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SOLIGNY-LA-TRAPPE,
LIEU D'ORIGINE DE NOS AYOTTE
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- Ce sont des forêts qui,
pendant des siècles, ont tenu le Perche
refermé sur lui-même. L'une d'elles, la
forêt du Perche, justement, se déploie
au nord de la N 12, qui débute un peu à
l'ouest de Versailles en direction
d'Alençon, et elle en jouxte une autre,
au nord-ouest, celle de la Trappe. En
quittant ce beau domaine forestier, on
aperçoit le clocher de l'église de
Soligny-la-Trappe, où fut baptisé
Thomas Hayot vers 1609. Il devait être
l'un des premiers colons de la
Nouvelle-France.
- L'église vaut
plus qu'un regard distrait. Elle est
d'origine romane et son portail ouest est
à double archivolte, avec décor en
chevrons et colonnes portant des
chapiteaux à crochets du XIIe siècle.
La nef, de même époque, a reçu des
ajouts, vers la fin du XVIe siècle, sous
la forme de deux collatéraux avec
arcades en plein cintre et piliers
prismatiques. Le bénitier date du XVIe
siècle, de sorte que Thomas Hayot s'y
trempa sûrement les doigts avant d'aller
s'établir à Mortagne, d'où il partit
pour la lointaine colonie.
- Depuis son
début, un peu à l'ouest de Versailles,
la N 12 passe par Pontchartrain, Houdan,
Dreux et Verneuil pour atteindre le
carrefour Sainte-Anne (110 km). D'ici, on
peut atteindre Soligny-la-Trappe en
passant par la forêt du Perche, mais la
route la plus directe est la D 32 qui
franchit Tourouvre et conduit à Soligny
(13 km depuis la N 12).
- Le 15 juillet
1629, à Mortagne, Thomas Hayot épouse
Jeanne Boucher. Celle-ci est la soeur de
Marin Boucher, qui doit lui aussi,
quelques années plus tard, se fixer en
Nouvelle-France et y devenir la souche
d'une riche descendance. A Mortagne,
avant de franchir l'Atlantique, Thomas et
Jeanne présenteront trois enfants au
baptême: Geneviève, Rodolphe et Jean.
- Thomas Hayot,
avons-nous dit, fut l'un des premiers
colons de la Nouvelle-France. Le 30
juillet 1640, par-devant Martial Piraube
qui, en plus d'agir comme secrétaire
auprès du gouverneur Huault de
Montmagny, est commis au greffe et
tabellionnage de Québec, il signe un
contrat d'engagement comme défricheur
auprès de la Compagnie de la
Nouvelle-France, représentée par
Nicolas Pivert. Ce syndicat bénéficie
du privilège de la traite des
pelleteries à la condition de pourvoir
à l'établissement d'un certain nombre
de colons. Or, en 1640, seulement huit
années se sont écoulées depuis que la
colonie a été rendue par l'Angleterre
à la France par le traité de
Saint-Germain-en-Laye.
- A Québec, deux
autres enfants naîtront au couple
Hayot/Boucher: Adrien et Anne.
- Voyons ce qu'il
advint des cinq fils et filles de la
famille. Geneviève, née à Mortagne en
1632, épousa le chirurgien Claude
Bouchart d'Orval vers 1650, à Sillery ou
au Cap-Rouge; une seule fille naquit de
cette union, mais décéda le même jour
que sa mère, soit le 1er mars 1651. On
sait peu de chose de Rodolphe, qui vit le
jour à Mortagne en 1634 et fut confirmé
au Château-Richer en 1660; les
généalogistes ont perdu sa trace.
- Le 17 novembre
1653, Jean épousait Louise Pelletier,
fille de Nicolas et de Jeanne de Vouzy.
C'est le père Jean de Quen qui bénit
l'union; il exerçait son ministère à
Québec et aux alentours après avoir
découvert l'existence du lac Saint-Jean.
Le défricheur Thomas Hayot avait acquis
l'estime de ses concitoyens: trois mois
plus tôt, il avait été nommé syndic
pour le Cap-Rouge, y compris Sillery.
- Le couple
Hayot/Pelletier eut dix enfants dont
quatre fils. Trois de ceux-ci fondèrent
des foyers: Jean en 1695, à la Rivière
Ouelle, avec Sainte Grondin, fille de
Jean et de Sainte Mignault, qui lui donna
six enfants; Étienne en 1702, à
Neuville, avec Anne-Félicité Bonhomme,
fille d'Ignace et d'Agnès Morin, veuve
de Louis Lefebvre dit Angers, qui fut
mère de huit enfants; et un autre Jean,
qui prit le prénom composé de
Jean-Baptiste, qui se maria en 1711, à
Lachine, avec Marie-Charlotte Badel,
fille d'André et de Barbe Duchesne,
veuve de Claude Aumay, une union qui
demeura sans postérité. Le quatrième
fils, Louis-Joseph, décéda à l'âge de
23 ans, apparemment sans s'être marié.
- L'une des six
filles, Angélique, se fit religieuse à
l'Hôpital général de Québec et fut
supérieure de la communauté pendant
trois ans. Les autres se marièrent:
Marie-Madeleine en 1681 avec Michel
Robert (un fils), Louise en 1687 avec
Daniel Normandin (7 enfants), Geneviève
en 1673 avec Gabriel Bérard (11
enfants), Marie-Thérèse en 1705 avec
Jean-Baptiste Larchevêque (5 enfants) et
Françoise en 1702 avec Claude Garnier
(un fils).
- Le couple
Hayot/Boucher, avons-nous dit, eut deux
enfants après son arrivée. Le premier,
Adrien, né à Québec en 1638, épousa,
le 24 novembre 1661, Marie-Madeleine
Guyon, fille de Jean et d'Elisabeth
Couillard, s'alliant ainsi à une autre
famille de pionniers: Jean Guyon du
Buisson fut le premier arpenteur formé
dans la colonie; son épouse était la
petite-fille de Louis Hébert. Le couple
Hayot/Guyon fut moins prolifique que le
précédent. Il eut sept enfants, mais
les dictionnaires généalogiques ne
mentionnent aucune progéniture pour cinq
d'entre eux. Un fils, Louis, né en 1671,
épousa en 1693 Marie-Louise Gourault,
fille de Guillaume et de Marie Péchina,
qui lui donna quatre enfants dont un seul
fils. L'aînée, Marie-Anne, née en
1663, fonda un foyer en 1681 avec Jean
Marchand et lui donna dix enfants. Devenu
veuf, Adrien contracta une seconde union,
avec Marie Péchina, la belle-mère de
son fils Louis.
- La dernière de
la famille, Anne, née en 1640, épousa
Étienne Denevers dit Brentigny à l'âge
de 12 ans et lui donna cinq enfants; une
deuxième union fut sans postérité.
- Revenons à
l'ancêtre Thomas. Lui et son
beau-frère, Marin Boucher, prirent à
ferme le domaine des Jésuites dans la
seigneurie de Beauport. Ils se
séparèrent à l'amiable en 1646. Lors
du recensement de 1667, Thomas est
établi à Sillery sur une terre dont il
cultive 20 arpents et il possède trois
têtes de bétail. Il y vit seul avec sa
femme, qu'il perdra trois ans plus tard.
Une jeune épouse vient alors prendre la
relève, une fille du roi, la parisienne
Marthe Raudy, une union qui demeura sans
progéniture.
- Rares sont les
descendants de Thomas Hayot qui ont
conservé l'épellation du patronyme. De
nos jours, presque tous s'identifient
comme des Ayotte, et ceux qui voudront
retourner au pays de l'ancêtre pourront
non seulement y visiter la vénérable
église où il fut baptisé, mais aussi
l'imposante abbaye de Soligny-la-Trappe,
fondé en XIIe siècle, et dont les
bâtiments ont été reconstruits à
partir de 1890.
- Extrait de:
Portraits de familles pionnières de
Robert Prévost
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