CHAUVIN: UN PATRONYME
AU SEUIL DE NOTRE HISTOIRE

 Les Chauvin se sont associés tôt à l'histoire de la Nouvelle-France. En effet, on considère Pierre de Chauvin de Tonnetuit, né à Dieppe, comme le fondateur de Tadoussac. En 1599, Henri IV lui accordait le monopole de la traite des fourrures en Nouvelle-France. Au cours de l'hiver suivant, il construisait, à l'embouchure du Saguenay, la première maison érigée par un Européen en un lieu qui devait toujours être habité par la suite. C'était quatre ans avant la tentative d'établissement du sieur de Mons sur l'île Sainte-Croix en Acadie et cinq ans avant la fondation de Port-Royal.

 Lorsqu'en 1603, Samuel de Champlain remonte le Saint-Laurent, il s'arrête à Tadoussac et note les profondeurs de la baie. Il en résultera une carte sur laquelle on trouve une petite maison avec la mention: «abitasion du Cappn chauvin de lan 1600».

 Mais Pierre de Chauvin ne fut que de passage dans la colonie. Le premier pionnier de ce nom qui fonda un foyer sur nos bords se prénommait Michel et était dit Sainte-Suzanne. En 1647, à Québec, il épousa Anne Archambault, fille de Jacques, qui fut le premier puisatier de Ville-Marie. Le couple n'eut que deux enfants dont un fils qui ne vécut que quelques jours. Michel était originaire de Sainte-Suzanne, en Mayenne.

 Le suivant, Marin Chauvin, était d'origine percheronne, plus précisément du bourg de Mesny situé sur l'actuelle commune de Saint-Mard-de-Réno, arrondissement de Mortagne-au-Perche. La ferme dont il partit sert aujourd'hui de décor à une merveilleuse gentilhommière, propriété de Parisiens. L'église paroissiale existe toujours, avec son portail Louis XIII, ses fenêtres du XVIe siècle et ses contreforts saillants.

 Engagé par Noël Juchereau, Marin Chauvin franchit l'Atlantique en 1648 et, l'année suivante, aux Trois-Rivières, épousa Gillette Banne, fille de Marin et d'Isabelle Boire, qui ne lui donna qu'une enfant, Marie. Cette dernière s'allia au maître canonnier Rollin Langlois en novembre 1664. Devenue veuve après seulement deux mois de mariage, elle contracta une seconde union en 1665, avec l'arquebusier Jean Denoyon à qui elle donna neuf enfants dont des filles qui, par leurs époux, contribuèrent à perpétuer les patronymes Barbeau, Charbonneau et Lesueur; l'un des fils, Jacques, fut un pionnier de Boucherville.

 Pierre Chauvin, dit Le Grand Pierre, un angevin de l'arrondissement de La Flèche, arrivé à Ville-Marie en 1653 parmi la centaine d'artisans et de laboureurs recrutés pour sauver l'établissement en face de la menace iroquoise, fut le plus prolifique. Le 15 septembre 1658, il signait un contrat de mariage par-devant Bénigne Basset avec Marthe Hautreux, fille de René et de Françoise la Chaumerlier.

 Lors du recensement de 1667, on trouve le couple sur une terre de 30 arpents située près du coteau Saint-Louis et qui lui a été concédée par Chomedey de Maisonneuve le 20 août 1655. Sous le toit familial babillent déjà trois enfants. Avec l'aide d'un domestique, Pierre met vingt arpents en valeur et possède cinq têtes de bétail.

 Le pionnier ne manque pas de courage. Non seulement cultive-t-il sa terre, mais il exerce son métier de meunier. Le 26 novembre 1670, il loue un moulin appartenant probablement aux sulpiciens, seigneurs de l'île, car il passe un contrat à cet effet par-devant le notaire Basset, l'autre partie étant M. Mathieu Ranuyer, un clerc tonsuré arrivé l'année précédente pour agir comme maître d'école et économe du séminaire. Mais ceci ne l'empêche pas de continuer à cultiver. Lors du recensement de 1681, son exploitation s'étend sur 55 arpents, et son cheptel est passé à huit têtes. Il brasse pas mal d'affaires. En 1688, il loue un second moulin de la seigneurie de Boucherville et le couple se porte acquéreur de terres sur la rive sud. Pierre décéda en 1699 à Montréal, et sa veuve, en 1714, à Saint-François, île Jésus.

 Pierre et Marthe eurent 11 enfants entre 1662 et 1684. Le généalogiste René Jetté signale que trois des fils s'établirent en Louisiane: Jacques, sieur de Charleville, Joseph, sieur de Léry, et Nicolas, sieur de La Fresnière.

 Leur frère, Gilles, cependant, fit souche à Montréal. Tout d'abord avec Marie Cabazier, fille de Pierre et de Jeanne Guiberge, qui lui donna deux enfants dont un fils, puis avec Angélique Guyon, fille de Michel et de Geneviève Marsolet, qui fut mère de douze enfants, dont quatre décédèrent à leur naissance ou peu après. Les filles s'allièrent à des jeunes hommes appelés Perthuis, Catin, Petit et Métivier.

 Un autre frère, Pierre, fut tué par les Iroquois, à Montréal, en 1691, à l'âge de 30 ans, et il ne semble pas avoir fondé de foyer, pas plus que trois autres, Louis, Paul et Jean-Baptiste, dont on sait d'ailleurs peu de chose.

 Philibert Chauvin, venu du Poitou, épousa à Québec, en 1666, Jeanne de Lahaye, fille de Simon et de Jeanne de Cointes, mais le couple  demeura sans postérité. Pierre Chauvin, dont on ne connaît pas l'origine, conduisit à l'autel, à l'île d'Orléans, en 1668, Marie Boileau, fille de René et de Joachine Serrant. Seule une fille, Anne, naquit de cette union, mais elle décéda en bas âge.
 Deux autres pionniers portant le même patronyme ont fondé des foyers dans la colonie avant la fin du XVIIe siècle. Le premier, Jacques, était forgeron et taillandier. originaire de Malaville, non loin de Cognac, en Angoumois, il était déjà veuf au moment de franchir l'Atlantique. Le 16 janvier 1696, à Québec, il épousait Marie Cauchon, fille de Jean et de Madeleine Miville. Le couple eut huit enfants, tous nés à Québec, dont cinq fils. L'un d'eux, Charles, se fixa au Détroit. Lieutenant de milice, il y unit sa destinée, en 1726, à celle de Marie-Anne Casse dite Saint-Aubin, fille de Guillaume et de Marie-Louise Gauthier, qui étaient allés s'établir au Détroit vers 1708. Le couple Chauvin/Cauchon eut une dizaine d'enfants, et au moins trois des fils fondèrent à leur tour des foyers: Noël avec Jeanne Meloche en 1756, Charles avec Marie-Louise Boyer en 1761 et Jean-Baptiste avec Thérèse Séguin en 1767.

 Mentionnons enfin Jean Chauvin, originaire de Fresquienne, en Normandie, fils de Jean et de Marie-Catherine Duval. Le 29 avril 1696, il épousa à Boucherville Marie Fauconnet, qui lui donna une fille, puis, au même endroit, en 1702, Marie-Madeleine Courtois, fille de Jean et de Catherine Daniel, qui fut mère de huit enfants tous nés à Boucherville. deux de leurs fils, Jean et François, épousèrent les deux soeurs Blain, Marie-Marthe et Madeleine, filles de Louis et de Marguerite Lumineau.


Extrait de: Portraits de familles pionnières de Robert Prévost
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