| |
UN
PARISIEN,
LE PLUS PROLIFIQUE
DES ANCÊTRES
BERNIER
- Rares sont nos
pionniers qui ont eu l'honneur de se
marier dans la demeure du gouverneur de
la colonie. Tel fut le cas de Jacques
Bernier, dit Jean de Paris, le premier du
nom à fonder un foyer en
Nouvelle-France. C'est le 23 juillet 1656
que le père Jérôme Lalemant lui donna
la bénédiction nuptiale, ainsi qu'à
Antoinette Grenier. Les époux étaient
de Paris, respectivement des paroisses
Saint-Germain-l'Auxerrois et
Saint-Laurent. Bien sûr, Jean de Lauzon
assistait à la cérémonie; il avait
été nommé gouverneur cinq ans plus
tôt, grâce à l'appui du père
Lalemant.
- C'est
dans l'île d'Orléans que le couple
s'établit. Il fallait beaucoup de
courage pour braver l'instinct belliqueux
des Iroquois: le 20 mai de la même
année (1656), 300 d'entre eux y avaient
détruit la bourgade où s'étaient
réfugiés les Hurons qu'ils avaient
chassés de la région des Grands Lacs.
- Jacques
Bernier fut un censitaire de Jacques
Gourdeau et de son entreprenante épouse,
Eléonore de Grandmaison, qui avaient
obtenu du gouverneur Lauzon un fief de 40
arpents de front sur toute la largeur de
l'île. Le 19 mars 1659, les seigneurs
lui concédaient une terre, qu'ils
agrandirent deux ans plus tard. Le colon
trimait dur: dès 1667, il mettait 25
arpents en valeur et possédait huit
têtes de bétail. Trois domestiques le
secondaient. Le toit familial abritait
déjà cinq enfants.
- Est-ce
la menace iroquoise qui l'amena à
quitter l'île d'Orléans? En 1672,
l'intendant Talon concédait à
Geneviève de Chavigny le fief de
Vincelotte, d'une lieue de front sur le
Saint-Laurent «depuis le cap
Saint-Ignace, icelui compris», ce qui le
situe bien, cet accident géographique
ayant donné son nom à l'une des
municipalités de la Côte du Sud. Deux
ans plus tard, Jacques Bernier vend ses
terres de l'île et déménage sur une
autre, de neuf arpents de largeur sur
quarante de profondeur, qu'il a obtenue
en 1673 de la veuve de Chavigny, devenant
ainsi le premier colon du
Cap-Saint-Ignace. C'est sa chaumière qui
servira de première chapelle.
- En
1684, le prospère colon devient à son
tour seigneur par l'achat du fief de la
Pointe-aux-Foins, qui avait été
concédé par Talon à Guillaume
Fournier en 1672. Il décédera en 1713,
à l'âge de 80 ans et sera inhumé au
Cap-Saint-Ignace.
- Le
couple Bernier/Grenier eut onze enfants,
dont six fils, et quatre de ceux-ci
fondèrent à leur tour des foyers:
Pierre, qui devint seigneur de la
Pointe-aux-Foins, après la mort de son
père, avec Françoise Boulay, fille de
Robert et de Françoise Garnier, en 1689
(13 enfants dont 7 fils); Charles avec
Marie-Anne Lemieux, fille de Guillaume et
d'Élisabeth Langlois, en 1694 (13
enfants dont 9 fils); Jean-Baptiste, cinq
jours seulement après Charles, avec
Geneviève Caron, fille de Jean et de
Marguerite Gagnon (10 enfants dont 4
fils); et Philippe avec Ursule Caron,
soeur de Geneviève, en 1701 (également
10 enfants, dont 6 fils).
- En
1960, au Cap-Saint-Ignace, on dévoila un
monument à la mémoire du pionnier, lors
d'un grand ralliement auquel
participèrent environ 2 000 de ses
descendants.
- Au
moins trois autres Bernier se sont
établis en Nouvelle-France au cours du
XVIIe siècle. Ils étaient originaires
du Poitou.
- Le
premier d'entre eux, Mathurin Bernier dit
La Marzelle, venu du bourg de Bessay, non
loin de La Roche-sur-Yon, épousa à
Montréal, en 1670, Jeanne Vilain, fille
de Jean, maître orfèvre parisien, et de
Jeanne Barbée. Le couple eut quatre
enfants dont deux fils. L'un d'eux mourut
au berceau. Le généalogiste René
Jetté mentionne que l'autre, François,
prit pour compagne Atchica Penicoua, une
Amérindienne, au fort Kaskaskia, chez
les Illinois. Une seule fille serait née
de cette union.
- Le
deuxième allait être plus prolifique.
En 1693, à Charlesbourg, André Bernier,
fils de Pierre et de Marguerite Baraton,
de la paroisse Saint-André de Niort,
conduisait à l'autel Jeanne Bourret,
fille de Gilles et de Marie Bellehache.
Niort est de nos jours le chef-lieu du
département des Deux-Sèvres. Située à
environ 74 km au sud-ouest de Poitiers,
au point de rencontre des N 11 et 148, la
commune est riche en monuments
historiques. Son imposant donjon date des
XIIe et XIIIe siècles, et son église
Notre-Dame, de la fin du XVe.
- Le
couple Bernier/Bourret eut 11 enfants
tous nés à Charlesbourg, dont six fils.
En 1724, André épousa Marie-Françoise
Bernard dite Larivière, fille d'Hilaire
et de Marie-Madeleine Voyer (12 enfants
dont 8 fils). En 1734, Barthélemi
conduisit à l'autel, Marie-Jeanne
Charest, fille de Jacques, dit Parisien,
et de Jeanne Dubois (7 filles). Cinq ans
plus tard, Jean-François unissait sa
destinée à celle de Marie-Jeanne, fille
de Jean-Baptiste Chrétien et de
Catherine Roy (6 enfants dont 4 fils).
Les trois autres fils décédèrent en
bas âge.
- Quant
aux filles, deux seulement atteignirent
l'âge adulte: Marie-Anne, qui épousa
Hilaire Martin en 1719, et Charlotte, qui
s'unit à Jean-Baptiste Boutin en 1722.
- Le
troisième Bernier d'origine poitevine,
prénommé Jacques comme son homonyme
parisien, était de Fontenay-le-Comte, et
c'est comme navigateur et maître de
barque qu'il parvint à assurer la
subsistance de ses deux familles, car il
contracta deux unions à Québec, en 1698
et en 1711.
- Fontenay-le-Comte
est à 31 km au nord-ouest de Niort, au
point de rencontre des D 148 et 938ter.
En fait, ces deux importantes communes
encadrent pour ainsi dire le Marais
Poitevin, si réputé auprès des
touristes. Capitale du bas Poitou,
Fontenay-le-Comte possède aussi un riche
passé, de même que de nombreuses
maisons des XVIe et XVIIe siècles.
- Jacques
Bernier épousa tout d'abord Élisabeth
Derome, fille de Denis et de Jacqueline
Roulois, qui lui donna cinq enfants, dont
un seul fils décédé au berceau. Sa
seconde compagne, Angélique Greslon,
fille de Jacques et de Jeanne Vignault et
veuve d'Anet Boutin, avait déjà été
mère de onze enfants. Elle en donna cinq
à son deuxième mari, dont deux fils,
Charles et Pierre. Les dictionnaires
généalogiques ne nous renseignent pas
cependant sur ce qu'il advint d'eux.
- Quant
aux Bernier de la Côte du Sud, plusieurs
ont joué un rôle important. Mentionnons
de façon particulière le grand
navigateur Joseph-Elzéar Bernier, le
célèbre explorateur de l'Arctique, dont
un monument et un important musée
rappellent la mémoire à
L'Islet-sur-Mer. On a donné son nom au
premier navire de recherche sismique
construit au Canada et à un brise-glace
qui parvint à faire le tour de
l'Amérique du Nord en 1976.
Extrait de: Portraits de familles
pionnières de Robert Prévost
|
|