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LES
CADOTTE
ONT ÉTÉ DE HARDIS VOYAGEURS
- On sait depuis peu
d'où nous est venu Mathurin Cadot dit Poitevin,
qui fonda une famille à Montréal en 1688. Son
surnom révélait bien sa province d'origine,
mais les généalogistes ne semblaient pas
connaître le nom du bourg. L'un de ses
descendants, M. Albert Cadotte, a repéré ce
renseignement dans un contrat du notaire Bénigne
Basset. L'ancêtre y est dit «du bourg d'Augé
en Poitou, proche Saint-Maixent».
- Par
ailleurs, Mme Jeanne Drouet, présidente de
l'Institut généalogique de La Rochelle, lui a
communiqué le fruit de recherches effectuées
par un confrère de la même ville, M.
Jean-François Paboul. Le 8 décembre 1624,
par-devant les notaires Duryvault et Sanxon, deux
couples arrêtaient des conventions de mariage:
Pierre Cadot, veuf de Marie Bisson, avec Jeanne
Annibert, veuve de Pierre Rossegand, de même que
René Cadot, fils de Pierre et de la défunte
Marie Besson, avec Renée Rossegand, fille de
Pierre et de Jeanne Annibert. Contrat peu commun:
un père qui épouse la future belle-mère de son
fils et un fils qui épouse la fille de la future
épouse de son père! Or l'ancêtre Mathurin
était le fils de René Cadot et de Renée
Rossegand.
- C'est
donc à Montréal, le 31 juillet 1688, que
Mathurin conduisit à l'autel Marie-Catherine
Durand, fille de Jean et de Catherine Anenontha.
Cette dernière était la fille d'un chef huron
de la baie Georgienne. Elle avait vu le jour en
1649. Or, la même année, les Iroquois fondaient
sur les missions huronnes. La petite Catherine
perdit son père et c'est avec sa mère qu'elle
fut conduite à l'île d'Orléans avec ses
congénères qui avaient survécu au massacre.
- Mathurin
n'était marié que depuis cinq jours lorsqu'il
se présenta avec sa compagne par-devant le
notaire Basset. Il avait résolu de «monter aux
Outaouais», et comme une telle excursion
n'était pas sans danger, il fit don à son
épouse de tous ses biens en cas de mort «pourvu
qu'au jour de son décès il n'y ait aucun
enfant». Le contrat fut signé «en la maison du
moulin, dit le fort» en présence d'un témoin,
Charles Gervaise.
- Le couple
se fixa par la suite à Batiscan et eut six
enfants dont quatre fils qui, tous, fondèrent
des foyers. C'est tout d'abord une fille qui voit
le jour, en 1690; elle devait décéder au seuil
de ses dix-huit printemps. Puis naît François,
qui était dit Jean, en 1693. Le 20 novembre
1721, à Batiscan, il épousait Marie-Josèphe
Proteau, fille de Luc et de Marie-Madeleine
Germain, qui devait lui donner six enfants dont
cinq fils. L'un d'eux, Jean-Baptiste, est passé
à l'histoire. En effet, il fut le dernier
commandant français du Sault-Sainte-Marie (fort
situé du côté américain), qu'il dut remettre
en 1762 à l'officier britannique Jamet. Quelques
mois plus tard, il sauvait la vie au premier
voyageur anglais venu de Montréal, Alexander
Henry. En 1756, il avait épousé une néophyte
amérindienne baptisée sous le prénom
d'Anastasie.
- Nous ne
saurions passer sous silence Michel, un des fils
de Jean-Baptiste, qui s'établit dans l'actuel
état du Wisconsin, y épousa lui aussi une
autochtone appartenant à la tribu des Ojibways.
Il fonda un poste dans une île (à Bayfield) que
l'on désigne sous le nom de Madeline Island:
l'épouse de Michel avait reçu au baptême le
prénom de Madeleine.
- Revenons
aux enfants du couple Cadot/Durand. En 1697
naissait une deuxième fille, Marie-Jeanne, qui
allait épouser Jacques Tifault en 1725.
- Trois
fils virent ensuite le jour. René épousa, le 29
avril 1726, Louise Proteau, la soeur de
Marie-Josèphe, mentionnée précédemment; ils
eurent sept enfants, dont deux fils. Mathurin,
né en 1701, contracta deux mariages qui furent
prolifiques; le 27 octobre 1727, il unissait sa
destinée à celle d'Angélique Gaudry, fille de
Jacques et d'Anne Bourdon, puis, le 13 février
1741, il s'unissait à Félicité Hayot (Ayotte),
fille d'Etienne et d'Anne-Félicité Bonhomme,
dite Beaupré; treize enfants dont six fils
naquirent de ces deux mariages. Enfin, Charles,
le 22 janvier 1731, à la Pointe-aux-Trembles
(île de Montréal), conduisait à l'autel Denise
Toin (Thouin), fille de Germain et de
Marie-Madeleine Baudoin. De cette union naquirent
onze enfants, dont cinq fils.
- Nous
avons signalé que l'ancêtre Mathurin, dès
après son mariage, était «monté aux
Outaouais». Au moins trois de ses fils devaient
aussi répondre à l'appel de l'aventure. En
1717, l'aîné, François, s'engageait auprès de
Joseph Raimbault de Piedmont pour une expédition
à Michillimakinac. En 1722, René Cadot se
mettait au service du sieur Paul Ruypalais pour
aller dans les pays d'En-Haut. En 1724, c'est au
tour de Charles de signer semblable engagement
auprès de Jean-Baptiste de Saint-Ours, sieur
Deschaillons, pour effectuer «un voyage dans le
Nord»; celui-ci commandait alors le fort
Kaministiqua (maintenant Thunder Bay), et c'est
Jacques Le Ber de Senneville qui engageait en son
nom de hardis jeunes hommes chargés de
transporter des marchandises à l'intérieur du
pays et d'en rapporter des fourrures.
- La
famille Cadot a donné à la Nouvelle-France
d'audacieux voyageurs. M. Albert Cadotte, que
nous avons cité précédemment, a relevé plus
d'une cinquantaine de contrats signés par des
Cadot ou des Cadotte entre 1670 et 1813 dans les
répertoires des engagements pour l'Ouest
dressés par l'archiviste E.-Z. Massicotte. On
désignait par le terme voyageur ceux qui
s'acquittaient de telles expéditions.
- L'ancêtre
Mathurin, avons-nous signalé, était originaire
d'Augé, une modeste commune de l'actuel
département des Deux-Sèvres. Elle figure sur
les cartes à grande échelle. La N 11, qui va de
Poitiers à Niort, passe par
Saint-Maixent-l'Ecole (32 km de Poitiers). Ici
débute la D 6 qui, direction nord-ouest, atteint
Augé en 7,50 km. On y trouve une vénérable
église qui fut celle de la famille Cadot. Sa
partie la plus ancienne, qui est classée, date
du XIe siècle. Dès l'an 1099, Pierre II,
évêque de Poitiers, la concédait à
perpétuité au titulaire de l'abbaye de
Saint-Maixent et à ses successeurs. A l'époque
des guerres de Religion, elle a subi bien des
meurtrissures.
- Quant au
patronyme, le spécialiste en anthropologie
Albert Dauzat nous dit que ce serait une variante
de Cadet, désignant un fils qui a vu le jour
après l'aîné de la famille. Au Québec, comme
dans beaucoup de cas, on a doublé euphoniquement
la dernière consonne, de sorte que nous avons
davantage de Cadotte que de Cadot.
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- Extrait
de: Portraits de familles pionnières de Robert
Prévost
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