BURIE, EN CHARENTE-MARITIME,
PATRIE DES CONTANT D'AMÉRIQUE


L'épellation des patronymes réserve parfois des surprises. Ainsi, il semble y avoir au Québec davantage de Contant que de Content. Pourtant, l'ancêtre qui a fait souche en Nouvelle-France, au XVIIe siècle, épelait son nom de la seconde façon. Nous allons donc respecter dans chaque cas la transcription retenue par les généalogistes.

Le premier portant ce patronyme qui franchit l'Atlantique, André Contant, était d'origine parisienne. Il était soldat de métier et il se noya à Montréal en mars 1665, à l'âge de 22 ans. Il ne nous était pas arrivé avec le régiment de Carignan, car c'est seulement en juin de la même année que les premières compagnies de cette unité débarquèrent à Québec. Il faisait sans doute partie de la garnison de Ville-Marie.

Le second, Pierre Contant, était lui aussi soldat et appartenait à la compagnie de Saint-Martin stationnée à Québec. Il avait 18 ans lorsqu'il décéda à l'Hôtel-Dieu de cette ville en juin 1717. Il était originaire de Saint-Fort-sur-Gironde, qui est de nos jours une commune de l'arrondissement de Jonzac, en Charente-Maritime.

Le troisième, aussi prénommé Pierre, était, lui, un Content, fils de Michel et de Jeanne Martinet, de Sainte-Verge, non loin de Bressuire, dans l'actuel département des Deux-Sèvres. Lors du recensement de 1667, il est à l'emploi de Jean Trottier, qui met une terre en valeur au Cap-de-la-Madeleine, et l'aide à cultiver 20 arpents. Le 26 septembre 1667, à Québec, il épouse Louise Landry, fille de Pierre et de Marguerite Gaudière. Malheureusement, le couple demeura sans postérité.

C'est le quatrième, Étienne Content, qui, grâce à sa famille, devait doter la Nouvelle-France d'une riche moisson de près d'une trentaine de petits-enfants. Certains auteurs le disent originaire de Buire, ou encore de Berry. Ainsi, Régis Roy et Gérard Malchelosse, dans Le Régiment de Carignan, écrivent qu'il était dit Berry, «originaire de Berry, évêché de Xaintes», ayant puisé le renseignement dans le dictionnaire Tanguay. Le généalogiste René Jetté, dans son propre dictionnaire, écrit plutôt «Buire, arrondissement et évêché de Saintes».

La plupart des bourgs d'où sont partis nos pionniers sont devenus des communes. Or aucune de celles-ci ne figure au Dictionnaire national des communes de France sous ces appellations de Berry ou de Buire dans le département de la Charente-Maritime. Par ailleurs, il en est une, Burie, qui compte quelque 1 200 habitants et est située dans l'arrondissement de Saintes. C'est sans doute de là que nous est venu Étienne. D'ailleurs, on lit très bien «Burie» dans son contrat de mariage et «Bury» dans son acte de mariage.

Le commune de Burie est située plus près de Cognac que de Saintes. Depuis Cognac, la D 731 y conduit, direction nord-ouest, en 10 kilomètres.

C'est dans les rangs du régiment de Carignan qu'Etienne Content débarqua à Québec en 1665. Il appartenait à la compagnie de Monteil, au régiment du Poitou. Lorsque fut apaisée la menace iroquoise, on procéda au licenciement des soldats. Vingt-sept des 50 soldats de la compagnie de Monteil, dont Étienne Content, décidèrent de demeurer dans la colonie. Il était tisserand en toile et espérait peut-être que l'exercice de son métier contribuerait à sustenter son éventuel foyer. C'était en 1667. Dès l'année précédente, il s'était engagé au mois auprès de Simon Laireau, un censitaire de l'île d'Orléans.

Le 23 septembre 1669, Étienne passe, par-devant le notaire Pierre Duquet, un contrat de mariage avec Anne Laîné, fille d'Emmanuel et de Jeanne Legrand et originaire de la région de Chartres. Signe comme témoin nulle autre que Marie-Barbe de Boulogne, la pieuse veuve du gouverneur Louis d'Ailleboust de Coulonge et d'Argentay. L'union fut bénite le 14 octobre suivant, comme en font foi les registres de la paroisse de Sainte-Famille, île d'Orléans.

De ce mariage naquirent six enfants. Tout d'abord un fils, Jean, le 14 avril 1671; le généalogiste Tanguay dit qu'il décéda au Détroit en 1732 et ne lui connaît pas de progéniture. Marie-Anne, baptisée le 9 avril 1673, devait épouser François Darveau dit l'Angoumois en 1691 et lui donner cinq enfants avant de décéder à Charlesbourg en 1711. Le troisième enfant, prénommé Étienne comme son père, vit le jour le 10 février 1676. Le 19 avril 1700, au Château-Richer, il fondait un foyer avec Marie Bélanger, fille de Charles et de Barbe Cloutier et veuve de Joseph Gravel, qui lui donna une fille, Marie, avant de décéder en 1713; celle-ci, en 1728, épousa Pierre Beauchamp et lui donna sept enfants. En 1719, Étienne, à la Pointe-aux-Trembles (de Montréal), contractait un deuxième mariage, avec Marie-Françoise Bazinet, fille d'Antoine et de Françoise Janot; il devait en naître sept enfants à la Pointe-aux-Trembles, à Rivières-des-Prairies, à Terrebonne et à Saint-François de l'île Jésus.

Jusque là, le couple Content/Laîné était demeuré dans l'île d'Orléans. Lorsque survient Marie-Angélique, quatrième enfant, il semble vivre à Québec, car c'est là que l'eau régénératrice coule sur le front de la fillette, le 23 mars 1679. En 1695, à L'Ancienne-Lorette, Marie-Angélique joindra sa destinée à celle d'un Rochelais, Mathieu Mirault dit La Bouteille; elle donnera naissance à six enfants.

C'est ensuite à Charlesbourg, semble-t-il, que la famille s'installera. C'est là, en tout cas, que devait naître Pierre, le cinquième enfant, le 24 avril 1682, baptisé à Québec deux jours plus tard; cependant, les généalogistes n'ont pas retrouvé sa trace. Enfin, André vint compléter la famille le 8 décembre 1684. En 1712, à Neuville, il choisissait comme compagne de vie Marie-Anne Sylvestre, fille de Nicolas et de Barbe Neveu. Le couple devait présenter dix enfants au baptême.

L'ancêtre Étienne décéda prématurément, en juin 1685, et fut inhumé à Charlesbourg. La même année, sa veuve se remariait à un veuf, René Bisson dit Lépine; elle lui donna trois filles.

Il semble bien qu'Étienne Content est l'ancêtre de la plupart de nos Content et Contant, sinon de tous.

Au nombre de ceux-ci, rappelons la mémoire d'Alexis Contant (1858-1918), que l'on considère comme l'un des pères de la musique canadienne, du violoniste Edgar Contant et de l'organiste J.-Albert Contant à qui l'on a dédié une stèle, à Joliette, en 1992.

Extrait de: Portraits de familles pionnières de Robert Prévost


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