui a effectué de minutieuses recherches sur sa famille, lui en a trouvé deux autres. Au moins trois ont fondé des foyers: Marie-Françoise avec Jean-Baptiste Guillot (1778), Marie-Charlotte avec Louis Derome (1782) et Marguerite avec Julien Landry (1784).

 Quant à celui des pionniers qui est l'ancêtre commun des Croteau, il se prénommait Vincent et avait vu le jour au petit bourg de Veules, non loin de Saint-Valéry-en-Caux. Il était le fils d'André et de Marguerite Métayer. En 1897, par décret, cette localité prit le nom de Veules-les-Roses et elle compte de nos jours un peu moins d'un millier d'habitants.

 Le touriste qui parcourt la Normandie la trouve facilement, car elle est située dans l'arrondissement de Dieppe. Depuis Dieppe, la D 925 y conduit en 24 km, en passant par...Longueil, petite patrie de notre célèbre famille Le Moyne, et qui, en cueillant au passage un «u» additionnel, a donné son nom à notre grande ville de Longueuil. Mais on peut choisir un itinéraire parallèle à la mer et qui n'ajoute que 2 km à la randonnée: la D 75 qui, à Saint-Aubin, devient la D 68. Il donne l'occasion de passer, à seulement 8 km de Dieppe, par Varengeville-sur-Mer, où l'on peut visiter le beau manoir Ango, un palais d'allure florentine que fit construire l'armateur Jehan Ango, surnommé par les historiens le Médicis dieppois, sur un domaine qu'il avait d'ailleurs acheté de la famille de Longueil.

 Mais revenons à Vincent Croteau. Il était né vers 1647, si l'on se base sur le recensement de 1681, qui lui donne 34 ans et le désigne comme cordonnier. Ce dernier détail vaut d'être retenu, car peut-être nous permet-il de savoir quand le pionnier est arrivé en Nouvelle-France. Lors du recensement de 1666, on trouve un certain Vincent Croustier à l'emploi des Jésuites dans leur seigneurie Notre-Dame-des-Anges. Quand ce relevé est mis à jour, l'année suivante, il est toujours au service des mêmes religieux, mais à Québec. C'est un cordonnier, mais l'âge qu'il déclare dans les deux cas le ferait naître en 1641. De «Croustier» à «Crosteau» (épellation figurant au recensement de 1681) il n'y a, euphoniquement, que peu de différence.
 
 
 
 Vincent Croteau fut-il donc à l'emploi des Jésuites? C'est ce que croit M. Sylvain Croteau dans le livre abondamment documenté, Histoire et généalogie de la famille Croteau et de ses descendants, qu'il a publié à Arthabaska en 1991.

 Quoi qu'il en soit, c'est en 1669 qu'il fonda un foyer, avec Jeanne Godequin, fille de Jacques et de Jeanne Dupuis, originaire d'Amiens, en Picardie. C'est «en la maison de la dame Bourdon» que fut passé le contrat, par-devant le notaire Romain Becquet. Pourquoi dans cette demeure? Parce que la jeune épousée était une fille du roi. On sait que, pour peupler la colonie, on y envoyait des orphelines triées sur le volet dans les couvents de France, et Sa Majesté assumait leur pension. Or, la veuve de Jean Bourdon, procureur général au Conseil souverain, née Gasnier (Anne), franchissait l'Atlantique pour recruter des candidates, et Jeanne Godequin était sans doute l'une de ses jeunes protégées. Non seulement Mme Bourdon signa le contrat en qualité de témoin, mais aussi Marie-Barbe de Boulogne, veuve du gouverneur d'Ailleboust, Denis-Joseph de Ruette d'Autheuil, seigneur de Sillery, qui avait succédé à Jean Bourdon en qualité de procureur général, et l'explorateur Daumont de Saint-Lusson qui, deux ans plus tard, prendra officiellement possession des pays de l'ouest.

 Après avoir passé quelques années en amont de Québec où naissent leurs premiers enfants, baptisés à Sillery, à Saint-Augustin ou au Cap-Rouge, les Croteau se fixent définitivement à Saint-Antoine-de-Tilly en 1684, en s'y portant acquéreurs d'une terre de six arpents de front et s'étendant sur 40 de profondeur depuis le St-Laurent, «à commencer à haute marée», vers l'intérieur. Leur seigneur était Pierre Duquet de la Chesnaye, procureur du roi.

 Le couple eut dix enfants, dont sept fils et cinq de ceux-ci se marièrent: Louis avec Marie-Louise Bordeleau (1695) puis avec Angélique Godin (1721), et cinq des fils issus de ces unions fondèrent à leur tour un foyer; Nicolas avec Catherine Mesny (1709): six enfants dont quatre fils, qui se marièrent à leur tour; Charles avec, tout d'abord, Suzanne Mesny (1709), soeur de la précédente, qui se noya 17 jours plus tard en se rendant à la messe en canot, puis avec Marie-Suzanne Dion (1710): trois enfants dont un fils qui contracta deux unions; Jacques avec Marie-Charlotte Dupont (1728): 16 enfants dont 12 décédés en bas âge, les autres, dont trois fils, devant fonder des familles; et Pierre avec Marie Chartré (1715): six enfants dont cinq fils tous mariés.

 En 1908, à l'occasion du 3e centenaire de la fondation de Québec, des médailles furent remises aux familles qui occupaient encore le lot ancestral depuis au moins deux siècles. Les Croteau de Saint-Antoine-de-Tilly furent du nombre. Et ce sont toujours des Croteau qui le mettent en valeur!
 
 
 
Extrait de: Portraits de familles pionnières, de Robert Prévost.

     


Accueil Histoire des familles Arbre généalogique Photos ancestrales Liens divers Contact