- L'ANCETRE DES
COULOMBE,
- UN NORMAND VENU DU
NEUBOURG
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- Si l'on se base sur leur
patronyme, les Coulombe doivent être des gens paisibles.
Leur seul ancêtre arrivé en Nouvelle-France signait
Coullombe, ce qui, selon les dictionnaires étymologiques
des noms de famille, provient de columbus, signifiant
pigeon. Ce serait donc au fil des générations que le
patronyme s'est modifié, peut-être à cause d'une
transcription euphonique. Mais Colombe peut aussi bien
découler de sainte Colombe, une vierge martyrisée à
Sens à la fin du IIIe siècle (fête de 31 décembre).
Au Moyen Age, le nom masculin Colombel et son pendant
féminin colombelle désignaient une petite colombe.
- C'est en 1665,
semble-t-il, que l'ancêtre des Coulombe, prénommé
Louis, arriva en Nouvelle-France. On serait porté à
croire, de prime abord, qu'il était soldat, car c'est
cette année-là que le régiment de Carignan débarqua
à Québec, mais rien n'indique qu'il ait connu le
service militaire. Il avait sans doute décidé de
s'assurer un revenu en signant un contrat d'engagement
pour la lointaine colonie. Ainsi, lors du recensement de
1666, on le trouve chez le bourgeois Charles Roger en
qualité de domestique. Coïncidence, Roger était dit
sieur des... Colombiers! C'était l'un des notables de
Québec car, en 1678, il figurait au nombre des «vingt
principaux et plus anciens habitants du pays» convoqués
par le gouverneur Frontenac et l'intendant Talon pour
connaître leur avis sur le commerce de l'eau-de-vie avec
les tribus autochtones.
- En 1667, Louis a
quitté son employeur. C'est que, avant la fin de
l'année précédente, Mgr François de Laval lui a
octroyé, dans l'île d'Orléans, une terre de trois
arpents de front située dans l'arrière-fief de
Gossardière. Ce bien-fonds, il ne le gardera que
quelques mois. Le 2 juillet 1667, il le vend à Gabriel
Gosselin. C'est que Mgr de Laval lui a concédé l'année
précédente une terre de trois arpents de front à
Saint-Paul dans l'île d'Orléans, un bourg qui recevra
plus tard l'actuelle appellation de Saint-Laurent.
- On sait que
l'intendant Talon favorisait la venue en Nouvelle-France
de jeunes filles qui pourraient fonder des foyers avec de
jeunes homes arrivés célibataires pour s'y acquitter
d'engagements. En 1668 arrivait Jeanne Boucault,
originaire du faubourg Saint-Germain (Paris). Fille de
Nicolas et de Marguerite Thibault, elle était orpheline
de père et était âgée d'environ 17 ans. Hélas! on
avait abusé d'elle. Le 26 octobre de la même année lui
naissait un fils, né de père inconnu. Lorsqu'elle
arriva à Québec, elle disposait d'un certain pécule
estimé à 300 livres et d'une dot royale de 50 livres.
- C'est sur elle
que Louis Coulombe jeta les yeux pour fonder un foyer.
Jeanne avait perdu son fils un peu plus d'un mois après
sa naissance. Le mariage figure à la date du 30
septembre 1670 dans les registres de la paroisse de
Sainte-Famille.
- Fils de Jacques
Coulombe et de Rolline Drieu, Louis était Normand. Il
avait vu le jour vers 1632, si l'on se base sur l'âge
déclaré lors de son décès. Il avait reçu le baptême
au Neubourg. C'est aujourd'hui une commune d'environ 4
000 habitants et le centre le plus actif d'un plateau
auquel elle a donné son nom. La N 13, qui va de Paris à
Caen, passe par Évreux. Vingt kilomètres au-delà, elle
croise la D 840 qui, prise sur la droite, conduit au
Neubourg en cinq kilomètres. Sur la grande place
s'élève un château dont il ne subsiste qu'un corps de
logis à pans de bois et la salle des préaux (XIIe s.).
L'église, placée sous le vocable de saint Paul, est
typiquement normande avec ses hautes voûtes. On peut
visiter, à quatre kilomètres, le château du
Champ-de-Bataille, l'une des plus majestueuses demeures
de Normandie, construit à la fin du XVIIe siècle.
- Le couple
Coulombe/Boucault semble avoir vécu pendant environ huit
ans sur la terre familiale, et c'est à Sainte-Famille
que furent baptisés les cinq premiers enfants.
- L'aîné,
Nicolas, épousa à Beaumont, en 1694, Anne Maillou,
fille de Michel et de Jeanne Mercier; malheureusement, il
décéda un an plus tard à l'Hôtel-Dieu de Québec, ne
laissant aucune progéniture. Marie-Marthe devint, en
1694 également, la compagne de Pierre Labrecque, à qui
elle donna dix enfants, tous nés à Saint-Laurent, île
d'Orléans. Jean contracta deux unions: la première en
1706 avec Jeanne Balan, fille de Pierre et de Renée
Biret, et la deuxième, dix ans plus tard, avec Marie
Leblanc, fille d'Antoine et d'Élisabeth Roy et veuve de
Jean Bissonnet; sept enfants naquirent des deux unions,
dont quatre fils, à Montmagny et à Beaumont. En 1694,
Jeanne unissait sa destinée à celle de Charles Paquet
dit Lavallée, à qui elle donna 13 enfants presque tous
nés à Beaumont. Enfin, Louise, née en 1679, prit le
voile à l'hôpital Général de Québec.
- En 1681, les
recenseurs notent la présence du couple
Coulombe/Boucault sur une terre de Saint-Laurent, île
d'Orléans, où il met six arpents en valeur et possède
deux bêtes à cornes. C'est là que seront baptisés les
sept autres enfants de la famille. En 1703, Marguerite
sera conduite à l'autel par François Bouvet à qui elle
donnera une dizaine d'enfants avant de devenir veuve. En
1710, Louis s'unira à Hélène Paulet, fille d'Antoine
et d'Anne Loignon; le couple aura 13 enfants dont six
fils tous, sauf l'aîné, nés à Beaumont. Les deux
autres enfants suivants, Charles et Catherine ne
vécurent que quelques jours. On ne sait si le suivant,
Charles, fonda une famille. Angélique devint en 1713
l'épouse de Claude Bernard dit Léveillé, un soldat de
la compagnie de Rouville (sans progéniture). Enfin, une
seconde Catherine vint clore la famille; en 1716, elle
choisit pour compagnon Pierre Prudhomme, à qui elle
n'aurait donné qu'un fils et une fille.
- Jeanne Boucault
décéda en 1696: on la trouva gelée sur la grève du
fleuve, en face de la rivière de Beauport. Son mari lui
survécut 24 ans.
- Chez les
Coulombe, le prénom Louis se transmit pendant cinq
générations consécutives. Il y eut tout d'abord
l'ancêtre, puis son fils marié à Hélène Paulet, son
petit-fils, époux de Marguerite Pouliot (1734), son
arrière-petit-fils, qui épousa Marie Audet (1757); ce
dernier couple eut un fils de même prénom.
- Le petit-fils,
Louis III, habitait Saint-Laurent en 1776. Il était
milicien. Or, il fut «cassé» en même temps que
d'autres pour s'être montré ouvertement favorable à
l'objectif des «rebelles» qui préparaient
l'indépendance des États-unis et invitaient les
Canadiens à se joindre à eux pour secouer le joug du
serment du test.
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- Extrait de:
Portraits de familles pionnières de Robert Prévost