PIERRE BOUCHER
UN PRESTIGIEUX PATRIARCHE

 
 

C'était le patriarche de la Nouvelle-France. Ainsi les historiens désignent-ils Pierre Boucher, qui a sa statue dans la galerie des personnages ornant la façade de l'Hôtel du gouvernement à Québec, où il tient compagnie au gouverneur de Frontenac, à l'intendant Talon et à plusieurs autres belles figures de nos annales.

 Fils de Gaspard Boucher et de Nicole Lemaire, le pionnier avait été baptisé à Mortagne, au Perche, le 1er août 1622. Il n'a que 13 ans quand il passe en Nouvelle-France avec sa famille. Tout d'abord compagnon des missionnaires jésuites chez les Hurons, dont il apprend l'idiome, il entre au service de la compagnie des Cent-Associés au petit poste des Trois-Rivières en 1649, après y avoir agi comme interprète depuis quatre ans. La même année, il épouse une Amérindienne, Marie-Madeleine Ouébadinoukoué, dite Chrétienne, qui ne lui donnera qu'un fils, Jacques, décédé jeune.

 Devenu veuf, Pierre Boucher fonde un nouveau foyer, le 9 juillet 1652, avec Jeanne Crevier, fille de Christophe et de Jeanne Enard. Au cours des années suivantes, on lui confiera le gouvernement des Trois-Rivières à diverses reprises, notamment de 1653 à 1658 et de 1662 à 1667.

 Il séjourne un an en France, à partir de l'automne 1661. On peut croire qu'il y a apporté le manuscrit d'un ouvrage dont le but est de décrire l'existence dans la colonie, de répondre aux fausses notions que l'on répand à son sujet et de stimuler la venue de colons. Son Histoire véritable et naturelle des moeurs & productions du pays de la Nouvelle-France vulgairement dite le Canada paraîtra à Paris en 1664 «chez Florentin Lambert, rue Saint-Jacques, vis-à-vis Saint-Yves, à l'Image Saint-Paul». Il rentrera de ce voyage avec des lettres de noblesse

 L'ouvrage est dédié à Colbert. La France est si abondante de sujets «que les colonies étrangères s'en peuplent de jour en jour», représente-t-il. «Ne vaut-il pas mieux que le Roi conserve ses sujets, les faisant passer dans la Nouvelle-France, & que le nom français soit également florissant en l'un & l'autre monde, dans l'Amérique et dans l'Europe?» Ce qui démontre bien que Pierre Boucher n'était pas qu'un modeste laboureur. Louis XIV l'avait reçu paternellement et écouté avec attention.

 Après avoir été lieutenant général civil et criminel aux Trois-Rivières, il alla s'établir à Boucherville, où la seigneurie de ce nom devait lui être octroyée le 3 novembre 1672. C'est là qu'il avait choisi de finir ses jours, car il s'était départi de fiefs et d'arrière-fiefs, même d'une autre seigneurie, celle de la Rivière-Saint-François, qu'on lui avait concédés en reconnaissance de services rendus.

 Pierre Boucher et Jeanne Crevier devaient élever une nombreuse famille. De leur 15 enfants, deux fils, Philippe et Nicolas, se firent prêtres et une fille, la benjamine de la famille, Geneviève, prit le voile chez les Ursulines de Québec. Ils eurent la douleur de perdre Louise, l'une de deux jumelles, et Jacques, l'un de deux jumeaux. Tous les dix autres, dont six fils, fondèrent des foyers. L'aîné, Pierre, devint sieur de Boucherville. En 1683, il épousa Marguerite-Charlotte Denis, fille de Simon Denis de la Trinité et de Françoise du Tartre; ils eurent 12 enfants, dont cinq fils, et des sept filles, cinq prirent le voile. Lambert, devenu sieur de Grandpré en recevant la seigneurie de ce nom, et sa femme, qu'il conduisit à l'autel en 1693, ne présentèrent au baptême que deux fils et une fille.
 
 Ignace, sieur de Grosbois, ne fut marié que pendant cinq années avec Marie-Anne Margane, fille de Séraphin et de Louise Bissot (1694-1699): quatre fils et une fille.
 Jean, sieur de Monbrun, fonda un foyer en 1692 avec Françoise-Claire Charet, fille d'Etienne et de Catherine Bissot (soeur de Louise): 12 enfants dont quatre fils. René, qui devint sieur de La Perrière en recevant concession de l'arrière-fief de ce nom, n'eut qu'un fils et qu'une fille de sa compagne, Marie-Frnçoise Maillot, fille de Jean et de Marie-Madeleine Marchand, qu'il avait épousée en 1705. Enfin, en 1710, Jean-Baptiste, sieur de Niverville, se mariait avec Marguerite-Thérèse Hertel, fille de François et de Marguerite-Josèphe de Thavenet: 12 enfants dont cinq fils.

 Relevons maintenant la progéniture des quatre filles et de leurs conjoints avec l'année de leur mariage: Marie et René Gauthier, qui fut gouverneur des Trois-Rivières et devint sieur de Varennes en obtenant la seigneurie de ce nom en 1672, cinq ans après leur mariage: 11 enfants dont cinq fils, l'un d'eux devant connaître une belle carrière comme vicaire général et membre du Conseil souverain; Madeleine et Pierre-Noël Le Gardeur, sieur de Tilly (1680): 12 enfants dont cinq fils; Marguerite et Nicolas Daneau, sieur de Muy, chevalier de Saint-Louis, futur gouverneur de la Louisiane (1687): sept enfants dont un fils; Jeanne et Jacques-Charles de Sabrevois, sieur de Bleury, également chevalier de Saint-Louis, qui commanda au Détroit et au fort de Chambly et fut major de Montréal (1695): six enfants dont trois fils. On le constate, les filles de Pierre Boucher contractèrent de belles alliances.
 Le patriarche vécut de longues années au milieu des siens, dans sa seigneurie de Boucherville, où il décéda en 1717 à l'âge de 95 ans, laissant pour le pleurer dix enfants, 64 petits-enfants et 23 arrière-petits-enfants, mais en fait, toute la colonie. «Il était bien juste et bien naturel, rapporte le Récit du monastère des Ursulines des Trois-Rivières, de pleurer un tel père qui léguait à ses enfants les bénédictions précieuses d'un noble héritage et l'honneur d'un beau nom.»

 La statue de Pierre Boucher qui orne l'Hôtel du gouvernement, à Québec, est l'oeuvre du sculpteur Alfred Laliberté et a été dévoilée en 1922, mais ce n'est pas le seul mémorial qui évoque sa mémoire. Cinq ans plus tard, l'église de Mortagne-au-Perche se dotait d'un vitrail; la partie supérieure le représente à La Rochelle, à l'occasion d'un départ pour la Nouvelle-France, en 1662; au-dessous, on a reconstitué le combat qu'il avait livré aux Iroquois, neuf ans plus tôt, pour défendre le poste des Trois-Rivières; une rue qui conduit à l'église porte d'ailleurs le nom du pionnier. Enfin, en 1978, à l'occasion du troisième centenaire de sa paroisse, Boucherville lui a dédié une élégante stèle.

 Celui que l'historien Guy Frégault jugeait comme «l'homme le plus complet du Canada français» méritait bien tous ces hommages.
 
 
Extrait de: Portraits de familles pionnières, de Robert Prévost.
 
     
Accueil Histoire des familles Arbre généalogique Photos ancestrales Liens divers Contact